21 septembre 2026
Publié il y a 33 ans, Ring connaît d’abord une trajectoire américaine discrète avant de propulser The Connells dans les classements européens. Au cœur de ce retournement se trouve « ’74–’75 », une chanson sur une relation sans retour possible, devenue un succès inattendu deux ans après la naissance de l’album.
Lorsque The Connells publient Ring en 1993, le groupe sort d’une pause discographique d’environ trois ans. Cette période a notamment été marquée par des difficultés avec sa maison de disques et par l’arrivée du claviériste Steve Potak. Ce cinquième album studio ouvre donc une nouvelle étape, sans que rien ne laisse encore présager l’ampleur que prendra l’une de ses chansons de l’autre côté de l’Atlantique.
La production est confiée à Lou Giordano, associé aux Connells eux-mêmes, avec Tim Harper comme assistant. Le disque trouve un premier relais aux États-Unis grâce à « Slackjawed », qui s’impose sur les radios universitaires. Ce morceau constitue alors le signal le plus visible autour de Ring dans le pays d’origine du groupe. Mais la trajectoire décisive de l’album va se jouer plus tard, loin de ce premier accueil.
Une chanson dont le titre raconte déjà la rupture
« ’74–’75 » n’a pas été conçue comme le futur titre emblématique de The Connells. Mike Connell en a pourtant donné une explication très précise : les deux années représentent le passage d’un point A à un point B dans une relation terminée. Si les nombres se suivent, c’est parce que la séparation racontée par la chanson est définitive. Selon ses propres mots, « there’s no going back » : aucun retour en arrière n’est possible.
Cette origine donne au titre sa logique particulière. « ’74–’75 » ne désigne pas simplement une période choisie pour sa résonance ou son apparence. Les deux années successives matérialisent une évolution irréversible, le déplacement entre le début et la fin d’une histoire. Cette explication de Mike Connell deviendra d’autant plus importante que le morceau finira par dépasser très largement son accueil américain initial.
Aux États-Unis, la chanson ne provoque pas immédiatement de basculement comparable à celui qui surviendra ensuite en Europe. Le tournant commence en 1994, lorsqu’un label allemand découvre The Connells au New Music Seminar de New York. L’accord envisagé reste alors modeste : il est question de commercialiser seulement quelques milliers d’exemplaires. Ce scénario prudent sera rapidement dépassé.
Le pari allemand devient une percée européenne
Après la licence accordée en Allemagne, Ring change d’échelle en Europe en 1995. « ’74–’75 » entre dans les classements allemands, puis étend son succès à d’autres territoires. La chanson atteint le top 10 dans onze pays européens et se classe numéro un en Allemagne, en Suède et en Norvège. Pour un morceau qui n’avait pas été destiné à devenir la signature du groupe, le retournement est considérable.
Cette percée ne se résume pas à une série de positions dans les classements. Elle modifie concrètement la carrière de The Connells, désormais beaucoup plus populaires hors des États-Unis. Le groupe passe une grande partie de l’année 1995 en tournée européenne, conséquence directe de l’accueil réservé à la chanson et à l’album. Un disque américain publié deux ans auparavant trouve ainsi son public le plus large grâce à une seconde vie européenne.
Ring et The Connells figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION. Leur histoire illustre un parcours inhabituel : le premier écho des radios universitaires américaines avec « Slackjawed », puis une découverte professionnelle à New York, un accord allemand initialement limité et, enfin, un succès réparti dans onze pays.
Un clip construit sur le passage du temps
Le clip de « ’74–’75 » donne une traduction visuelle concrète à cette histoire de temps écoulé. Son dispositif confronte des photographies d’anciens élèves de la Broughton High School de Raleigh à leur apparence des années plus tard. Plutôt que de mettre uniquement le groupe en scène, la vidéo repose sur ces visages retrouvés et sur ce que les années ont transformé.
Le procédé accompagne efficacement le titre énigmatique du morceau : les dates ne restent plus de simples nombres, elles sont mises en regard de personnes observées à deux moments de leur vie. Cette construction documentaire contribue à donner à « ’74–’75 » une identité visuelle immédiatement reconnaissable au moment où la chanson se diffuse à travers l’Europe.
Trente-trois ans après la publication de Ring, son histoire demeure celle d’un succès différé. Le disque avait d’abord trouvé un relais dans les radios universitaires américaines, mais c’est une rencontre au New Music Seminar, suivie d’un accord pensé pour quelques milliers de copies, qui a ouvert la voie à son changement de dimension. The Connells en ont tiré des numéros un dans trois pays et une longue tournée européenne, autour d’une chanson qui affirmait précisément qu’il n’était plus possible de revenir en arrière.
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