25 août 2026
Le 25 août 2008, The Verve publiait Forth au Royaume-Uni et en Europe. L’album fête aujourd’hui ses 18 ans. Premier disque de nouveaux morceaux du groupe depuis Urban Hymns en 1997, il est né d’une réunion des quatre membres originaux, de longues sessions à Richmond et d’idées développées collectivement, jusqu’au loop vocal qui a donné forme à « Love Is Noise ».
En 2007, Richard Ashcroft, Nick McCabe, Simon Jones et Peter Salisbury recommencent à travailler ensemble. Huit années se sont écoulées depuis la séparation de The Verve, et dix depuis la sortie d’Urban Hymns. Cette nouvelle réunion ne se limite pas à la reprise d’un ancien répertoire : l’annonce officielle mentionne du matériel inédit, tandis qu’une tournée doit conduire le groupe au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Europe et en Asie.
La formation rassemble les quatre membres originaux, sans Simon Tong. Les sources ne précisent pas les raisons de son absence. Ce retour ouvre surtout une possibilité qui n’existait plus depuis plusieurs années : enregistrer de nouveau ensemble et faire naître un album à partir de cette collaboration retrouvée.
Forth, premier nouveau chapitre depuis 1997
Entre Urban Hymns et Forth, les parutions de The Verve étaient principalement consacrées à son catalogue, avec notamment la compilation This Is Music: The Singles 92-98. Le quatrième album studio arrive donc après onze ans sans disque constitué de nouveaux morceaux. Ce délai donne une portée particulière aux premières séances de 2007 : avant même de préparer une sortie, les musiciens doivent retrouver une manière de créer en commun.
L’un des premiers résultats de ces retrouvailles prend le nom de The Thaw Session. Cette jam est considérée comme la première réalisation enregistrée du groupe depuis environ huit ans. Elle ne raconte pas encore à elle seule tout Forth, mais elle indique la méthode qui va nourrir une partie du projet : partir du jeu collectif, laisser circuler les motifs et développer les idées au fil des sessions.
À Richmond, les jams relancent le travail collectif
L’enregistrement se concentre en 2007 et 2008 au State Of The Ark, à Richmond, dans la région de Londres. Le lieu appartient à Terry Britten, compositeur notamment de « Devil Woman » pour Cliff Richard. The Verve installe ainsi son album de retour dans un studio associé à un auteur de grands singles de la pop britannique, tout en poursuivant un travail largement alimenté par ses propres échanges instrumentaux.
« Sit and Wonder » illustre directement cette dynamique. Lors d’une interview collective avec Steve Lamacq en juillet 2008, le groupe explique que la chanson est née d’un loop de guitare de Nick McCabe. Le motif est ensuite développé par les quatre musiciens. L’écriture de Forth apparaît ici moins comme une série de compositions apportées sous une forme achevée que comme une construction où une idée individuelle devient matière collective.
Cette circulation des fragments ne s’arrête pas aux instruments. Une autre chanson va fournir une partie de son matériau au morceau chargé de présenter l’album au public.
De « Columbo » au loop vocal de « Love Is Noise »
Richard Ashcroft travaille dans son propre studio avec un ancien vocoder lorsqu’il crée le loop vocal placé au centre de « Love Is Noise ». Le déclic est immédiat. « Dès que j’ai eu ce loop vocal, tout était là », expliquera-t-il à propos de cette séquence. À partir de cette base, la chanson prend forme et devient l’un des points d’entrée essentiels de Forth.
Le procédé révèle également les liens internes entre les morceaux du disque. Le motif utilisé pour bâtir ce loop provient de « Columbo », autre titre de l’album. Une chanson en alimente donc une seconde : un fragment déjà présent dans les sessions est déplacé, transformé et placé au cœur d’une nouvelle composition. Cette manière de réemployer le matériau prolonge la logique des jams qui avaient amorcé le retour du groupe en studio.
Les paroles de « Love Is Noise » s’appuient par ailleurs sur les thèmes de Jerusalem de William Blake. Ashcroft reprend notamment l’idée des « pieds modernes » et la confronte à l’image des « bright prosaic malls ». Le texte met ainsi en regard l’aspiration à l’amour et une réalité matérialiste, dans ce que le chanteur présente comme une réappropriation du poème de Blake.
« Love Is Noise » devient la vitrine de l’album
Le morceau est choisi comme premier single. Le 23 juin 2008, BBC Radio 1 le diffuse en avant-première, donnant au public un premier aperçu du nouveau matériel enregistré par The Verve. « Love Is Noise » atteindra ensuite la quatrième place du classement britannique des singles.
La chanson occupe aussi une place centrale dans le dispositif accompagnant la sortie. Au Royaume-Uni, une édition deluxe en coffret est proposée exclusivement par la boutique officielle du groupe. Elle comprend notamment le téléchargement anticipé d’une version de « Love Is Noise » enregistrée en concert à Glastonbury, ainsi qu’un accès numérique à Forth une semaine avant sa commercialisation générale.
Cette campagne relie ainsi plusieurs visages du retour : le morceau conçu à partir d’un ancien vocoder, sa présentation à la radio, sa version jouée sur scène et, enfin, son rôle de porte d’entrée vers l’album. La création issue des sessions devient l’élément autour duquel s’organise la publication.
Une sortie internationale en plusieurs temps
Forth paraît le 25 août 2008 au Royaume-Uni et sur le principal marché international européen, sous les labels Parlophone et EMI. L’Amérique du Nord suit le 26 août par l’intermédiaire du label indépendant On Your Own, avant une sortie japonaise le 3 septembre. Plusieurs formats sont proposés, dont l’édition deluxe destinée au public britannique.
Au Royaume-Uni, l’album entre directement à la première place du UK Albums Chart. Ce résultat mesure l’intérêt immédiat suscité par ce premier ensemble de nouvelles chansons depuis 1997. Il prolonge aussi le parcours du single « Love Is Noise », déjà installé dans le classement britannique avant l’arrivée du disque.
Le dernier album studio de The Verve
Dix-huit ans après sa sortie, Forth reste le quatrième et dernier album studio de The Verve. Son histoire tient moins à une simple reformation qu’à la manière dont cette réunion s’est traduite en création : une première jam enregistrée après huit ans, un loop de guitare développé par le groupe, puis un fragment de « Columbo » transformé en socle de « Love Is Noise ».
Le disque permet ainsi de suivre la reprise progressive d’un dialogue musical interrompu pendant plusieurs années. Des sessions de Richmond à la première place du classement britannique, Forth raconte un retour construit à partir d’idées en circulation entre les musiciens. Son 18e anniversaire ramène aujourd’hui à ce moment précis où The Verve ne s’est pas contenté de remonter sur scène, mais a choisi d’écrire et d’enregistrer de nouveau.