James Pankow, du trombone délaissé à la « seconde voix » de Chicago

Né le 20 août 1947 à St. Louis, James Pankow fête aujourd’hui ses 79 ans. Tromboniste, compositeur, arrangeur de cuivres et membre fondateur de Chicago, il a construit une grande partie de son parcours autour d’un instrument choisi presque par défaut. De « Ballet for a Girl in Buchannon » à « Just You ’N’ Me », ses chansons révèlent comment les cuivres sont devenus une véritable voix au sein du groupe.

À l’école primaire, les instruments jugés les plus attirants ont déjà trouvé preneur. Devant le trombone, en revanche, personne ne fait la queue. James Pankow suit alors la suggestion de ses parents et choisit cet instrument disponible, sans imaginer que ce choix pragmatique déterminera sa place au sein de Chicago.

Le musicien américain fête aujourd’hui ses 79 ans. Derrière le tromboniste se trouve aussi l’un des principaux compositeurs et arrangeurs de cuivres du groupe : un auteur capable de bâtir une suite de treize minutes, d’écrire sur la route et de traiter toute une section instrumentale comme une ligne vocale supplémentaire.

Le choix par défaut qui devient une vocation

James Carter Pankow naît le 20 août 1947 à St. Louis, dans le Missouri, puis grandit à Park Ridge, près de Chicago. Son père, Wayne, est musicien. Ce cadre familial accompagne une vocation née vers l’âge de 10 ans, au moment de rejoindre la fanfare scolaire.

Une fois le trombone adopté, le choix par défaut devient un engagement durable. Pankow continue même à jouer pendant plusieurs années avec des bagues dentaires. Les ensembles scolaires et locaux lui permettent de développer sa pratique jusqu’à l’obtention d’une bourse complète pour étudier le trombone basse à Quincy College.

Cette trajectoire aurait pu rester strictement académique. Elle prend pourtant une autre direction lorsque Pankow décide de rejoindre l’Université DePaul, à Chicago. Ce transfert le place sur la route d’un autre instrumentiste qui cherche alors à constituer un groupe.

À DePaul, Walter Parazaider recrute James Pankow

Le saxophoniste et flûtiste Walter Parazaider recrute Pankow dans The Big Thing. Cette formation devient ensuite Chicago Transit Authority, avant d’adopter le nom de Chicago. À partir de 1967, Pankow forme avec Parazaider et le trompettiste Lee Loughnane le noyau fondateur de la section de cuivres.

Son rôle dépasse rapidement l’exécution des parties de trombone. Il arrange les cuivres, compose et assure également des chœurs ainsi que quelques chants principaux. Dans un groupe où Robert Lamm et Peter Cetera occupent une place importante parmi les auteurs, Pankow s’impose lui aussi par les chansons, mais depuis une position moins habituelle : celle du tromboniste.

À 22 ans, une suite écrite sur la route

Au tournant de 1969 et 1970, cette double identité d’instrumentiste et de compositeur se cristallise dans « Ballet for a Girl in Buchannon ». James Pankow écrit cette suite pour Chicago II alors qu’il n’a que 22 ans. La musique prend forme sur la route, pendant les tournées du groupe.

Le projet réunit deux sources d’inspiration documentées. Pankow écoute alors de longs cycles classiques, notamment Bach. Il s’inspire parallèlement de sa relation avec une jeune femme qui étudie au West Virginia Wesleyan College, à Buckhannon, en Virginie-Occidentale.

Il en tire un cycle de sept morceaux reliés par une histoire sentimentale et par des motifs thématiques confiés aux cuivres. L’ensemble dure environ treize minutes et occupe la majeure partie d’une face de l’album. Plutôt que d’écrire un morceau isolé, Pankow organise plusieurs mouvements en une construction continue.

« Make Me Smile » et « Colour My World » sortent du Ballet

Deux chansons appelées à s’installer durablement dans le répertoire de Chicago se trouvent à l’intérieur de cette suite : « Make Me Smile » et « Colour My World ». Toutes deux deviennent des standards du groupe en concert et contribuent à faire reconnaître Pankow comme compositeur, au-delà de son travail de tromboniste.

Leur origine commune éclaire sa manière de penser les chansons. Elles ne sont pas initialement conçues comme une simple juxtaposition de titres : elles appartiennent à un récit plus vaste, composé de mouvements imbriqués. Le succès de ces morceaux met ainsi en lumière un auteur dont l’ambition première portait sur l’architecture d’une œuvre longue.

Des accords, un groove, puis une ligne mélodique

Pankow a décrit une méthode de composition qui permet de relier cette suite à ses chansons plus directement formatées. « En général, je pars d’un germe, une progression d’accords avec un groove », explique-t-il. Cette base harmonique suscite une émotion, qui oriente ensuite le texte, la mélodie et l’arrangement.

Les cuivres interviennent au cœur de cette construction. Pankow ne veut pas les cantonner à des ponctuations placées derrière le chant. Son objectif consiste à « créer une voix mélodique alternative, presque une autre voix, qui s’entrelace et complète le chant principal ».

Cette conception donne à la section de cuivres un rôle narratif. Les lignes instrumentales contournent la mélodie chantée, lui répondent et peuvent passer momentanément au premier plan. Le trombone choisi parce qu’il n’attirait personne à l’école devient ainsi l’un des outils avec lesquels Pankow organise les chansons de Chicago.

Une dispute à l’origine de « Just You ’N’ Me »

« Just You ’N’ Me » offre un autre exemple de sa façon de transformer une situation concrète en chanson. Selon Pankow, le morceau naît d’une dispute avec celle qui deviendra sa première épouse. Il l’écrit comme un geste de réconciliation, sans séparer l’événement personnel du travail de composition.

L’histoire connaît un prolongement singulier : le texte est ensuite imprimé sur leur invitation de mariage. Une chanson issue d’un conflit intime devient donc à la fois une déclaration publique et un succès de Chicago. L’anecdote reste révélatrice de son processus, dans lequel une émotion conduit à un fil lyrique avant de prendre une forme mélodique et orchestrée.

De « Searchin’ So Long » à la collaboration avec Peter Cetera

Avec « (I’ve Been) Searchin’ So Long », Pankow repart d’une progression d’accords et d’un groove contemplatif. Cette base le conduit vers un texte consacré à la quête intérieure, accompagné de montées de cuivres et de chœurs. Le morceau illustre directement l’enchaînement qu’il décrit entre harmonie, sujet et arrangement.

« Feelin’ Stronger Every Day », coécrit avec Peter Cetera, repose sur une autre collaboration. Pankow y apporte une structure et des lignes de cuivres développées à partir d’un motif rythmique et harmonique. Les cuivres accompagnent alors l’idée de regain de force portée par le morceau, plutôt que de servir de simple ornement.

Ces titres, auxquels s’ajoutent notamment « Old Days » et « Alive Again », expliquent sa reconnaissance comme auteur aux côtés de Robert Lamm et Peter Cetera. En 2017, les trois musiciens sont admis ensemble au Songwriters Hall of Fame pour leurs compositions au sein de Chicago.

Une fonction conservée pendant plus de cinquante ans

James Pankow n’a pas limité son travail d’arrangeur aux premières décennies du groupe. Il co-signe encore un morceau sur Chicago XXXVI: Now, paru en 2014, et continue d’arranger les cuivres pour de nouveaux titres. Chicago reste par ailleurs régulièrement en tournée avec son tromboniste fondateur.

Du « Ballet for a Girl in Buchannon » à « Just You ’N’ Me », les épisodes les plus révélateurs de son parcours obéissent au même principe : une idée harmonique, une expérience ou une collaboration est prolongée par un arrangement dans lequel les cuivres participent pleinement à la mélodie. Pankow n’a donc pas seulement trouvé une place pour le trombone dans un groupe de rock ; il a organisé autour de cette section une autre manière de faire circuler la chanson.

À 79 ans, son histoire ramène finalement à cette file d’attente absente devant un instrument scolaire. Ce hasard initial n’explique pas à lui seul son parcours, nourri par les études, la rencontre avec Walter Parazaider et un travail précis de composition. Il en constitue toutefois le point de départ le plus éclairant : celui d’un trombone délaissé devenu, entre ses mains, une seconde voix pour Chicago.