Clive Davis, façonneur de stars, est mort


23 juin 2026

Clive Davis, figure centrale de l’industrie du disque américaine, est décédé le 22 juin 2026 à New York à l’âge de 94 ans, laissant derrière lui plus de soixante ans d’histoire de la pop et du rock. 

Né le 4 avril 1932 à Brooklyn dans une famille modeste, Clive Jay Davis suit d’abord une trajectoire toute tracée vers le droit, décrochant des bourses pour étudier à New York University puis à Harvard Law School, dont il sort diplômé en 1956. Avocat de formation, il entre en 1960 au service juridique de Columbia Records sans imaginer qu’il va bientôt en prendre les commandes et redéfinir le paysage musical mondial.

 

Très vite, son regard analytique de juriste se double d’un instinct artistique hors norme, qui le pousse à s’intéresser autant aux clauses des contrats qu’au potentiel musical des artistes qu’il croise. Ce mélange rare de rigueur et de flair deviendra sa signature dans une industrie alors en pleine mutation, entre explosion du rock et naissance de la pop moderne.

Promu président de CBS/Columbia Records en 1967, Clive Davis va saisir comme peu de dirigeants l’importance historique de la vague rock qui déferle sur la jeunesse américaine. La scène fondatrice, qu’il racontera toute sa vie, reste le Monterey Pop Festival de 1967, où il découvre Janis Joplin et comprend qu’une nouvelle génération d’artistes peut bouleverser l’économie du disque.

Dans la foulée, il signe Big Brother and the Holding Company, propulsant Janis Joplin au rang d’icône, puis étend son casting à Santana, Bruce Springsteen, Billy Joel, Aerosmith ou encore Chicago, consolidant le catalogue rock de Columbia. Sous sa direction, le label devient un foyer majeur de la culture pop-rock, capable d’embrasser les ruptures esthétiques de la fin des années 1960 et du début des années 1970.

 

En 1973, Clive Davis est brutalement évincé de CBS, accusé de malversations financières, des accusations qu’il a toujours contestées. Loin de signer la fin de sa carrière, cet épisode marque au contraire le début d’un second acte spectaculaire, avec la création d’Arista Records en 1974, rapidement érigé en label incontournable.

Ses premières signatures installent Arista dans le paysage, mais c’est la décennie suivante qui fera du label une véritable machine à hits, notamment dans la soul, le R&B et la pop. Clive Davis y accueille Aretha Franklin, Dionne Warwick, Patti Smith, Santana, mais aussi des groupes comme les Kinks, tout en contribuant au succès de Pink Floyd et d’Aerosmith. En 2000, il fonde J Records et poursuit cette activité de découvreur et de mentor, en y accueillant entre autres Alicia Keys.

 

Whitney Houston et l’âge d’or de la pop

La rencontre la plus décisive de sa carrière reste celle avec Whitney Houston, qu’il signe en 1983 alors qu’elle n’a que 19 ans. Producteur, directeur artistique et véritable mentor, Clive Davis façonne patiemment le répertoire de la jeune chanteuse, en l’orientant vers un crossover entre gospel, soul et pop grand public.

Son premier album, “Whitney Houston”, paru en 1985, aligne trois numéros un aux États-Unis et installe l’artiste comme l’une des voix majeures des années 1980 et 1990, portée par l’intuition artistique et la stratégie marketing de Davis. Par la suite, il guide aussi Aretha Franklin et Dionne Warwick dans leurs retours en grâce, et orchestre le comeback spectaculaire de Santana avec “Supernatural” en 1999, album multi-récompensé aux Grammy Awards.

 

Un palmarès et une influence hors norme

Au fil de plus de six décennies de carrière, Clive Davis aura accompagné, découvert ou relancé une liste impressionnante d’artistes : Janis Joplin, Santana, Bruce Springsteen, Billy Joel, Aerosmith, Barry Manilow, Aretha Franklin, Dionne Warwick, Whitney Houston, Alicia Keys, Jennifer Hudson, Rod Stewart, Lou Reed, entre beaucoup d’autres. Son flair lui vaut le surnom de “chasseur de têtes” et de “directeur artistique qui sent le marché du disque et le potentiel commercial d’un artiste”.

Aretha Franklin le qualifiera de “plus grand producteur de disques de tous les temps”. Intrônisé au Rock and Roll Hall of Fame en 2000, détenteur de cinq Grammy Awards, il restera pour la postérité comme l’un des architectes du son moderne, capable de passer du rock au R&B, de la pop au hip-hop, en cofondant notamment Bad Boy Records aux côtés de Sean “Puffy” Combs.

 

Hospitalisé au printemps 2026 pour une infection respiratoire, il s’est éteint le 22 juin à son domicile de Manhattan, entouré de sa famille, qui a annoncé la nouvelle sur les réseaux sociaux. Avec lui disparaît l’un des derniers grands bâtisseurs de l’ère des majors du disque, un homme dont les décisions ont façonné la trajectoire de la pop et du rock des années 1960 à nos jours, et dont l’ombre continuera de planer sur les catalogues qu’il a patiemment assemblés