Pocket Full Of Kryptonite : le succès à retardement des Spin Doctors

Sorti aux États-Unis le 20 août 1991, Pocket Full Of Kryptonite fête aujourd’hui ses 35 ans. Le premier album studio des Spin Doctors ne s’est pourtant pas imposé immédiatement : après des débuts discrets, il a attendu la mise en avant de « Little Miss Can’t Be Wrong », puis l’arrivée de « Two Princes » sur les radios américaines, pour changer d’échelle et dépasser les cinq millions d’exemplaires vendus.

Lorsque Pocket Full Of Kryptonite paraît aux États-Unis le 20 août 1991, rien ne laisse encore deviner la trajectoire commerciale qui attend les Spin Doctors. Le disque, qui célèbre aujourd’hui son 35e anniversaire, reste d’abord discret. Il lui faudra plus d’un an, des tournées et deux singles progressivement installés à la radio et à la télévision pour trouver son public.

Cette lente ascension distingue l’histoire de l’album de celle d’un succès immédiat. Avant que « Two Princes » ne propulse le groupe dans les classements internationaux, Pocket Full Of Kryptonite est le premier disque d’une formation new-yorkaise surtout connue pour ses prestations dans les clubs de Manhattan. Le passage du circuit local aux tournées internationales ne s’est pas joué le jour de la sortie, mais bien après.

Des clubs de Manhattan aux studios new-yorkais

Formés à la fin des années 1980 autour du chanteur Chris Barron et du guitariste Eric Schenkman, les Spin Doctors se font d’abord un nom sur scène. Le groupe appartient alors au circuit rock et jam de New York, où sa réputation se construit au fil des concerts plutôt qu’à travers une discographie déjà établie.

C’est avec cette expérience scénique que les musiciens entrent en studio pour préparer leur premier album. Les séances de Pocket Full Of Kryptonite se déroulent entre août et décembre 1990, au Power Station et dans les studios RPM de New York. Plusieurs producteurs participent au projet : Frank Aversa, Peter Denenberg et Frankie LaRocka, tandis que le groupe lui-même figure également au générique de la production.

L’enregistrement s’étale ainsi sur plusieurs mois dans la ville où les Spin Doctors ont développé leur répertoire. Quand Epic publie finalement l’album en août 1991, le disque constitue moins le point de départ du groupe que le passage sur disque d’une formation déjà rodée dans les clubs.

« Jimmy Olsen’s Blues » donne sa kryptonite à l’album

Le titre de l’album trouve un écho direct dans « Jimmy Olsen’s Blues ». La chanson adopte le point de vue de Jimmy Olsen, journaliste du Daily Planet, amoureux de Lois Lane et jaloux de Superman. La kryptonite, seule matière capable d’affaiblir le super-héros, devient ainsi le lien entre ce récit et le nom du disque.

La pochette prolonge cette référence. Son dessin aux allures de comic book montre une cabine téléphonique et renvoie à l’univers de Superman. Le visuel, le titre Pocket Full Of Kryptonite et « Jimmy Olsen’s Blues » forment donc un ensemble cohérent, immédiatement identifiable, autour de cette imagerie.

Ce jeu de références ne suffit cependant pas à provoquer un démarrage rapide. À sa parution, le premier album des Spin Doctors rencontre un succès limité et demeure peu visible dans les classements. Son histoire commerciale va se construire sur un temps beaucoup plus long.

« Little Miss Can’t Be Wrong » ouvre la première brèche

Durant les mois qui suivent la sortie, les tournées du groupe et la diffusion progressive de ses chansons entretiennent la présence du disque. La première véritable impulsion vient de « Little Miss Can’t Be Wrong », mis en avant en 1992. Le morceau attire l’attention sur un album disponible depuis plusieurs mois déjà.

Derrière son titre se trouve une relation conflictuelle, souvent associée dans les entretiens et les analyses à une figure féminine autoritaire. Cette origine donne au texte une tonalité plus acide que celle qui sera généralement associée au single suivant, « Two Princes ».

La progression reste néanmoins graduelle. Pocket Full Of Kryptonite demeure en rayon pendant plus d’un an avant que son deuxième single ne fasse véritablement décoller ses ventes. Le disque bénéficie alors d’une combinaison de tournées, de rotation télévisée et de diffusion radiophonique plutôt que d’un engouement concentré sur ses premières semaines d’exploitation.

« Two Princes », le triangle amoureux qui change tout

Servi aux radios américaines en janvier 1993, « Two Princes » arrive alors que l’album appartient déjà au catalogue depuis près d’un an et demi. Le sujet de la chanson est plus concret que son titre ne pourrait le laisser penser : deux prétendants issus de milieux différents courtisent la même femme, dans une situation inspirée de la vie de Chris Barron.

Le chanteur en a résumé le principe sans détour : « C’est l’histoire de deux types qui aiment la même fille. » Cette intrigue simple devient le moteur de la deuxième vie de Pocket Full Of Kryptonite.

« Two Princes » atteint la 7e place du Billboard Hot 100 aux États-Unis, la 2e au Canada et la 3e en Australie comme au Royaume-Uni. Le titre vaut également aux Spin Doctors une nomination aux Grammy Awards dans la catégorie de la meilleure performance rock par un duo ou un groupe.

Ces résultats donnent au disque une visibilité internationale que sa sortie initiale n’avait pas produite. Après « Little Miss Can’t Be Wrong », ce deuxième single transforme une progression encore lente en percée commerciale durable.

Plus de cinq millions d’exemplaires après l’attente

Porté par ses deux singles, Pocket Full Of Kryptonite dépasse les cinq millions d’exemplaires vendus au début des années 1990 et obtient des certifications élevées dans plusieurs pays anglophones. Les Spin Doctors passent alors des clubs de Manhattan aux tournées internationales.

Ce changement d’échelle installe aussi « Two Princes » et « Little Miss Can’t Be Wrong » dans le répertoire scénique du groupe. Le succès du disque ne résulte donc pas d’une réaction immédiate à sa publication, mais d’une installation progressive : un premier single en 1992, un second envoyé aux radios américaines en 1993, puis une diffusion qui élargit considérablement son audience.

En 2011, une réédition anniversaire est venue documenter cette période avec un morceau supplémentaire et un second CD réunissant des démos et des enregistrements en public. Elle rappelait combien l’histoire de l’album restait liée aux deux dimensions des Spin Doctors : le travail en studio à New York et l’expérience acquise sur scène.

La véritable histoire de Pocket Full Of Kryptonite

Trente-cinq ans après sa première parution, Pocket Full Of Kryptonite raconte avant tout une affaire de patience. Le groupe disposait d’un premier album enregistré après des années de concerts, d’une imagerie immédiatement reliée à « Jimmy Olsen’s Blues » et de chansons nourries de situations personnelles. Il lui manquait encore le relais capable de porter cet ensemble bien au-delà de son circuit d’origine.

Ce relais est arrivé tardivement. « Little Miss Can’t Be Wrong » a commencé à attirer l’attention, puis « Two Princes » a donné au disque sa dimension internationale. L’anniversaire célébré aujourd’hui rappelle ainsi qu’entre la publication du 20 août 1991 et les millions d’exemplaires vendus, l’histoire des Spin Doctors s’est écrite sur plus d’un an de tournées, de promotion et de diffusion progressive.