Avec Architecture & Morality, Orchestral Manoeuvres in the Dark cherche l’émotion dans les chœurs, les bandes et le Mellotron. Ce disque fête aujourd’hui ses 45 ans : derrière ses succès se cachent des manipulations très concrètes et quelques intuitions auxquelles le groupe lui-même ne croyait pas toujours.
Au studio Mayfair, trois ou quatre personnes actionnent les commandes de la console pour réaliser le mixage. OMD utilise des instruments électroniques, mais refuse cette fois l’automation informatique : les problèmes rencontrés sur l’album précédent, Organisation, ont refroidi le groupe. Pour Architecture & Morality, les mains reprennent donc le contrôle. Ce choix résume bien la fabrication du disque : la technologie fournit la matière, les musiciens la façonnent par leurs gestes et leurs décisions.
Publié au Royaume-Uni le 6 novembre 1981, ce troisième album studio est principalement produit par OMD et Richard Manwaring. Le groupe y poursuit une idée précise : retrouver la puissance émotionnelle des musiques religieuses sans en reprendre le contenu religieux. Les chants échantillonnés et le Mellotron lui offrent des moyens de travailler cette dimension, tout en conservant son langage électronique.
Une partie de cette matière sonore arrive par un échange très pratique. Dave Hughes demande de l’aide pour mettre en boucle des notes de chœur enregistrées à Amazon Studios. Une fois le travail effectué, il en laisse une copie. Ces bandes deviennent alors un matériau à part entière pour OMD, plutôt qu’un simple effet ajouté à un arrangement.
Au Gramophone Suite, Paul Humphreys construit des accords en manipulant les faders. Les voix enregistrées sont ainsi recomposées depuis la console : le geste du musicien organise les notes et fait émerger les harmonies. Entre ces boucles chorales et le Mellotron, l’album se fabrique avec des sons que le groupe peut déplacer, combiner et transformer.
Son titre donne un cadre à cette recherche. Martha Ladly suggère Architecture & Morality, à partir du livre Morality and Architecture de David Watkin. Andy McCluskey y reconnaît une métaphore : d’un côté, les structures technologiques ; de l’autre, la dimension humaine et émotionnelle. Le morceau qui porte ce nom est assemblé au Manor en trois jours. Le titre rapproche ainsi les deux pôles que le groupe travaille en studio, sans les opposer.
Cette recherche d’émotion n’empêche pas les hésitations. Souvenir, écrit par Paul Humphreys et Martin Cooper, est chanté par Humphreys et produit par Mike Howlett. Mais McCluskey trouve d’abord le morceau trop pastoral. Il tente de l’emmener ailleurs avec un réenregistrement plus dur, plus anguleux.
L’essai ne convient pas. OMD revient finalement à la version de Howlett, et McCluskey reconnaîtra que la douceur qui l’inquiétait constituait précisément la force de la chanson. L’histoire de Souvenir tient à ce retour en arrière : une proposition que l’on cherche à corriger, avant de comprendre ce qu’elle avait de juste. Le titre atteint la troisième place du classement britannique.
Pour Joan of Arc (Maid of Orleans), autre composition que Joan of Arc, un changement décisif intervient au Manor. Malcolm Holmes propose de remplacer la boîte à rythmes par une véritable batterie militaire. L’électronique ne disparaît pas pour autant : le son évoquant une cornemuse provient en réalité d’un son de violon traité au Mellotron. Deux choix de fabrication se rencontrent donc dans le même morceau, entre instrument réel et timbre transformé.
McCluskey doute pourtant de son potentiel commercial. Carol Wilson propose d’en faire un single, publié sous le titre Maid of Orleans (The Waltz Joan of Arc). Il reconnaîtra ensuite le rôle de cette décision dans les ventes européennes de l’album. Le morceau atteint la quatrième place britannique, tandis que Architecture & Morality monte jusqu’à la troisième place du classement des albums.
Le disque figure aussi dans la programmation de RADIO COLLECTION. Ses succès racontent ici deux hésitations différentes : pour Souvenir, il a fallu renoncer à durcir une chanson ; pour Maid of Orleans, accepter qu’un morceau auquel McCluskey ne prêtait guère de potentiel commercial devienne un single. Dans les deux cas, la décision finale n’était pas celle qu’il avait d’abord envisagée.
L’entretien d’Andy McCluskey avec Paul Browne pour Messages raconte le mixage manuel, le réenregistrement abandonné de Souvenir et le choix de publier Maid of Orleans en single. Le récit de Tim Peacock pour uDiscover Music, nourri des propos de Humphreys et McCluskey, éclaire la fabrication des boucles chorales et les instruments employés au Manor.
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Album : Architecture & Morality
Artiste : Orchestral Manoeuvres in the Dark
Anniversaire : 45 ans
Date de sortie : 6 novembre 1981
À retenir : Un mixage manuel mobilisant trois ou quatre personnes.