Dan Woodgate (Madness) | 66 ans | 19 octobre 1960

Dan Woodgate fête aujourd’hui ses 66 ans. Présent dès la formation de Madness, le batteur surnommé Woody a construit une œuvre d’auteur plus discrète, nourrie par ses échanges avec son frère Nick et par les chansons qui trouvent — ou non — leur place dans le groupe.

Avant même que Madness adopte définitivement son nom, Dan Woodgate est déjà là. À la fin des années 1970, il appartient au noyau réuni à Camden autour de Suggs, Mark Bedford, Chas Smash, Mike Barson, Chris Foreman et Lee Thompson. Le batteur n’arrive donc pas dans une formation installée : il participe à la période où son identité, sa composition et son nom sont encore en mouvement.

Cette ancienneté pourrait suffire à résumer sa place. Elle ne dit pourtant pas tout. Derrière la batterie, Woodgate contribue aussi au répertoire de Madness comme compositeur et auteur, parfois avec son frère Nick, parfois seul. Son parcours révèle ainsi une mécanique créative particulière : certaines chansons sont destinées au groupe, tandis que d’autres doivent emprunter une voie différente.

Avec Nick, des chansons passées au filtre de Madness

Dan et Nick Woodgate ont développé une méthode simple. Le batteur écrit régulièrement, tandis que son frère lui présente également ses chansons. Ensemble, ils évaluent alors si les morceaux peuvent correspondre à Madness. Lorsqu’ils estiment que c’est le cas, ils les proposent au groupe. Dans le cas contraire, ils peuvent les enregistrer dans un autre cadre.

« J’écris tout le temps, et mon frère Nick me chante constamment des chansons », expliquait Woodgate en 2017 — traduction de ses propos. Cette circulation des idées permet de préserver deux espaces : celui du groupe, avec son identité collective, et celui des compositions qui ne s’y intègrent pas naturellement.

Woodgate décrivait d’ailleurs les projets extérieurs comme « une très bonne soupape », selon une traduction de ses mots, afin de continuer à écrire sans se sentir bridé. Il ne s’agit donc pas de conserver mécaniquement chaque morceau pour Madness, mais de décider quel environnement lui convient. Une chanson écartée du groupe n’est pas nécessairement abandonnée : elle peut simplement attendre une autre forme.

Plusieurs titres de Madness portent la signature commune des deux frères, parmi lesquels No Money, Kitchen Floor, Leon, Good Times, Don’t Leave the Past Behind You et Another Version of Me. Ces crédits donnent une réalité concrète à leur travail à deux, au-delà des répétitions et des scènes partagées par le groupe.

De la cassette de « Michael Caine » aux souvenirs d’enfance

Le parcours de Michael Caine illustre la manière dont une idée peut changer de dimension en passant d’un membre de Madness à un autre. Woodgate envoie d’abord à Suggs une cassette contenant la musique. Le chanteur lui associe ensuite ses souvenirs d’Irlande du Nord et une atmosphère de peur et de suspicion, avant que le sujet ne soit enveloppé dans une imagerie de film d’espionnage liée à Michael Caine. Woodgate est crédité comme coauteur du morceau.

Sa contribution ne se limite pas à ce titre. Il est également coauteur de The Return of the Los Palmas 7 et de Dust Devil. Il signe seul Sunday Morning, présent sur The Rise & Fall, puis Small World sur Oui Oui Si Si Ja Ja Da Da. Cette continuité montre que l’écriture n’est pas une parenthèse dans son activité de batteur, mais un fil régulier de son travail au sein de Madness, dont les chansons figurent aussi dans la programmation de RADIO COLLECTION.

La conception de The Rise & Fall éclaire particulièrement cette dimension. Les membres du groupe étaient partis écrire autour de leur enfance, de leur éducation, des écoles fréquentées, des personnages rencontrés et de leurs parents. Woodgate a résumé la démarche ainsi : « Nous sommes tous partis écrire sur notre enfance, sur la manière dont nous avions grandi, sur les écoles où nous étions allés, sur les personnages que nous avions rencontrés et sur nos parents » — traduction de la citation originale.

Ces souvenirs n’ont pas été traités comme un récit strictement réaliste. Woodgate évoquait un mélange d’expériences anciennes et de mémoire enfantine auquel venait s’ajouter une dimension surréaliste. Cette méthode aide à comprendre comment Madness peut partir de détails biographiques très concrets pour les transformer en scènes, en personnages et en chansons qui échappent au simple témoignage.

Un espace personnel sans quitter le collectif

À la fin des années 1980, Woodgate rejoint également Voice of the Beehive. Cette bifurcation l’emmène hors du cadre de Madness sans effacer son appartenance au groupe. Elle annonce cette capacité à faire coexister plusieurs espaces musicaux plutôt qu’à les opposer.

En 2015, il ouvre un nouveau volet avec une carrière solo et l’album In Your Mind. Là encore, ce projet n’est pas présenté comme une rupture avec Madness. Il prolonge plutôt la logique exprimée dans ses entretiens : continuer à écrire, puis donner une destination aux morceaux selon leur nature.

Son activité d’auteur reste visible dans le répertoire plus récent du groupe. Sur Theatre of the Absurd Presents C’est la Vie, paru en 2023, Woodgate est notamment crédité comme auteur unique de Round We Go, Hello Sun et Long Goodbye. Plus de quatre décennies après le noyau de Camden, le batteur demeure ainsi présent des deux côtés de la chanson : dans son rythme et dans son écriture.

À 66 ans, le parcours de Dan Woodgate se lit moins comme une sortie progressive de l’ombre que comme une fidélité à une méthode. Écrire, confronter les idées avec Nick, reconnaître ce qui peut devenir une chanson de Madness et offrir un autre chemin au reste : derrière le collectif, Woody a conservé son propre atelier.

Sources et pour aller plus loin

L’interview de Dan “Woody” Woodgate publiée par 100% Rock détaille directement son travail avec son frère Nick, ainsi que sa manière de répartir les chansons entre Madness et ses projets extérieurs.

La rétrospective de Liverpool Sound and Vision consacrée à The Rise & Fall revient sur le rôle des souvenirs d’enfance dans l’écriture de l’album et rapporte les propos de Woodgate sur cette démarche.

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