Anniversaire de Matthew Caws : comment Nada Surf a dépassé « Popular »


05 août 2026

Matthew Caws a 59 ans ce 5 août. Pour le musicien américain, cet anniversaire éclaire un parcours longtemps résumé à « Popular », le succès qui propulse Nada Surf sur les radios universitaires et MTV en 1996. Or la trajectoire du groupe s’est surtout construite dans l’après : lorsqu’il a fallu renoncer à reproduire ce coup d’éclat et replacer les chansons au centre du projet.

 

Cette persévérance prend racine bien avant les majors. Des étés en Provence au Lycée Français de New York, d’un magasin de disques aux premiers vinyles autoproduits, Caws s’est formé par immersion. Chaque étape l’a rapproché du même objectif : écrire, jouer et installer Nada Surf dans la durée.

 

Une amitié musicale née au Lycée Français de New York

 

Matthew Rorison Caws grandit sur l’Upper West Side, dans une famille de professeurs universitaires où la musique baroque occupe une place importante. Ses étés se déroulent dans une petite maison rustique en Provence, parfois sous une tente faute de place. Deux environnements très différents, entre culture new-yorkaise et séjours français, qui nourrissent précocement son rapport à la musique.

 

Au début des années 1980, ses parents l’inscrivent au Lycée Français de New York. Il y rejoint The Cost of Living, un groupe scolaire formé par le professeur Patrick Thouron avec plusieurs élèves, dont le bassiste Daniel Lorca. Cette première expérience structurée fait naître une collaboration appelée à durer bien au-delà de la classe.

 

The Cost of Living disparaît rapidement, malgré l’enregistrement d’une démo pour Stickboy. Caws et Lorca conservent pourtant leur ambition commune. Après plusieurs années d’apprentissage, ils fondent Nada Surf en 1993 et établissent le noyau autour duquel le groupe va se développer.

 

Record Runner, l’autre école de Matthew Caws

 

Entre la fin du lycée et le début de l’université, Matthew Caws travaille chez Record Runner, une petite boutique new-yorkaise dirigée par Michael Carlucci, guitariste de Winter Hours. Il y vend des disques, lit d’anciens numéros du NME et approfondit sa connaissance de Bob Dylan, de Television ou des Small Faces. Carlucci devient un passeur autant qu’un employeur.

 

Le jeune musicien accompagne aussi Winter Hours comme roadie occasionnel, notamment jusqu’à Athens, en Géorgie. Il découvre les longs trajets, la camaraderie et le quotidien concret d’un groupe en déplacement. « C’était comme une école pour moi », écrira-t-il plus tard à propos de cette période.

 

Caws travaille également comme rédacteur pour Guitar World et Guitar School. Entouré de guitares, de techniciens et de dossiers consacrés aux chansons, il affine son attention à l’écriture et à la production avant de pouvoir vivre de Nada Surf.

 

« The Plan/Telescope », un premier disque financé entre amis

 

La création de Nada Surf devient tangible en 1994. Matthew Caws et Daniel Lorca s’associent à leur ami Joe Hobaica pour financer l’enregistrement et la publication d’un premier 45-tours sur Stickboy Records. Le disque réunit « The Plan » et « Telescope » et doit trouver sa place dans les bacs des disquaires indépendants.

 

« The Plan » est choisi comme titre principal avant même que Nada Surf ne dispose d’un album. « Telescope », placé en face B, présente une écriture plus contemplative. Ce petit vinyle donne ainsi une première forme au projet : des guitares énergiques, mais aussi une recherche mélodique déjà affirmée.

 

Le groupe se produit alors dans de petits clubs et sur des campus, notamment dans le Vermont. Ces concerts modestes installent un rythme de travail, sans laisser présager la brusque accélération qui suivra quelques années plus tard.

 

Le livre à quelques centimes devenu « Popular »

 

« Popular » naît d’abord comme une expérimentation domestique. Matthew Caws achète pour quelques centimes, dans une boutique caritative, Penny’s Guide to Teenage Charm and Popularity, un manuel dont les conseils lui paraissent ridicules, drôles et parfois étrangement judicieux. Il commence à en lire des extraits sur une guitare distordue, à l’aide de son quatre-pistes cassette.

 

La chanson, coécrite avec Daniel Lorca, prend la forme d’une tirade parlée entrecoupée de refrains chantés. Les vers reprennent les conseils du guide, tandis que les refrains adoptent le point de vue d’un lycéen fasciné par les codes sociaux, le quarterback et la pom-pom girl érigés en roi et reine de l’établissement. L’ironie du morceau contraste fortement avec son titre.

 

Interrogé sur cette genèse, Caws répondra simplement : « Nous n’y avons pas vraiment réfléchi. » L’essai réalisé sur quatre pistes devient pourtant un succès massif en 1996. Les passages sur MTV et les radios universitaires transforment les tournées de Nada Surf, désormais confronté à un public parfois venu pour cette seule chanson.

 

Après le tube, la reconstruction autour de Let Go

 

Le succès place rapidement Nada Surf en porte-à-faux avec sa maison de disques. La major attend un nouveau titre calibré, tandis que Caws et ses partenaires veulent développer une écriture plus intime. La tension conduit le groupe à sortir du système des majors et à devoir reconstruire son activité en indépendant.

 

Durant cette période, Matthew Caws revient à une routine familière. Il travaille dans un magasin de disques, passe ses soirées dans les salles de concert et réserve le reste de son temps à l’écriture. Cette concentration prépare Let Go, album plus personnel qui ouvre une nouvelle phase pour Nada Surf.

 

Sa méthode reste centrée sur la chanson. Caws écrit à la guitare, travaille longuement les mélodies et les paroles, puis apporte ses compositions au groupe. Il relie également son intérêt pour les arrangements et les contre-mélodies à l’environnement musical de son enfance, partagé entre musique baroque et disques de différents horizons.

 

Matthew Caws, une carrière construite au-delà d’un seul succès

 

Au cours des années 2000 et 2010, Nada Surf enregistre plusieurs albums et maintient une activité régulière sur scène, notamment en Europe. La familiarité de Caws avec la langue française, acquise dès sa scolarité et ses séjours en Provence, accompagne une relation suivie avec le public francophone.

 

Dans ses entretiens récents, le chanteur explique que le groupe a dû cesser de chercher un nouveau « Popular ». En 2024, plusieurs conversations radiophoniques et interviews reviennent encore sur ce choix : privilégier des disques cohérents et une relation durable avec le public plutôt que poursuivre la reproduction d’un succès ancien.

 

À 59 ans, Matthew Caws apparaît ainsi moins comme l’auteur prisonnier d’un tube que comme un musicien revenu, après le tumulte, à son premier terrain d’apprentissage. Des rayonnages de Record Runner à Let Go, son parcours suit une ligne constante : écouter, écrire et laisser les chansons ouvrir la suite. « The Plan », « Telescope » et « Popular » permettent aujourd’hui d’en réentendre les différentes étapes.