Les Rita Mitsouko auraient célébré aujourd’hui les 40 ans de The No Comprendo, l’album de la confirmation après le succès de Marcia baila. Né chez Catherine Ringer et Fred Chichin, puis développé entre Paris et Londres avec Tony Visconti, le disque a même été filmé en pleine création par Jean-Luc Godard.
Dans le studio, Jean-Luc Godard se fait presque oublier. Le cinéaste installe plusieurs micros, observe Catherine Ringer et Fred Chichin au travail et recueille des images destinées à Soigne ta droite. Sa présence est si discrète que Catherine Ringer la comparera à celle d’une équipe venue filmer des animaux dans leur milieu naturel : « On avait l’impression qu’on était dans un documentaire animalier où ceux qui filment se font plutôt discrets. » Cette scène singulière accompagne la naissance de The No Comprendo, deuxième album des Rita Mitsouko, publié il y a exactement quarante ans.
Le duo aborde ce nouvel album avec une position très différente de celle de ses débuts. Son premier disque et surtout Marcia baila l’ont installé au premier plan de la scène pop-rock française. Catherine Ringer et Fred Chichin ont passé l’année précédente à faire danser la France, tandis que des tournées avec The Smiths et Kid Creole ont accompagné l’élargissement de leur public en Europe. The No Comprendo doit donc prolonger une ascension déjà bien engagée.
Le projet ne commence pourtant pas dans un grand studio londonien. Son premier terrain de jeu est l’espace de travail domestique du duo. « The No Comprendo a d’abord été né dans notre petit home studio avant de connaître deux couches supplémentaires à Paris et Londres », racontera Catherine Ringer. Cette progression en trois étapes résume la fabrication du disque : une conception resserrée autour de Ringer et Chichin, un premier développement à Paris, puis des séances complémentaires à Londres.
L’écriture demeure principalement l’affaire du tandem. Catherine Ringer et Fred Chichin composent l’essentiel des titres à quatre mains, préservant ainsi le noyau créatif des Rita Mitsouko au moment où le projet change d’échelle. Cette combinaison entre autonomie initiale et travail dans plusieurs studios donne au deuxième album une genèse bien différente d’une commande entièrement placée entre les mains d’un producteur extérieur.
La rencontre décisive passe par François Ravard, manager de Téléphone, qui recommande Tony Visconti. Le producteur, notamment connu pour son travail avec David Bowie, prend la direction principale de l’album. Les Rita Mitsouko participent également à sa production, tandis que Conny Plank, déjà associé à leur premier disque, intervient sur certains morceaux.
L’arrivée de Visconti inscrit le projet dans un réseau international sans retirer à Ringer et Chichin la maîtrise de leurs chansons. Le disque porte d’ailleurs le titre complet Les Rita Mitsouko présentent The No Comprendo, une formulation qui place le nom du duo au seuil même de l’œuvre. À ce stade de leur parcours, ils ne se contentent plus de prolonger l’effet de surprise de Marcia baila : ils organisent un album conçu chez eux, repris à Paris et achevé au cours de séances londoniennes.
La présence de Godard ajoute une autre dimension à cette fabrication. Le réalisateur ne vient pas simplement tourner un sujet promotionnel autour d’un groupe à succès. Il filme les musiciens en activité pour Soigne ta droite, qui intègre des images de leur travail ainsi que des morceaux alors inédits. Le processus de création de The No Comprendo se retrouve ainsi saisi par une œuvre de cinéma en train de se construire parallèlement au disque.
Andy, C’est comme ça et Les Histoires d’A. deviennent les trois principaux titres associés à l’album. Leur parcours permet à The No Comprendo de dépasser le seul événement constitué par sa sortie. Andy atteint la 19e place des classements français et y demeure pendant quinze semaines. C’est comme ça va plus loin encore : le titre entre dans le Top 50 en février 1987, monte jusqu’à la dixième place et reste classé pendant vingt semaines, aidé par un clip fabuleux signé Jean-Baptiste Mondino.
Ces résultats accompagnent ceux de l’album, qui atteint la neuvième place des classements français. Ils montrent surtout que Les Rita Mitsouko ont réussi à faire suivre Marcia baila par plusieurs chansons capables d’exister auprès du grand public. The No Comprendo ne repose donc pas sur la répétition d’un succès isolé : trois de ses morceaux s’imposent parmi les titres les plus identifiés du répertoire du duo.
Cette place demeure visible dans la programmation de RADIO COLLECTION, où Les Rita Mitsouko et The No Comprendo sont diffusés. Quarante ans après la parution du disque, Andy, C’est comme ça et Les Histoires d’A. restent les portes d’entrée les plus immédiates vers cet album conçu entre un home studio, Paris et Londres.
The No Comprendo obtient une Victoire de la Musique dans la catégorie Meilleur Album. Cette distinction institutionnelle rejoint son accueil commercial et accompagne l’entrée des Rita Mitsouko dans le courant dominant européen. Le groupe confirme ainsi que la popularité acquise avec son premier album peut se transformer en trajectoire durable.
Le quarantième anniversaire ramène finalement à cette image de studio : Ringer et Chichin travaillent, Visconti conduit la production et Godard se fond dans le décor pour les filmer. Peu d’albums français de cette période auront réuni, au même moment, un duo désormais attendu par le public, un producteur lié à l’histoire du rock britannique et un cinéaste de la Nouvelle Vague. The No Comprendo conserve la trace concrète de cette rencontre.
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