03 août 2026
Le 3 août 1992, INXS publiait Welcome to Wherever You Are. Pour son huitième album studio, qui fête aujourd’hui ses 34 ans, le groupe australien modifie sa méthode de travail : changement de producteur, implication directe dans la production et arrivée d’un orchestre d’une soixantaine de musiciens. Une remise en question menée depuis Sydney, après une décennie de succès internationaux.
Le disque paraît à un moment particulier pour la formation. Après Listen Like Thieves, Kick et X, INXS doit évoluer dans un paysage où le grunge et le rock alternatif occupent une place croissante. Le son sophistiqué associé à ses réussites de la fin des années 1980 se retrouve confronté à de nouvelles tendances sur la scène internationale.
Plutôt que de reproduire exactement la formule des albums précédents, le groupe revoit plusieurs paramètres concrets. Welcome to Wherever You Are devient ainsi le récit d’un changement organisé de l’intérieur, entre retour à une ancienne collaboration et élargissement de la palette instrumentale.
INXS retrouve Mark Opitz et prend part aux décisions de production
L’enregistrement commence en novembre 1991 aux Rhinoceros Studios de Sydney. INXS connaît déjà ce lieu, qui devient le principal point d’ancrage du projet. Le changement ne vient donc pas du décor, mais de la manière dont le groupe choisit d’y travailler.
Après trois albums réalisés avec Chris Thomas — Listen Like Thieves, Kick et X —, INXS confie la production principale à Mark Opitz. Ce dernier avait déjà travaillé avec la formation, mais n’avait plus officié à ce poste depuis Shabooh Shoobah, paru en 1983. Ce retour met fin, au moins pour cet album, à la continuité installée avec Thomas.
La répartition des crédits révèle une autre évolution : INXS apparaît comme coproducteur de Welcome to Wherever You Are. Le groupe ne se contente donc pas d’interpréter et d’écrire ses morceaux. Il s’implique officiellement dans les choix de production aux côtés d’Opitz, une différence notable par rapport aux disques précédents.
Un noyau d’écriture maintenu malgré le changement de méthode
Si le cadre de production évolue, l’écriture reste principalement une affaire interne. Andrew Farriss conserve notamment une place centrale dans la composition des titres les plus exposés du disque. La liste des morceaux ne témoigne pas d’un appel massif à des auteurs extérieurs pour accompagner ce changement de direction.
« Questions », qui ouvre l’album, et « Heaven Sent », placé juste après, illustrent ce fonctionnement. Les morceaux sont crédités à Farriss et aux auteurs du groupe, selon les chansons. La transformation recherchée ne passe donc pas par un remplacement du noyau créatif, mais par une nouvelle manière de mettre en forme ses compositions.
Écrit par Andrew Farriss, « Heaven Sent » fait partie des premiers titres choisis pour représenter l’album en single. Sa présence en deuxième position lui donne également un rôle important dans l’entrée en matière du disque, juste après « Questions ». Le titre se classera notamment au Royaume-Uni et en Australie, tout en atteignant le Top 20 dans certains pays.
Soixante musiciens réunis autour de « Baby Don’t Cry »
L’expérience la plus spectaculaire des séances concerne « Baby Don’t Cry » et « Men and Women ». Pour ces deux morceaux, INXS fait appel à l’Australian Concert Orchestra. Environ soixante musiciens sont réunis et enregistrés en direct dans le studio, une opération qui nécessite une organisation distincte de celle d’une séance rock habituelle.
L’orchestre est placé sous la direction de Colin Piper. Neil Sandbach prend en charge la captation de cet ensemble, dont les dimensions imposent une ingénierie adaptée. L’intervention orchestrale n’est pas ajoutée comme un simple détail isolé : elle participe à deux chansons et devient l’un des signes les plus visibles de l’élargissement instrumental tenté sur l’album.
« Baby Don’t Cry » porte cette orientation auprès du public lorsqu’elle est publiée en single. Ses positions dans les classements restent plus modestes que celles de « Heaven Sent », mais son histoire en studio résume l’une des ambitions du projet. « Men and Women » prolonge cette rencontre entre la formation rock et l’Australian Concert Orchestra, enregistré lui aussi en prise live.
Welcome to Wherever You Are prend la tête du classement britannique
Lorsqu’il sort principalement à l’international le 3 août 1992, Welcome to Wherever You Are obtient des résultats très différents selon les marchés. Au Royaume-Uni, l’album entre directement à la première place du UK Albums Chart. INXS devient alors le premier groupe australien depuis AC/DC, avec Back in Black en 1980, à atteindre le sommet de ce classement.
Le disque se classe également numéro deux en Australie. Ces résultats montrent que le changement de production et les choix orchestraux n’éloignent pas immédiatement le groupe de ses principaux publics sur ces territoires.
La situation est plus mesurée aux États-Unis, où l’album atteint la 16e place du Billboard 200. Ce classement reste significatif, mais marque un contraste avec la première place britannique. Welcome to Wherever You Are sera aussi le dernier album studio d’INXS à obtenir une certification platine sur le marché américain.
Un disque placé à la frontière de deux périodes
Ce contraste commercial donne à l’album une position particulière dans le parcours d’INXS. Il prolonge la période ouverte par les grands résultats internationaux des années précédentes, tout en signalant une inflexion aux États-Unis. Dans le même temps, sa première place britannique et sa deuxième place australienne empêchent de réduire sa trajectoire à un simple recul général.
Une réédition parue autour de 2002, remasterisée et complétée par plusieurs titres jusque-là inédits, a prolongé la documentation disponible autour de ces séances. Elle a remis en avant un album construit sur des décisions précises : renouer avec Mark Opitz, partager les responsabilités de production et faire entrer une grande formation orchestrale aux Rhinoceros Studios.
Trente-quatre ans après sa sortie, Welcome to Wherever You Are raconte ainsi un groupe installé qui choisit de déplacer ses habitudes sans abandonner son noyau d’écriture. « Heaven Sent », « Baby Don’t Cry » et « Men and Women » permettent d’en suivre les différentes étapes, du rôle central d’Andrew Farriss à l’arrivée de l’Australian Concert Orchestra dans le studio.