Led Zeppelin IV fête aujourd’hui ses 55 ans. Derrière ce quatrième album officiellement sans titre, Jimmy Page défend une certaine idée du disque : une vie collective consacrée à l’enregistrement, des mixages à reprendre et un refus de réduire Stairway to Heaven à un single.
À Los Angeles, Jimmy Page et l’ingénieur du son Andy Johns pensent avancer vers la version définitive du disque. Ils travaillent aux mixages à Sunset Sound. Mais, de retour en Angleterre, l’écoute révèle un problème : ce qu’ils entendaient dans le studio américain ne leur donnait pas une image fidèle du résultat, notamment dans les graves. Le groupe décide de refaire les mixages. Un seul de ceux réalisés là-bas restera sur l’album : When the Levee Breaks.
Cette remise en chantier raconte une part essentielle de Led Zeppelin IV, paru le 8 novembre 1971 : le travail ne s’arrête pas à l’enregistrement des morceaux. Producteur du disque, Page intervient aussi dans leur présentation, leur enchaînement et leur destination. Jusqu’à refuser qu’une chanson soit extraite de l’ensemble dans une version raccourcie.
Une partie de l’aventure se joue à Headley Grange, dans le Hampshire, où Led Zeppelin utilise le studio mobile des Rolling Stones en janvier et février 1971. Les séances passent également par Island Studios, à Londres. À Headley Grange, toutefois, les musiciens ne viennent pas simplement travailler avant de rentrer chez eux : ils vivent sur place.
Page décrit une organisation entièrement consacrée à manger, dormir, composer et enregistrer. La maison rassemble ainsi les activités quotidiennes et la fabrication du disque dans un même lieu. Avec Andy Johns, il travaille dans ce cadre où la vie du groupe et les séances se côtoient, plutôt que de se répartir entre domicile et studio.
Le lieu laisse même une trace dans le nom d’une chanson. Un vieux labrador noir fréquente Headley Grange ; l’entourage du groupe le nourrit. C’est lui qui donne son titre à Black Dog. L’anecdote explique le nom du morceau, pas ses paroles : un détail de la vie sur place se retrouve ainsi sur la pochette, parmi les titres.
Tout ce qui est enregistré ne rejoint pourtant pas ce quatrième album. Down by the Seaside, Night Flight et Boogie with Stu restent de côté. Ces trois morceaux issus des séances seront finalement publiés sur Physical Graffiti. Le contenu de Led Zeppelin IV résulte donc aussi d’une sélection, et non de la simple réunion de toutes les prises disponibles.
Après l’enregistrement et les mixages vient une autre décision : dans quel ordre faire entendre les morceaux ? Page construit lui-même la séquence avant de la soumettre au groupe. Il la pense pour les deux faces du vinyle, chacune ayant sa conclusion : Stairway to Heaven termine la première, When the Levee Breaks la seconde.
Ce dernier morceau occupe ainsi une place singulière à deux titres. Il ferme le disque et conserve le mixage réalisé à Sunset Sound, alors que les autres sont repris. L’épisode des écoutes trompeuses à Los Angeles ne conduit donc pas à effacer entièrement ce travail : une exception demeure dans la version publiée.
L’album que l’usage appellera Led Zeppelin IV reste officiellement sans titre. Son identité familière ne doit pas faire oublier cette particularité. Diffusé sur RADIO COLLECTION, ce disque est aussi le résultat de décisions très concrètes, depuis le choix des morceaux jusqu’à leur place sur chacune des deux faces.
La place de Stairway to Heaven n’est pas seulement une question d’enchaînement. Aux États-Unis, Atlantic demande à Jimmy Page d’en faire un single. Le guitariste refuse : il veut que le morceau soit entendu dans l’album et rejette la perspective d’une version raccourcie. La demande commerciale se heurte ici à un choix artistique précis, celui de préserver le morceau dans son intégralité et dans son contexte.
Dans son essai consacré à la chanson, Mick Wall rapporte cette explication de Page et rappelle un autre détail de fabrication : le solo est enregistré à Basing Street sur une Telecaster offerte par Jeff Beck. Derrière la décision de ne pas raccourcir la chanson se trouve donc aussi un enregistrement dont certains éléments ont une histoire bien précise, jusqu’à l’instrument utilisé.
En 2023, Stairway to Heaven entre au National Recording Registry américain. Cette reconnaissance patrimoniale rejoint, plus d’un demi-siècle après sa publication, l’histoire d’un morceau que Page avait choisi de laisser à sa place : à la fin de la première face, au sein de l’album.
L’entretien de Jimmy Page avec Guitar World éclaire l’épisode des mixages de Sunset Sound et l’exception constituée par When the Levee Breaks. Dans The Village Voice, le guitariste revient sur la vie à Headley Grange et la construction des deux faces.
L’essai de Mick Wall consacré à Stairway to Heaven, hébergé par la Library of Congress, rapporte les explications de Page sur son refus du single et retrace l’enregistrement du solo.
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Album : Led Zeppelin IV
Artiste : Led Zeppelin
Anniversaire : 55 ans
Date de sortie : 8 novembre 1971
À retenir : Jimmy Page refuse un single américain de Stairway to Heaven.