ZZ Top célèbre aujourd’hui les 41 ans d’Afterburner, un album conçu dans le prolongement du succès d’Eliminator. Derrière ses synthétiseurs et ses rythmes programmés se cache une étonnante histoire de studio : selon l’ingénieur Joe Hardy, une partie du disque aurait été retravaillée à Houston sans en informer le producteur Bill Ham.
Au printemps 1985, ZZ Top s’installe aux studios Ardent de Memphis avec une question décisive : comment poursuivre l’élan d’Eliminator sans simplement le reproduire ? Le précédent album avait placé le trio texan au centre de la culture populaire, porté par une rencontre spectaculaire entre ses racines blues-rock, les nouvelles technologies et la puissance visuelle de MTV. Pour Afterburner, enregistré de mars à juillet, le groupe choisit de pousser cette formule encore plus loin.
Cette évolution se joue aussi à travers un changement important dans l’équipe. Terry Manning, ingénieur associé de longue date à ZZ Top, n’est pas disponible. Joe Hardy prend alors une place déterminante dans les séances, tandis que Bill Ham demeure le producteur crédité de l’album. C’est dans cette configuration que le trio façonne un disque où les synthétiseurs, les séquenceurs et les boîtes à rythmes occupent un espace accru autour du blues-rock du groupe.
Joe Hardy a livré rétrospectivement le récit le plus saisissant de cette transformation. Selon son témoignage, ZZ Top et lui auraient travaillé secrètement à Houston sur certaines parties rythmiques et lignes de basse, en utilisant un Fairlight. Bill Ham n’aurait pas été informé de cette opération, destinée à obtenir une production plus moderne que celle envisagée dans le cadre habituel des séances.
L’anecdote donne à la fabrication d’Afterburner des allures de guérilla de studio. Elle ne signifie pas que Bill Ham aurait été écarté du projet : il reste bien le producteur de l’album. Elle révèle plutôt une tension de méthode au moment où ZZ Top cherche à renforcer sa dimension électronique. Joe Hardy décrit ainsi un travail conduit derrière le dos du producteur, avec le groupe, pour modifier en profondeur l’assise sonore du disque.
Le résultat prolonge l’approche d’Eliminator tout en accentuant son caractère technologique. Le blues de ZZ Top passe par une machinerie plus présente, au point que cette esthétique a été décrite comme un « cyber-blues ». Même le titre Afterburner, qui désigne la postcombustion, accompagne cette idée de propulsion supplémentaire : le trio ne revient pas en arrière après son succès, il accélère dans la direction ouverte par l’album précédent.
Au milieu de cet habillage très synthétique, Rough Boy repose sur un contraste délibéré. Billy Gibbons résumait cette opposition en 1985 par une formule aussi courte que précise : « La musique jolie devait avoir un rough boy. » La chanson permet ainsi au groupe de préserver une part de rugosité jusque dans une ballade, sans renoncer au langage de production adopté pour l’album.
Rough Boy occupait également une place particulière pour Dusty Hill. Le bassiste disait aimer la chanson au point de l’avoir fait jouer lors de son mariage. Cette confidence personnelle donne une autre portée au morceau : derrière la sophistication du studio et l’imagerie futuriste du projet, une chanson du disque s’est retrouvée associée à un moment intime de la vie de l’un de ses auteurs.
Son clip contribue par ailleurs à maintenir le groupe dans la rotation de MTV, comme ceux de Sleeping Bag et Velcro Fly. ZZ Top conserve ainsi une présence grand public qui ne repose plus seulement sur les chansons, mais sur un univers visuel immédiatement identifiable. Afterburner, également diffusé sur RADIO COLLECTION, appartient pleinement à cette période où l’image devient inséparable de la trajectoire du trio.
Avec Sleeping Bag, ZZ Top ne rompt pas le fil visuel établi quelques années auparavant. Le clip reprend notamment l’univers automobile associé à Eliminator et fait revenir Kymberly Herrin, déjà apparue dans celui de Legs. Cette continuité transforme la promotion du nouvel album en nouvel épisode d’un récit que le public de MTV connaît déjà.
La chanson atteint la huitième place du classement américain des singles. Ce résultat accompagne celui de l’album, classé quatrième aux États-Unis et deuxième au Royaume-Uni. Afterburner sera finalement certifié cinq fois platine aux États-Unis, confirmant que le virage technologique de ZZ Top ne l’a pas éloigné du vaste public conquis par Eliminator.
Quarante et un ans après sa sortie, l’histoire du disque tient donc autant à ses résultats qu’à la manière dont il a été fabriqué. L’absence de Terry Manning ouvre un nouvel espace à Joe Hardy ; les séances de Memphis se doublent, d’après ce dernier, d’un travail discret à Houston ; puis les clips prolongent à l’écran l’univers installé par le groupe. Afterburner apparaît ainsi comme le produit d’une accélération contrôlée en façade, mais bien plus mouvementée en studio.
L’entretien de Joe Hardy publié par Ultimate Classic Rock apporte le témoignage central sur les enregistrements réalisés à Houston avec le Fairlight et sur la méthode employée sans en informer Bill Ham.
Le récit publié par Louder éclaire la genèse de l’album, le rôle de MTV ainsi que les histoires de Rough Boy et Sleeping Bag.
À lire aussi : retrouvez notre sélection consacrée aux anniversaires d’albums Pop Rock.
Album : Afterburner
Artiste : ZZ Top
Anniversaire : 41 ans
Date de sortie : 28 octobre 1985
À retenir : Des parties rythmiques furent secrètement retravaillées à Houston