Sorti le 16 septembre 1985, Hounds of Love fête aujourd’hui ses 41 ans. Kate Bush y concrétisait une prise de contrôle artistique engagée plusieurs années plus tôt, jusqu’à produire elle-même un album capable de réunir expérimentation, narration et succès radiophonique.
Le disque aurait pu prendre un autre départ. Pour lancer son cinquième album studio, le label envisageait d’abord Cloudbusting. Kate Bush défendit plutôt Running Up That Hill, morceau d’ouverture construit autour d’un motif de synthétiseur et d’une pulsation électronique insistante. Son choix fut rapidement validé par le public : trois semaines après sa sortie, le single atteignit la troisième place du classement britannique, avant de passer onze semaines dans le Top 75. Cette décision installait immédiatement Hounds of Love sur un terrain essentiel à son équilibre : une pop accessible, mais élaborée selon les règles de sa créatrice.
Cette autonomie ne s’était pas imposée en un jour. Avec The Dreaming, Kate Bush avait déjà renforcé son contrôle sur la production. Ce disque audacieux avait cependant dérouté une partie de la critique, qui le jugeait parfois excessif. Après une phase de retrait relatif de la scène publique, la chanteuse abordait donc Hounds of Love à un moment charnière : elle devait préserver sa liberté de studio tout en retrouvant la force immédiate de la chanson pop.
Pour y parvenir, elle disposait désormais de son propre lieu de travail. L’album fut enregistré en grande partie dans un studio 48 pistes aménagé dans une grange, près de la maison familiale à Wickham Farm. Kate Bush en assura elle-même la production. Il s’agissait seulement de son deuxième album autoproduit, mais du premier conçu dans ce studio personnel. Cette installation lui permettait de consacrer du temps aux arrangements et au travail sonore sans renoncer à une organisation resserrée autour de collaborateurs familiers.
Les séances s’étendirent sur environ un an. Del Palmer, compagnon et partenaire musical de longue date, participa à ce noyau de travail, tout comme le batteur Stuart Elliott. Celui-ci apporta notamment une batterie électronique Simmons SDS7, dont les possibilités aidèrent à varier les textures rythmiques d’un morceau à l’autre. Le Fairlight CMI occupa également une place importante dans l’échantillonnage et les arrangements. L’électronique n’était pas employée comme un simple signe d’époque : elle devenait l’un des outils avec lesquels Bush différenciait chaque chanson.
Running Up That Hill fait partie des rares morceaux de l’album écrits au piano avant d’être transposés dans une architecture largement synthétique. La chanson devait initialement s’intituler A Deal with God. Kate Bush et son entourage estimèrent toutefois qu’un tel titre risquait de provoquer une mise à l’écart dans plusieurs pays sensibles aux références religieuses. Running Up That Hill fut donc retenu comme titre principal, tandis que A Deal with God demeura en sous-titre.
Ce compromis ne diminua pas la singularité du morceau. Il permit au contraire à la chanson défendue par Bush de devenir la porte d’entrée de l’album. Son succès rassura le label sur la capacité du projet à toucher un large public et prépara l’arrivée de Hounds of Love. Derrière cette réussite se trouvait ainsi une double décision : préserver l’idée du titre d’origine sous une forme secondaire et insister pour publier le morceau avant Cloudbusting.
Cette dernière chanson révèle une autre facette de la fabrication du disque. Ses samples et ses arrangements furent travaillés avec le Fairlight CMI, tandis que James Guthrie participa à sa production orchestrale. L’ingénieur, connu pour son travail sur The Wall de Pink Floyd, dirigea les séances d’orchestre. La construction progressive de Cloudbusting donnait ainsi une ampleur cinématographique à son récit, sans abandonner la précision mélodique qui caractérise la première partie de l’album.
Hounds of Love repose en effet sur une architecture très nette. Sa première face rassemble cinq chansons structurées : Running Up That Hill, Hounds of Love, The Big Sky, Mother Stands for Comfort et Cloudbusting. La seconde, baptisée The Ninth Wave, forme une suite conceptuelle plus expérimentale. Plutôt que de choisir entre les exigences du single et celles d’un récit développé sur plusieurs morceaux, Kate Bush réservait un espace distinct à chacune de ces approches.
La chanson-titre résume à sa manière cette rencontre entre efficacité pop et goût du cinéma. Troisième single extrait du disque, Hounds of Love commence par un extrait sonore du film d’horreur Night of the Demon. Ce fragment inquiétant est intégré à une chanson au format direct, preuve que les références cinématographiques et le travail d’échantillonnage pouvaient s’inscrire au cœur même d’un morceau destiné à circuler largement.
Lors de sa parution officielle au Royaume-Uni, le 16 septembre 1985, l’album trouva précisément ce large public. Il atteignit la première place du classement britannique et demeura présent dans les charts pendant environ un an. Certifié double platine au Royaume-Uni, il devint aussi le premier disque de Kate Bush à entrer dans le Top 40 américain. Le projet façonné dans une grange avait donc dépassé le cercle auquel son image d’artiste de plus en plus singulière semblait parfois la cantonner.
Le succès de Hounds of Love ne reposait pas sur un assouplissement de son ambition. Kate Bush avait conservé une seconde face conceptuelle, exploité les possibilités du Fairlight CMI, multiplié les textures de percussion et dirigé elle-même la production. Mais elle avait aussi placé en ouverture le morceau qu’elle jugeait le plus apte à présenter l’album, contre la préférence initiale accordée à Cloudbusting.
Quarante et un ans plus tard, cette décision reste un point d’observation concret de sa méthode : contrôler le lieu, le son, la structure du disque et jusqu’au choix de son premier single. La trajectoire commerciale qui suivit fut à la mesure de ce pari, de la troisième place britannique de Running Up That Hill au premier Top 40 américain de sa carrière. Au centre du récit demeure cette grange de Wickham Farm, transformée pendant près d’un an en studio 48 pistes où Kate Bush put construire Hounds of Love à son rythme.
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