En août 1985, The Motels dévoilent Shock, cinquième album studio du groupe et dernier disque enregistré pour Capitol Records. Après les succès de Only the Lonely et Suddenly Last Summer, Martha Davis et ses musiciens doivent prolonger une période qui les a installés parmi les formations pop rock et new wave les plus reconnaissables du début des années 1980. Produit par Richie Zito et porté par le single Shame, Shock adopte un son plus ample, plus synthétique et davantage tourné vers les radios américaines. Quarante et un ans plus tard, l’album apparaît surtout comme le dernier acte d’une époque pour The Motels.
Lorsque les séances commencent en 1984, le groupe arrive avec un héritage récent particulièrement lourd à porter. All Four One, publié en 1982, avait offert aux Motels l’un de leurs titres emblématiques, Only the Lonely. L’année suivante, Little Robbers avait confirmé cette réussite avec Suddenly Last Summer. Deux chansons devenues indissociables de la voix immédiatement identifiable de Martha Davis et qui avaient donné au groupe une visibilité considérable aux États-Unis.
Au milieu des années 1980, The Motels ne sont donc plus un groupe en quête de reconnaissance. Ils doivent désormais maintenir leur place. Pour Shock, Martha Davis est entourée de Brian Glascock à la batterie, Michael Goodroe à la basse, Marty Jourard aux claviers et au saxophone, Guy Perry à la guitare et Scott Thurston aux claviers et à la guitare. Les séances s’étalent sur 1984 et 1985, donnant naissance à dix titres pour un peu plus de quarante minutes de musique.
La production est confiée à Richie Zito. Son arrivée accompagne une évolution perceptible du son des Motels. Les claviers prennent davantage de place, les guitares gagnent en puissance et les arrangements adoptent plusieurs caractéristiques du rock FM américain de l’époque. L’élégance légèrement sombre qui avait fait la singularité du groupe reste présente, mais elle se retrouve enveloppée dans une production plus brillante et plus directement adaptée au paysage radiophonique du milieu des années 1980.
Cette évolution ne transforme pourtant pas Martha Davis en simple interprète d’une pop formatée. Sa voix conserve cette fragilité contrôlée et cette façon très personnelle de faire cohabiter mélancolie, séduction et distance. C’est particulièrement évident sur le titre appelé à devenir la pièce maîtresse de l’album.
Shame devient le premier single de Shock et son principal succès. L’origine de la chanson est pour le moins inattendue. Martha Davis expliquera avoir puisé son inspiration dans les intrigues d’adultère des soap operas qu’elle regardait à la télévision. Ces histoires de relations cachées, de culpabilité et de vies parallèles lui fournissent la matière d’un texte consacré au désir de fuir une existence devenue étouffante.
L’idée trouve un prolongement particulièrement spectaculaire dans le clip. Derrière la caméra se trouve un réalisateur encore loin d’avoir signé Seven, Fight Club ou The Social Network : David Fincher. Le futur cinéaste met en scène une femme vivant dans une chambre de motel, confrontée à l’image idéalisée d’une autre version d’elle-même apparaissant sur un panneau publicitaire. Une représentation visuelle presque littérale de cette envie d’échapper à la honte et à une vie qui ne correspond plus à celle dont elle rêve.
Martha Davis résumera avec humour l’origine du morceau par une question : « Quelqu’un a déjà été adultère ? » Derrière la formule, Shame possède pourtant tout ce qu’il faut pour fonctionner en radio : un refrain immédiat, une production ample et la voix de Davis suffisamment mise en avant pour préserver l’identité du groupe.
Le choix de Shame s’avère payant. Le titre atteint la 21e place du Billboard Hot 100 et se hisse jusqu’à la 10e position du classement américain Top Rock Tracks. Il devient ainsi le principal succès de Shock et l’un des derniers grands hits américains de The Motels.
La chanson titre, Shock, est ensuite choisie comme second single. Toujours produite par Richie Zito, elle pousse encore davantage le groupe vers un mélange de new wave, de pop et de rock FM. Son impact dans les classements reste cependant plus limité que celui de Shame.
L’album ne se résume pas pour autant à ses deux singles. Un morceau comme State of the Heart rappelle la dimension plus mélodique des Motels et laisse davantage respirer les claviers de Marty Jourard. L’ensemble témoigne d’un groupe qui tente de préserver ses particularités tout en adoptant les codes de production qui dominent alors la pop rock américaine.
L’histoire de Shock comporte également une curiosité : sa date de sortie varie selon les sources. Plusieurs plateformes et bases discographiques mentionnent le 20 février 1985, tandis que des discographies consacrées au groupe situent sa diffusion principale en août. Marty Jourard lui-même se souvient d’un album terminé puis publié en août 1985, juste avant que les Motels ne partent en tournée en Australie.
Cette période estivale correspond en tout cas au véritable lancement de la campagne entourant le disque. Shame paraît en juillet, le groupe part ensuite en Australie, puis revient aux États-Unis pour poursuivre la promotion. Le 26 septembre 1985, le clip de Shock est tourné afin de prendre le relais de celui de Shame. Quelques semaines particulièrement intenses pour un album qui devait consolider la position du groupe.
Shock atteint la 36e place du classement américain des albums. Le disque rencontre également un succès notable en Australie, où il obtient une certification or. Des résultats solides, même s’ils restent légèrement en retrait de ceux des albums qui avaient précédemment propulsé les Motels au premier plan.
Mais l’importance de Shock dans l’histoire du groupe dépasse finalement ses performances commerciales. Il s’agit du dernier album studio des Motels publié chez Capitol Records, le label avec lequel le groupe avait construit l’essentiel de sa première carrière. Après ce disque, cette collaboration s’achève et Martha Davis entre dans une nouvelle période de son parcours.
Avec le recul, Shock possède ainsi une place particulière dans la discographie de The Motels. Il capture un groupe arrivé au terme de son premier grand cycle, au moment précis où la new wave du début des années 1980 se transforme sous l’influence des productions plus sophistiquées et spectaculaires de la seconde moitié de la décennie.
Et s’il fallait ne retenir qu’une chanson pour célébrer aujourd’hui cet album, ce serait naturellement Shame : quelques minutes de pop rock élégante et mélancolique, portées par Martha Davis, produites par Richie Zito et accompagnées d’un clip signé par un certain David Fincher. Une rencontre très « années 80 » qui suffit à elle seule à rendre Shock digne d’être redécouvert quarante et un ans plus tard.