Bryan Ferry : Bête Noire, de Johnny Marr au scandale de Kiss and Tell

Bryan Ferry célèbre aujourd’hui les 39 ans de Bête Noire, son septième album studio solo. Construit avec Patrick Leonard et marqué par une collaboration inattendue avec Johnny Marr, le disque transforme aussi la presse à scandale en matière artistique avec Kiss and Tell.

Au cœur de Bête Noire, il y a une rencontre entre Bryan Ferry et Patrick Leonard. Le musicien et producteur, alors connu pour son travail avec Madonna, participe directement à la conception du projet : il partage l’écriture de cinq des neuf morceaux avec Ferry et l’accompagne dans la recherche d’une impulsion plus dansante. L’objectif n’efface pas l’esthétique sophistiquée du chanteur, mais l’installe parmi des textures électroniques, des rythmes dansants et des arrangements orchestraux.

L’album prend forme entre 1986 et 1987, au fil de séances réparties dans plusieurs studios. Ferry travaille notamment à Compass Point, à Nassau, mais aussi à Paris et à Miraval. Cette fabrication éclatée rassemble une distribution imposante de musiciens, parmi lesquels Marcus Miller, Andy Newmark, Vinnie Colaiuta, Courtney Pine, David Gilmour et Johnny Marr. La production est partagée entre Ferry, Leonard et Chester Kamen.

Johnny Marr apporte le matériau de The Right Stuff

La contribution de Johnny Marr ne se résume pas à une apparition de guitariste. The Right Stuff provient d’un matériau instrumental associé à Money Changes Everything, une composition des Smiths. La démo parvient à Bryan Ferry par l’intermédiaire de l’entourage professionnel de Marr. Ferry écrit alors des paroles et donne une nouvelle direction à cette base, qui devient une collaboration entre l’ancien leader de Roxy Music et le guitariste des Smiths.

Cette rencontre relie deux trajectoires très différentes de la pop britannique des années 1980. D’un côté, Ferry prolonge une carrière bâtie entre Roxy Music et ses albums solo. De l’autre, Marr apporte un morceau issu de son travail instrumental avec les Smiths. Plutôt que de reprendre simplement Money Changes Everything, Ferry transforme ce point de départ pour l’intégrer à l’univers de Bête Noire.

Les séances connaissent toutefois un arrêt brutal : Johnny Marr se blesse à la main, ce qui interrompt son travail sur l’album. Cet accident donne à la collaboration une limite très concrète, mais la contribution déjà enregistrée demeure l’un des épisodes les plus singuliers de la fabrication du disque.

Kiss and Tell, une chanson contre la mécanique du scandale

Avec Kiss and Tell, Bryan Ferry se retrouve confronté à une lecture beaucoup plus personnelle. La chanson est alors interprétée comme une attaque visant directement Jerry Hall. Ferry récuse cette explication. Interrogé sur le sujet, il répond : « It was just about the whole genre ». Pour lui, le morceau ne vise donc pas une personne précise, mais tout un genre de récits fondés sur les révélations intimes, les mémoires indiscrètes et leur exploitation médiatique.

Le clip pousse cette idée au-delà des paroles. Il réunit Christine Keeler, figure centrale de l’affaire Profumo, et Mandy Smith, alors étroitement associée à la presse à scandale. Leur présence ne sert pas à confirmer une confession autobiographique de Ferry : elle inscrit au contraire la chanson dans une réflexion plus large sur la célébrité, l’exposition de la vie privée et la transformation des liaisons personnelles en spectacle public.

Kiss and Tell, également diffusé sur RADIO COLLECTION, devient ainsi le principal point d’accroche médiatique de l’album. La chanson attire précisément le type de spéculations qu’elle prend pour sujet. Ferry répond à cette mécanique en refusant d’identifier une cible unique et en ramenant constamment le morceau au phénomène général des récits « kiss-and-tell ».

Un album collectif sous le contrôle de Ferry

Malgré le nombre de collaborateurs, Bête Noire reste un projet placé sous le contrôle direct de Bryan Ferry. Il participe à sa production aux côtés de Patrick Leonard et Chester Kamen, écrit ou coécrit les neuf titres et fait dialoguer des musiciens venus d’horizons différents. Leonard intervient sur plus de la moitié des chansons, tandis que Marr fournit avec The Right Stuff l’histoire de création la plus atypique du disque.

Cette organisation permet à Ferry de conserver son identité tout en ouvrant le processus d’écriture. Patrick Leonard n’est pas seulement un producteur ajouté à la fin du projet : sa présence est inscrite dans les compositions elles-mêmes. Johnny Marr, de son côté, ne vient pas exécuter une partie déjà définie, puisqu’il apporte le matériau initial sur lequel Ferry construit une nouvelle chanson.

À sa sortie, le 2 novembre 1987, Bête Noire atteint la neuvième place du classement britannique des albums. Ce résultat accompagne un disque dont les deux histoires les plus fortes restent liées à des transformations : celle d’une pièce instrumentale des Smiths devenue The Right Stuff, et celle d’une chanson sur la presse à scandale que la presse tente aussitôt de convertir en règlement de comptes personnel.

Sources et pour aller plus loin

L’entretien contemporain publié par Rip It Up éclaire à la fois l’interruption des séances après la blessure de Johnny Marr et la position de Bryan Ferry sur Kiss and Tell. Il restitue les explications de l’artiste au moment où l’album poursuivait sa trajectoire.

L’entretien de The Arts Desk avec Johnny Marr raconte l’origine de The Right Stuff à partir de Money Changes Everything. Le Washington Post complète cette histoire en rapportant la clarification de Ferry sur le sens de Kiss and Tell et le choix des personnalités présentes dans son clip.

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Fiche de l'album

Album : Bête Noire

Artiste : Bryan Ferry

Anniversaire : 39 ans

Date de sortie : 2 novembre 1987

À retenir : The Right Stuff vient d’une démo liée aux Smiths