Un chanteur remplacé en plein projet : la naissance de Fahrenheit de Toto

Publié aux États-Unis le 20 août 1986 par Columbia Records, Fahrenheit, le sixième album studio de Toto, fête aujourd’hui ses 40 ans. Le disque prend forme au milieu d’un changement de chanteur, accueille Joseph Williams alors que les sessions ont déjà commencé et conserve même la voix de son prédécesseur. Autoproduit, il réunit aussi Michael McDonald et Miles Davis, tandis que Steve Porcaro y signe sa dernière contribution comme membre permanent avant son départ.

Lorsque Joseph Williams rejoint Toto, le travail sur Fahrenheit est déjà engagé. Fergie Frederiksen, le précédent chanteur du groupe, a été écarté après des difficultés rencontrées en studio. Cette arrivée en cours de projet devient l’un des faits déterminants du sixième album de Toto, sorti aux États-Unis le 20 août 1986 et dont les 40 ans sont célébrés aujourd’hui.

Le changement ne fait pourtant pas disparaître toutes les traces des premières séances. Frederiksen demeure audible dans les chœurs de « Could This Be Love », bien que Williams occupe désormais le poste de chanteur principal. Le disque porte ainsi, jusque dans ses voix, la marque concrète d’une transition menée pendant sa fabrication.

Enregistré à Los Angeles en 1985 et 1986, entre The Villa, The Manor, Schnee Studios, Record One et The Complex, Fahrenheit est aussi un projet que Toto choisit de produire lui-même. Autour de Jeff Porcaro, Steve Lukather, David Paich, Steve Porcaro et Mike Porcaro, la nouvelle configuration prend forme sans effacer le caractère collectif de l’écriture.

Joseph Williams arrive au milieu des sessions de Fahrenheit

Fahrenheit constitue le premier album de Toto avec Joseph Williams comme chanteur principal. Son arrivée intervient dans un contexte particulier : il ne s’agit pas de commencer un disque avec une formation entièrement arrêtée, mais de reprendre un projet dont certaines séances ont déjà eu lieu.

La composition reste largement partagée entre les membres. David Paich, Joseph Williams, Steve Lukather, Jeff Porcaro et Steve Porcaro apparaissent dans différentes associations d’auteurs sur des morceaux comme « Till the End », « Somewhere Tonight » ou « Could This Be Love ». Le remplacement du chanteur ne recentre donc pas le projet autour d’une seule plume : il s’insère dans une méthode où les chansons circulent entre plusieurs combinaisons de musiciens.

Cette nouvelle configuration accompagne également une orientation pop rock, soft rock et R&B plus affirmée que sur certains disques précédents. Avec le recul, Steve Lukather résumera cette particularité en une phrase : « Fahrenheit est l’album de Toto le plus soul et le plus funky. »

« I’ll Be Over You », la ballade choisie pour ouvrir la campagne

À l’été 1986, Toto présente Fahrenheit avec « I’ll Be Over You ». La chanson est coécrite par Steve Lukather et Randy Goodrum. Lukather en assure la voix et la guitare, tandis que Michael McDonald apporte ses harmonies vocales, donnant à ce premier single l’une des collaborations extérieures les plus visibles de l’album.

Le choix trouve rapidement un relais dans les classements américains. « I’ll Be Over You » atteint la 11e place du Billboard Hot 100 et prend la tête du classement Adult Contemporary. Le morceau devient ainsi le principal point d’entrée radiophonique du disque, sans résumer pour autant un album construit autour de plusieurs chanteurs, auteurs et invités.

D’autres extraits prolongent en effet son exploitation entre 1986 et 1987. « Till the End », « Without Your Love » et « Lea » entrent également au Billboard Hot 100. Le clip de « Till the End » comporte par ailleurs une apparition chorégraphiée de Paula Abdul, avant que celle-ci ne devienne une vedette en solo.

Miles Davis entre dans l’autoproduction de Toto

En produisant lui-même Fahrenheit, Toto ouvre les séances à un large ensemble de musiciens invités. La rencontre la plus singulière se trouve sur « Don’t Stop Me Now », morceau coécrit par Steve Lukather et David Paich. Miles Davis y joue de la trompette.

La présence du musicien inscrit une dimension jazz fusion au sein de cet album pop rock. Elle illustre surtout l’étendue des collaborations réunies par Toto : Michael McDonald intervient sur le single le plus exposé, tandis que Miles Davis apparaît sur un titre conçu par deux des principaux auteurs du groupe.

Ces invitations ne remplacent pas le noyau de Toto. Elles viennent s’insérer dans un disque où les membres multiplient déjà les rôles, entre écriture, chant, claviers, guitare, section rythmique et production. Fahrenheit se construit ainsi moins autour d’un unique architecte que par l’addition de contributions internes et extérieures.

« Lea », le dernier chapitre de Steve Porcaro comme membre permanent

Au moment où Joseph Williams ouvre une nouvelle période pour Toto, Steve Porcaro arrive, lui, au terme de sa première présence permanente dans le groupe. Fahrenheit est le dernier album studio à le créditer comme membre avant son départ à l’issue de la tournée qui suit. Il réapparaîtra bien plus tard sur Toto XIV, en 2015.

Sa contribution à Fahrenheit ne se limite pas aux claviers et à l’électronique. Il compose entièrement « Lea », morceau qui devient aussi l’un des singles classés de l’album aux États-Unis. Cette chanson donne une place particulièrement visible à son écriture au moment même où sa trajectoire au sein de la formation s’interrompt.

Le disque réunit donc deux mouvements contraires. Il présente pour la première fois Joseph Williams comme chanteur principal tout en refermant la période durant laquelle Steve Porcaro appartient en permanence à Toto. Cette situation donne à Fahrenheit sa place particulière dans l’évolution de la formation.

Des singles visibles, une reconnaissance commerciale plus lente

La présence de plusieurs chansons dans le Billboard Hot 100 ne se traduit pas immédiatement par une certification or de l’album aux États-Unis. Fahrenheit n’atteint ce seuil qu’au début des années 1990, plusieurs années après sa parution. Sa trajectoire commerciale se révèle ainsi plus progressive que celle de son premier single dans les classements radiophoniques.

Ce décalage complète l’histoire d’un disque façonné par les passages de relais. Le chanteur change alors que les séances sont lancées, l’ancien frontman demeure audible sur un morceau, Steve Porcaro signe « Lea » avant de quitter le groupe et des invités aussi différents que Michael McDonald et Miles Davis rejoignent l’autoproduction.

Quarante ans exactement après sa sortie, Fahrenheit apparaît ainsi comme la photographie d’un Toto en mouvement. Son histoire ne tient pas à une rupture unique, mais à la manière dont plusieurs changements de personnel, d’écriture et de collaborations ont coexisté dans les mêmes studios de Los Angeles, avant de se retrouver réunis sur un seul album.