17 août 2026
Né le 17 août 1955 à Swindon, en Angleterre, Colin Moulding fête aujourd’hui ses 71 ans. Bassiste, chanteur et auteur-compositeur du noyau historique de XTC, il a signé les premiers singles marquants du groupe. De « Life Begins at the Hop » à « Generals and Majors », son écriture trouve son expression la plus révélatrice avec « Making Plans for Nigel », née d’un conflit adolescent sur son propre avenir.
Le titre lui vient avant le reste. En une après-midi, Colin Moulding imagine ensuite Nigel, jeune homme dont les parents ont déjà organisé l’existence. La chanson rejoint bientôt Drums and Wires et devient l’un des morceaux les plus remarqués de XTC. Derrière cette histoire se cache pourtant un épisode bien réel : à 15 ans, son auteur devait lui aussi défendre son désir de jouer dans un groupe face aux projets familiaux.
Colin Moulding, qui fête aujourd’hui ses 71 ans, n’est alors pas seulement le bassiste de XTC. En quelques chansons écrites à la fin des années 1970 et au début de la décennie suivante, il devient l’un des principaux pourvoyeurs de singles du groupe. Son parcours permet de comprendre comment une vocation contrariée, née à Swindon, s’est transformée en une écriture pop attentive aux rapports d’autorité.
À Swindon, la basse devient un projet de vie
Né et élevé à Swindon, Colin Moulding découvre la basse vers l’âge de 14 ans. L’instrument prend rapidement une place centrale : l’adolescent ne l’envisage pas comme une simple occupation, mais comme le point de départ possible d’une activité professionnelle.
Au début des années 1970, il s’associe dans sa ville avec le guitariste et chanteur Andy Partridge, puis avec le batteur Terry Chambers. Le trio constitue le noyau des premières formations qui finiront par adopter le nom de XTC. À 21 ans, Moulding signe son premier contrat discographique et entre dans les rouages d’une industrie musicale qu’il décrira plus tard sans illusion excessive.
Ce passage vers le métier ne règle pas seulement une question professionnelle. Il donne rétrospectivement raison au choix que le jeune bassiste avait dû défendre contre les attentes de son père, favorable à la poursuite d’études longues. Cette confrontation refera surface plusieurs années plus tard, sous les traits d’un personnage nommé Nigel.
« Life Begins at the Hop » ouvre une nouvelle voie à XTC
Avant Nigel, une première composition de Moulding modifie déjà la trajectoire du groupe. Écrite comme une célébration des plaisirs simples des soirées dansantes, « Life Begins at the Hop » paraît en 1979 et devient le premier single de XTC à entrer significativement dans les classements britanniques.
Le morceau arrive alors que le groupe cherche encore son équilibre entre une énergie post-punk abrasive et une écriture plus mélodique. Son accueil confirme que les chansons du bassiste peuvent élargir le public de XTC. Moulding, placé moins souvent au premier plan qu’Andy Partridge, s’impose ainsi comme une deuxième voix créative au moment précis où la formation commence à trouver une audience plus large.
Cette réussite prépare le terrain pour une chanson plus narrative et plus personnelle. Là où « Life Begins at the Hop » s’attache à une scène de vie collective, « Making Plans for Nigel » observe un individu prisonnier des décisions prises à sa place.
Une après-midi pour écrire « Making Plans for Nigel »
Colin Moulding commence par trouver le titre. Il bâtit ensuite la chanson en une après-midi autour d’un jeune homme soumis aux ambitions de ses parents. « “Making Plans for Nigel” était ma tentative de vignette à la Alan Bennett », expliquera-t-il à propos de cette forme brève, construite comme un petit récit social.
La situation renvoie directement à son adolescence. À 15 ans, son père souhaitait qu’il poursuive ses études et renonce à l’idée de rester dans un groupe. Moulding a même raconté que cette opposition avait failli conduire son père à le traîner chez le coiffeur pour lui faire couper les cheveux. L’épisode nourrit le thème central de la chanson : l’autorité familiale exercée au nom d’un avenir supposément raisonnable.
Le personnage de Nigel est destiné par ses parents à travailler pour British Steel. Ce choix inscrit la chanson dans son époque : l’entreprise occupe régulièrement l’actualité en raison des grèves et des conflits sociaux. L’expérience personnelle de Moulding rejoint ainsi un décor britannique immédiatement identifiable, entre pression familiale et avenir industriel planifié.
La première version est enregistrée dans un studio municipal installé dans les sous-sols de Swindon Town Hall. Le lieu ramène la création au point de départ de XTC : Swindon, ses musiciens et ses moyens encore modestes. Convaincu du potentiel du titre, le label fait ensuite intervenir le producteur Steve Lillywhite afin de peaufiner le single destiné à Drums and Wires.
De Nigel aux « Generals and Majors »
En 1980, Colin Moulding poursuit ce travail d’observation avec « Generals and Majors », publié en single et intégré à Black Sea. La chanson vise la distance avec laquelle certains responsables militaires ou politiques peuvent parler de la guerre, presque comme s’il s’agissait d’une comédie.
Le morceau prolonge le fil anti-autoritaire déjà perceptible dans « Making Plans for Nigel ». D’un côté, des parents décident de la vie de leur enfant ; de l’autre, des dirigeants considèrent le conflit depuis une position éloignée de ses conséquences. Dans les deux cas, Moulding fait passer cette critique par un format pop accessible plutôt que par un discours frontal.
Plus tard, « King for a Day » développera encore cette veine, cette fois autour des illusions de pouvoir et de réussite. Ces chansons ne forment pas un programme déclaré, mais elles dessinent une continuité : le bassiste de XTC observe volontiers ceux qui organisent, commandent ou projettent l’existence des autres.
Quand XTC doit tout repenser en studio
Au début des années 1980, l’arrêt brutal des tournées décidé par Andy Partridge, les tensions internes et le départ de Terry Chambers bouleversent le fonctionnement de XTC. Le groupe cesse de se produire sur scène et devient une formation strictement tournée vers le studio.
Selon Moulding, cette transition oblige les musiciens à revoir leurs méthodes. Libérés des contraintes de la reproduction scénique, ils développent des arrangements plus sophistiqués et deviennent, selon son expression, des « studio wizards ». La crise ne met donc pas fin au travail collectif, mais change le lieu et les conditions dans lesquels il s’élabore.
Cette évolution convient à une règle tacite en vigueur au sein de XTC : « En gros, celui qui écrit la chanson a le dernier mot sur les parties. » Chaque auteur devient ainsi le producteur de fait de ses propres compositions. Moulding décrit parallèlement une méthode intuitive, préférant attendre qu’une idée musicale le frappe plutôt que de forcer l’écriture. La naissance rapide de « Making Plans for Nigel » en fournit l’exemple le plus concret.
Les retrouvailles de Colin Moulding et Terry Chambers
Après la mise en sommeil de XTC au milieu des années 2000, Moulding conserve une activité discrète, entre enregistrements et collaborations ponctuelles. En 2017, il retrouve Terry Chambers, le batteur des premières années, pour former le duo TC&I. Les deux musiciens enregistrent le quatre-titres Great Aspirations, puis donnent quelques concerts en 2018.
Moulding présente alors cette formule comme une manière de renouer avec la scène sans réinstaller la mécanique lourde d’un groupe complet. Le projet est depuis terminé et aucune nouvelle tournée n’est confirmée, mais ces retrouvailles referment un arc commencé à Swindon au début des années 1970 : celui de deux musiciens qui avaient participé à la fondation de XTC.
À 71 ans, Colin Moulding poursuit depuis Swindon une activité créative mesurée, notamment à travers des enregistrements réalisés chez lui et des titres isolés. Ses entretiens rétrospectifs éclairent surtout la cohérence de son parcours : une basse choisie à l’adolescence, quelques compositions décisives et une confiance durable dans les idées qui surgissent sans être forcées.
« Making Plans for Nigel » reste le point de rencontre le plus net entre ces différentes lignes. La chanson raconte un avenir imposé, mais elle est écrite par un musicien qui avait précisément refusé celui qu’on préparait pour lui. De ce conflit sont nés un personnage, un single majeur pour XTC et une manière très personnelle de transformer les rapports d’autorité en récits pop.