The War On Drugs, 9 ans après A Deeper Understanding : des prises live aux centaines de pistes


25 août 2026

Le 25 août 2017, The War On Drugs publiait A Deeper Understanding, son quatrième album studio et son premier chez Atlantic Records. Le disque fête aujourd’hui ses 9 ans. Commencé sur la route, poursuivi entre Los Angeles et New York puis façonné pendant environ trois ans et demi, il raconte surtout une méthode : saisir le groupe en direct avant d’accumuler, d’effacer et de réorganiser des centaines de pistes.

 

À la fin de 2014, A Deeper Understanding n’existe encore qu’à travers des idées travaillées par Adam Granduciel pendant la tournée de Lost in the Dream et lors de quelques périodes de pause. Au printemps suivant, certains morceaux passent déjà par les balances des concerts. Le prochain album de The War On Drugs commence ainsi à prendre forme sans véritable rupture entre la scène, les maquettes et le studio.

Le projet accompagnera bientôt un changement géographique important. Granduciel quitte Philadelphie pour Los Angeles afin de travailler sur le disque, tandis que les autres musiciens restent liés à la côte Est. Cette distance impose une organisation particulière et transforme chaque réunion du groupe en période de travail intensif.

Des idées de guitare étirées jusqu’à quinze minutes

La méthode de composition commence souvent modestement : une courte idée de guitare ou de piano, encore loin d’une chanson achevée. Granduciel installe alors une boîte à rythmes LinnDrum dans Pro Tools, puis ajoute progressivement des guitares, des claviers et des esquisses de mélodies vocales. Certaines de ces démos atteignent quinze minutes.

Ces longues formes constituent moins un plan définitif qu’un matériau à explorer. Le groupe peut ensuite les jouer, les déplacer et les remodeler. « Strangest Thing » s’inscrit notamment dans cette méthode générale, entre motifs initiaux, intervention des musiciens et reprises successives menées avec l’ingénieur et mixeur Shawn Everett.

Au total, environ trois ans et demi séparent les premières étapes du travail des derniers ajustements. Cette durée ne correspond pas à une session continue : elle additionne les idées apparues en tournée, les maquettes personnelles, les retrouvailles avec le groupe, les prises en studio et les multiples versions de mixage.

Sept jours pour réunir Los Angeles et Philadelphie

Lorsque Charlie Hall, Dave Hartley et Robbie Bennett rejoignent Granduciel à Los Angeles, le calendrier se resserre brutalement. Les musiciens venus de Philadelphie sont installés en location et les semaines concentrent répétitions, écriture, enregistrement et moments de vie commune. Tout doit tenir dans une fenêtre de sept jours.

Adam Granduciel résumera cette contrainte en une phrase : « Sept jours de musique. Je savais que je ne les avais que pour une semaine. » La formule éclaire la fabrication de A Deeper Understanding : un album développé sur plusieurs années, mais régulièrement relancé par de courtes périodes durant lesquelles le groupe doit avancer rapidement.

Cette organisation permet aussi de confronter les constructions préparées par Granduciel au jeu collectif. Les maquettes accumulées dans Pro Tools ne sont donc pas simplement complétées instrument après instrument. Sur plusieurs titres, The War On Drugs choisit au contraire de jouer ensemble afin de conserver une part de l’élan développé sur scène.

« Pain » et « Thinking of a Place » captées en direct

« Pain » illustre cette recherche. Le morceau est d’abord enregistré en prise live, avec la basse, la batterie et les solos de guitare joués simultanément. Cette base commune doit retrouver la spontanéité d’un concert, avant que ne commence le long travail de couches, de retouches et de réorganisation propre à l’album.

« Thinking of a Place » suit une trajectoire comparable. Le groupe en capture d’abord une version live en studio, puis le morceau est retravaillé au cours de la production. Sa durée, proche de onze minutes, ne l’empêche pas de devenir la première chanson dévoilée du projet : elle paraît en avril 2017, avant même l’annonce officielle de l’album.

Le choix de ces prises collectives ne remplace pas la construction par strates. Les deux approches coexistent. Une performance peut fournir le socle d’un titre, tandis que les étapes suivantes en modifient les textures et les ambiances. Granduciel décrit cette souplesse sans en faire une règle fixe : chaque chanson reçoit simplement le traitement qui lui convient.

Shawn Everett face à des sessions presque illisibles

La collaboration avec Shawn Everett donne au projet une autre dimension. Granduciel fait appel à lui pour approfondir le travail de prise de son et l’utilisation du studio. Everett doit bientôt gérer des sessions comptant des centaines de pistes, conséquence directe des ajouts successifs et du passage d’un lieu d’enregistrement à l’autre.

Le parcours mène notamment le groupe à Boulevard Recording, EastWest et United Recorders à Los Angeles, puis à Electric Lady et Thump Recording à New York. Chaque salle devient un outil supplémentaire. Everett y réamplifie la caisse claire, la grosse caisse et d’autres instruments afin de capter de nouvelles ambiances acoustiques, ensuite ajoutées aux sessions existantes.

L’accumulation finit par rendre certains projets presque illisibles. Le mixeur doit alors agir comme un « archéologue », organiser les éléments disponibles et décider lesquels conserver. Il décrit le travail sur l’album comme « un processus sans fin de couches et de décapages » : ajouter, retirer une partie de ce qui vient d’être construit, puis recommencer.

Sur certains morceaux, Everett réalise jusqu’à six mixes dans six studios différents. À chaque étape, il utilise les consoles et les équipements disponibles sur place pour fabriquer une nouvelle version de travail. Le changement de studio ne constitue donc pas seulement un déplacement géographique : il laisse une trace concrète dans la construction des titres.

Un single de onze minutes avant l’annonce de l’album

Lorsque « Thinking of a Place » est dévoilé au printemps 2017, le public découvre ainsi un morceau issu à la fois d’une prise collective et d’un patient remodelage. Le 1er juin, The War On Drugs annonce officiellement A Deeper Understanding : dix titres, une sortie fixée au 25 août et un nouveau label, Atlantic Records.

Cette première parution du groupe chez Atlantic bénéficie d’une diffusion coordonnée en numérique, CD et vinyle. À sa sortie, l’album reçoit un accueil critique globalement favorable, attesté par les synthèses de chroniques publiées à l’époque. Sans effacer le travail entrepris depuis Lost in the Dream, le changement de label inscrit le disque dans un cadre de distribution plus large.

Trois ans et demi entre la première idée et le mix final

Neuf ans après sa sortie, la fabrication de A Deeper Understanding apparaît d’abord comme une succession d’allers-retours : entre Philadelphie et Los Angeles, entre la route et les studios, entre les longues démos solitaires et le groupe jouant dans la même pièce. Les prises live de « Pain » et « Thinking of a Place » n’annulent pas le goût de Granduciel pour les couches ; elles lui offrent un point de départ vivant à transformer.

Le rôle de Shawn Everett devient alors central. Face aux centaines de pistes, aux ambiances réamplifiées et aux différentes versions de mix, son travail consiste autant à ajouter qu’à retrouver ce qui mérite de rester. L’histoire de l’album tient dans cet équilibre : trois ans et demi d’accumulation, régulièrement resserrés en quelques jours de musique collective, jusqu’à sa publication le 25 août 2017.