Anna Calvi fête aujourd’hui ses 46 ans. De ses premiers enregistrements d’enfant à ses collaborations avec Perfume Genius et Iggy Pop, la musicienne britannique a construit un parcours où la guitare expressive, la scène et le refus des conventions avancent ensemble.
Avant les nominations au Mercury Prize, les collaborations prestigieuses et la musique de Peaky Blinders, il y a d’abord une enfant qui apprend à manier les instruments. Anna Calvi commence le violon à six ans, passe à la guitare à huit ans et enregistre déjà sa propre musique vers l’âge de dix ans. Dans sa famille, la musique est présente au quotidien : son père italien et sa mère anglaise sont décrits comme des musiciens amateurs, en parallèle de leur activité de thérapeutes.
Cette précocité ne la conduit pas directement vers une carrière publique. Anna Calvi étudie la musique à l’université de Southampton, où elle travaille notamment la composition et les arrangements. Une fois ses études terminées, elle donne des cours de guitare pour gagner sa vie. La maîtrise instrumentale qui deviendra l’une de ses signatures se construit ainsi entre apprentissage, écriture et transmission.
Avant de se présenter sous son propre nom, Anna Calvi fait partie du trio londonien Cheap Hotel. Elle y tient brièvement les rôles de chanteuse et de guitariste, entre 2006 et 2008 environ. Ce passage en groupe précède l’affirmation d’un projet solo dans lequel la guitare ne se contente pas d’accompagner la voix : elle participe pleinement à la tension et au caractère dramatique des morceaux.
Ses premiers concerts attirent rapidement l’attention de Brian Eno et de Nick Cave. Le premier va jusqu’à la présenter comme la meilleure artiste apparue depuis Patti Smith, une formule qui lui appartient et qui témoigne de son enthousiasme. Pour une musicienne encore peu connue, ces soutiens précoces donnent une visibilité nouvelle à des performances déjà placées au centre de son travail.
Anna Calvi a d’ailleurs expliqué que, privée de scène, elle deviendrait extrêmement nerveuse. Cette déclaration éclaire la place du concert dans son parcours : non comme une simple étape promotionnelle, mais comme un espace essentiel à son expression. Le chant théâtral, le jeu de guitare et l’intensité de l’interprétation y forment un même langage.
Lorsqu’elle enregistre son premier album, Anna Calvi affiche une intention nette : créer la musique la moins conventionnelle possible. Publié sous son nom en 2011, Anna Calvi reçoit une forte attention critique. Il est nommé au Mercury Prize, tandis que la musicienne obtient également une nomination aux Brit Awards dans la catégorie British Breakthrough Act.
Le disque installe une esthétique nourrie par des références très différentes. La musique classique et l’opéra y côtoient des influences associées à Jimi Hendrix, Debussy, Captain Beefheart ou aux Rolling Stones. Plutôt que de choisir entre ces univers, Anna Calvi les réunit autour d’une guitare expressive et d’une voix capable de porter une forte théâtralité.
La reconnaissance accordée à ce premier disque ne reste pas isolée : chacun de ses trois premiers albums est nommé au Mercury Prize. Cette continuité distingue une œuvre suivie avec attention bien au-delà de l’effet de découverte initial. Les titres d’Anna Calvi figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION.
Son écriture trouve aussi un prolongement à l’écran lorsqu’elle compose la musique de la cinquième série de Peaky Blinders. Ce travail lui permet d’appliquer son sens de l’atmosphère et de la tension à une narration portée par l’image. Il prolonge, sous une autre forme, les qualités dramatiques déjà présentes dans ses albums et ses concerts.
Les collaborations occupent parallèlement une place croissante dans son parcours. Anna Calvi travaille notamment avec Brian Eno, Marianne Faithfull et David Byrne. En 2020, Hunted rassemble plusieurs invités, parmi lesquels Courtney Barnett, Julia Holter, Joe Talbot et Charlotte Gainsbourg. Ce format collectif conserve son écriture au premier plan tout en la confrontant à d’autres voix.
Cette logique se poursuit avec Is This All There Is?, un EP de duos paru en mars 2026 avec des invités tels que Laurie Anderson, Perfume Genius et Iggy Pop. La reprise de I See a Darkness, morceau de Will Oldham interprété avec Perfume Genius, avait été publiée en 2025. Avec Iggy Pop, elle propose ensuite God’s Lonely Man, associé à cette nouvelle période collaborative.
À 46 ans, Anna Calvi reste ainsi fidèle à l’intention formulée au moment de son premier album : ne pas se conformer à un cadre trop prévisible. Des cours de guitare donnés après l’université jusqu’aux duos récents, son parcours conserve un fil concret : faire de la voix, de l’instrument et de la rencontre trois manières complémentaires de construire une chanson.
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