Jon Farriss à 65 ans : comment il a transformé la batterie d'INXS


10 août 2026

Né le 10 août 1961 à Perth, Jon Farriss fête ses 65 ans. Membre fondateur et batteur d’INXS, le musicien australien ne s’est jamais limité au rôle d’accompagnateur : de son apprentissage autodidacte aux séquenceurs des années 1980, puis aux réenregistrements d’Original Sin, il a constamment cherché une nouvelle manière d’organiser le rythme.

Bien avant les tournées d’INXS, Jon Farriss a trouvé sa place derrière une batterie au sein du premier groupe formé par son frère Tim et Kirk Pengilly. Il avait environ dix ans. Cette scène fondatrice annonce une constante de son parcours : Farriss ne quittera plus le noyau familial et musical dont émergera INXS à la fin des années 1970.

Son histoire est pourtant moins celle d’un batteur installé à son poste que celle d’un expérimentateur. Batterie acoustique, percussions, boîtes à rythmes, logiciels de séquençage, effets et modules électroniques : au fil des années, il construit un dispositif qui dépasse largement les contours habituels de son instrument.

À dix ans, Jon Farriss devient le batteur de ses frères

Jonathan James Farriss grandit d’abord à Perth, en Australie-Occidentale, dans un foyer où les disques occupent une place centrale. Ses parents écoutent notamment Sergio Mendes et les Beatles. Le musicien résumera plus tard cette atmosphère en quelques mots : « La maison était remplie de musique. »

Il apprend essentiellement la batterie en autodidacte. Lorsque la famille s’installe à Sydney vers 1969-1970, une rencontre commence à dessiner le futur du groupe : Tim Farriss fait la connaissance de Kirk Pengilly, saxophoniste et guitariste. Quand les deux garçons montent une formation, Jon est choisi comme premier batteur.

À la fin des années 1970, INXS prend forme autour de Jon, Tim et Andrew Farriss, Garry Gary Beers, Kirk Pengilly et Michael Hutchence. Le tandem constitué par Jon Farriss et le bassiste Garry Gary Beers devient l’un des moteurs rythmiques du groupe. Cette cohésion ne vient pas d’un apprentissage académique, mais d’années passées à jouer ensemble dans des conditions parfois éprouvantes.

Les pubs australiens comme école du rythme

Les débuts d’INXS se déroulent dans des pubs australiens où le groupe doit gagner l’attention d’un public peu disposé à la patience. Farriss se souvient d’une chaleur telle que la sueur ruisselait du plafond. Si la prestation ne convenait pas, les réactions pouvaient être immédiates et bruyantes.

Cette période oblige les six musiciens à devenir rapidement efficaces sur scène. « Nous avons tout simplement appris à rocker », expliquera le batteur. Pour Jon Farriss, ces concerts constituent aussi un laboratoire : sa fonction consiste à maintenir l’ensemble en mouvement tout en trouvant une expression rythmique adaptée à chaque morceau.

Ses partenaires décriront rétrospectivement son rôle par une comparaison empruntée à Star Trek : Farriss serait le « Scotty » du vaisseau INXS, celui qui veille au fonctionnement de la machine. Le batteur, lui, se considère comme le capitaine de son propre navire à l’intérieur du groupe. Cette autonomie explique en partie la place croissante prise par la technologie dans son travail.

La performance qui convainc Nile Rodgers

Au début des années 1980, la batterie de Jon Farriss attire l’attention de Nile Rodgers. Le producteur expliquera que son envie de travailler avec INXS est née après avoir vu le musicien jouer en concert. Il accepte alors de produire le single « Original Sin ».

L’épisode montre que la section rythmique d’INXS n’est pas seulement un socle placé derrière le chant de Michael Hutchence. Elle peut aussi ouvrir la porte à une collaboration déterminante. Dans le cas de Rodgers, l’entrée dans le projet est directement liée à l’impact de Farriss sur scène.

Cette reconnaissance intervient au moment où le batteur élargit ses outils. Ses références documentées vont des Beatles et des Rolling Stones au funk, à la disco et à l’électronique de Kraftwerk. Plutôt que de choisir entre ces approches, il associe batterie acoustique, percussions et technologies nouvelles.

Des séquenceurs au cœur du dispositif d’INXS

Dans les années 1980, Jon Farriss compte parmi les premiers membres d’INXS à employer des logiciels de séquençage et des boîtes à rythmes, aussi bien en studio que sur scène. L’électronique ne remplace pas son jeu acoustique : elle devient une composante supplémentaire de sa manière de construire les morceaux.

Cette évolution conduit Farriss à se définir comme un « architecte sonore ». Il assemble des racks d’effets et de modules électroniques destinés à étendre la palette du groupe. Son travail ne s’arrête plus à l’interprétation des parties de batterie : il intervient dans l’organisation même du son.

Le musicien compose également à la basse et aux claviers, chante davantage et participe à l’écriture de titres d’INXS, dont « Disappear » et « The Gift ». Ces activités prolongent la même méthode : envisager le rythme comme une architecture, plutôt que comme une simple pulsation ajoutée après l’écriture.

Original Sin, ou l’art de déconstruire son propre catalogue

Après l’arrêt des tournées en 2007, les membres d’INXS recommencent quelques années plus tard à jouer ensemble. Au lieu de reproduire immédiatement leurs anciennes versions, ils se mettent à déconstruire les morceaux et à les expérimenter. Ce travail, mené pendant plus de deux ans, aboutit à l’album Original Sin, enregistré avec plusieurs chanteurs invités.

Pour Farriss, la règle est claire : les nouvelles prises ne doivent pas sonner comme celles d’origine. Il contacte le fabricant Pearl afin de mettre au point un ensemble de batteries sur mesure. Le son recherché doit être plus doux, proche de certains kits anciens, et favoriser un jeu fondé sur la subtilité plutôt que sur la puissance.

Le projet révèle une méthode exigeante. Les chansons restent reconnaissables, mais leur structure rythmique est repensée afin que l’album ne se réduise pas à une reproduction du passé. La décision rejoint les expérimentations menées depuis les années 1980 : modifier les outils pour modifier la manière de jouer.

Une « drum opera » entre plusieurs batteries

Au cours de cette période, Jon Farriss développe également une pièce destinée à la scène, qu’il décrit comme une « drum opera ». À partir de l’idée d’un passage spectaculaire consacré à la batterie, il réserve un studio et bâtit sa structure autour d’un chronomètre.

Plusieurs stations de batterie sont installées dans la pièce. Pendant l’enregistrement, Farriss court de l’une à l’autre pour créer un collage rythmique continu, conçu afin d’être ensuite intégré au concert. La scène résume son rapport à l’instrument : une contrainte technique, plusieurs dispositifs et une construction précise plutôt qu’un solo improvisé sans cadre.

Après Michael Hutchence, continuer sans remplacer

La mort de Michael Hutchence ouvre une période complexe pour INXS. Le groupe travaille avec différents chanteurs, participe notamment à l’émission Rock Star: INXS et poursuit certaines tournées. Jon Farriss maintient cependant que personne ne peut prendre la place du chanteur originel.

Le projet Original Sin apporte une réponse artistique différente à cette difficulté. Les voix invitées ne sont pas employées pour effacer le passé, mais dans le cadre de relectures assumées. En déconstruisant son catalogue, INXS évite alors de présenter les nouvelles versions comme de simples substituts aux enregistrements précédents.

De l’architecture sonore à la régénération d’une ferme

Depuis les années 2010, Jon Farriss partage davantage son temps entre la musique, sa famille et une ferme située près de Byron Bay, en Nouvelle-Galles du Sud. Il s’investit dans la régénération de cette exploitation tout en restant associé aux projets concernant INXS et à la mise en valeur du catalogue du groupe.

Le contraste avec les boîtes à rythmes, les racks électroniques et les tournées mondiales est net, mais Farriss présente ce travail agricole comme une nouvelle phase liée à sa recherche de sens et de créativité. Son parcours demeure ainsi guidé par une même logique de construction : apprendre seul, assembler des éléments différents, puis transformer progressivement un environnement.

À 65 ans, l’itinéraire de Jon Farriss permet surtout de comprendre la place singulière qu’il occupe dans INXS. Derrière la batterie, il a été à la fois le gardien du mouvement collectif et celui qui poussait l’instrument vers les séquenceurs, les effets et de nouvelles méthodes de studio.

Du premier groupe monté avec son frère à dix ans aux relectures d’Original Sin, Farriss n’a cessé de reprendre la même question : comment trouver, pour chaque projet, le rythme et le dispositif qui lui conviennent ? C’est ce fil continu, davantage qu’une simple succession de disques, qui éclaire son parcours.