29 septembre 2026
Bridges to Babylon fête aujourd’hui ses 29 ans. Pour cet album, les Rolling Stones ont rompu avec leur méthode habituelle : Mick Jagger et Keith Richards ont avancé en parallèle, entourés de producteurs différents, tandis que Charlie Watts expérimentait avec des boucles et des traitements de studio.
Au départ, l’idée paraît presque diplomatique. Plutôt que de contraindre leurs morceaux à entrer dans une direction unique, Mick Jagger et Keith Richards décident de travailler chacun de leur côté avant de réunir leurs propositions sous le nom des Rolling Stones. Cette liberté accordée aux deux partenaires va pourtant entraîner une situation inattendue : Bridges to Babylon sera élaboré avec une multiplicité d’intervenants, au point que Richards aura le sentiment de voir apparaître presque un producteur différent pour chaque chanson.
Le projet est principalement enregistré à Los Angeles, notamment aux studios Ocean Way. Le changement ne tient pas seulement à la géographie. Le groupe délaisse les lieux isolés souvent choisis pour ses précédents albums et travaille sur une période beaucoup plus courte que d’habitude. Plusieurs morceaux sont déjà avancés avant même que le projet ne devienne officiellement un album des Stones : Jagger a notamment écrit Anybody Seen My Baby?, Saint of Me, Gunface, Out of Control et Might As Well Get Juiced.
Jagger et Richards empruntent deux chemins
La séparation des méthodes devient le principe de fabrication du disque. Jagger se rapproche de producteurs contemporains comme les Dust Brothers et Danny Saber. Richards travaille davantage avec Charlie Watts et Don Was. Les Glimmer Twins, nom de production associé à Jagger et Richards, restent aux commandes, mais le cadre n’est plus celui d’une méthode commune appliquée à tout l’album.
Keith Richards résume cette décision par une proposition adressée à Jagger : “You take a little flight your way, I’ll take a little flight my way.” Chacun pouvait donc effectuer son propre détour, sans chercher immédiatement à fondre toutes les idées dans un modèle unique. Richards expliquera toutefois qu’il n’avait pas imaginé que cet accord conduirait à une telle multiplication des producteurs au fil des chansons.
Cette organisation permet de faire cohabiter les habitudes du groupe et des techniques de studio plus expérimentales. Charlie Watts joue ainsi avec des boucles et différents traitements. Des prises de batterie réalisées après l’écoute de The Chronic de Dr. Dre servent également de matière à certains arrangements. La scène résume le pari de l’album : le batteur des Rolling Stones reste au centre du jeu, mais ses prises peuvent désormais être retravaillées selon des procédés apportés par d’autres producteurs.
Cette volonté d’intégrer une esthétique plus contemporaine sans abandonner l’identité des Stones sera d’ailleurs l’un des aspects retenus dans la réception du disque. Bridges to Babylon, comme le groupe, figure aussi dans la programmation de RADIO COLLECTION.
Une ressemblance repérée au dernier moment
L’histoire la plus délicate du disque concerne Anybody Seen My Baby?. Alors que l’album approche de sa mise en fabrication, le refrain de la chanson est jugé trop proche de celui de Constant Craving, écrit par k.d. lang et Ben Mink. La question ne débouche ni sur une réécriture précipitée ni sur l’attente d’un éventuel contentieux.
Les Rolling Stones choisissent d’ajouter k.d. lang et Ben Mink aux crédits de composition. Le moment auquel intervient la décision lui donne toute sa portée : l’album est sur le point de partir en fabrication. Une alerte tardive modifie ainsi officiellement la signature de l’un de ses morceaux les plus exposés, sans que celui-ci soit retiré ou transformé.
L’épisode illustre aussi le fonctionnement particulier de ce projet. Certaines chansons existaient avant que l’ensemble ne prenne la forme d’un album des Rolling Stones, puis elles ont été intégrées à un disque construit entre plusieurs équipes et plusieurs approches. Avec Anybody Seen My Baby?, cette fabrication fragmentée rencontre une contrainte très concrète : régler une proximité mélodique avant que les exemplaires ne soient produits.
De la maquette d’une scène à Babylon
Le titre de l’album naît lui aussi en dehors des chansons. Son point de départ est une maquette destinée à la tournée, comprenant un pont de scène. Mick Jagger sollicite alors l’auteur dramatique Tom Stoppard. Les suggestions de celui-ci autour de Babylon conduisent finalement au nom Bridges to Babylon, adopté à la fois pour le disque et pour la tournée.
Ce pont offre une image particulièrement adaptée à l’organisation de l’album. Il relie des séances conduites selon des logiques différentes, les producteurs choisis par Jagger et le travail plus directement mené par Richards avec Watts et Was. Richards parlera d’ailleurs d’un “rickety bridge”, un pont branlant, pour évoquer la diversité et les divisions du projet.
À sa sortie, Bridges to Babylon atteint la sixième place du classement britannique des albums. Mais son histoire tient moins à ce chiffre qu’à la décision initiale de ne pas obliger Jagger et Richards à suivre exactement la même route. Vingt-neuf ans plus tard, le disque conserve ainsi la trace d’une expérience inhabituelle chez les Stones : construire un album commun à partir de méthodes volontairement séparées, puis faire tenir l’ensemble sous le nom trouvé autour d’un pont de scène.
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