18 août 2026
Sorti le 18 août 2017, To The Bone, cinquième album solo de Steven Wilson, fête aujourd’hui ses 9 ans. Après plusieurs projets progressifs et narratifs, le musicien décide alors de se tourner vers une pop sophistiquée inspirée des années 1980. Un changement de cadre qui lui permet d’aborder la post-vérité, les croyances absolues et les contradictions de son époque.
Le 18 août 2017, Steven Wilson publie To The Bone et place une idée nouvelle au centre de son travail solo : employer les structures de la pop pour parler du monde contemporain. Neuf ans jour pour jour après sa sortie internationale, l’album raconte encore ce déplacement volontaire d’un musicien associé aux récits progressifs vers des chansons plus directes, sans renoncer à des arrangements élaborés.
Ce cinquième album solo arrive deux ans et demi après le projet conceptuel Hand. Cannot. Erase. et environ un an et demi après le mini-album 4½. Plutôt que de prolonger immédiatement cette veine narrative et mélancolique, Wilson se fixe un autre cadre. « Je voulais faire un disque pop moderne sur le monde dans lequel nous vivons », explique-t-il alors.
L’ambition ne consiste donc pas seulement à raccourcir les formats ou à chercher des refrains plus accessibles. Steven Wilson imagine To The Bone comme une suite de portraits : des individus enfermés dans leurs bulles d’information, attachés à des convictions extrêmes ou confrontés à une réalité saturée de contradictions. La forme pop devient le moyen de faire circuler ces sujets.
Des modèles des années 1980 pour des inquiétudes de 2017
Pour construire le disque, Wilson revendique l’influence d’albums de pop sophistiquée et engagée des années 1980. Il cite Peter Gabriel, Kate Bush, Tears For Fears et Talk Talk, autant de références qui lui offrent un modèle pour rapprocher ambition de production, écriture immédiate et préoccupations politiques ou sociales.
Les thèmes choisis appartiennent pourtant pleinement à l’époque de To The Bone : post-vérité, fanatisme religieux et crise des migrants figurent parmi les sujets évoqués par le musicien. L’album prend ainsi forme autour d’un contraste précis. Les chansons doivent pouvoir être accessibles tout en décrivant des personnages isolés, obsédés ou prisonniers de certitudes.
Cette volonté de changement apparaît également sur la pochette. Après des visuels plus distanciés et liés à des concepts narratifs, Steven Wilson choisit un portrait frontal stylisé, au cadrage serré et au traitement colorimétrique marqué. Inspirée elle aussi par l’esthétique photographique des pochettes des années 1980, l’image place cette fois directement son visage au centre du projet.
Un an et demi de travail entre Londres et Lausanne
La transformation ne s’accomplit pas au cours de quelques séances isolées. Les enregistrements s’étalent sur environ un an et demi, de la fin de 2015 à 2017. Steven Wilson travaille principalement à No Man’s Land et aux studios Strangeways, à Londres, ainsi qu’au Studio du Flon, à Lausanne. Durant cette période, il explore plusieurs directions avant de stabiliser la tonalité pop progressive du disque.
Wilson reste le maître d’œuvre et assure lui-même la production. David Kosten, collaborateur régulier, intervient comme ingénieur du son et mixeur sur certains titres. Le travail porte notamment sur les textures électroniques, les boucles rythmiques et la recherche d’un équilibre entre structures pop et arrangements progressifs.
À ce long chantier s’ajoute un nouvel environnement discographique. Au printemps 2017, Steven Wilson signe avec Caroline International. L’album est officiellement annoncé au début du mois de mai, avec son titre, sa date de sortie et une tournée européenne programmée pour 2018. Le passage vers une pop plus affirmée s’accompagne ainsi d’une préparation coordonnée de la publication et de la scène.
« Pariah », un dialogue confié à Ninet Tayeb
Le premier morceau choisi pour présenter To The Bone est « Pariah », dévoilé au printemps 2017. Steven Wilson le conçoit comme un duo avec la chanteuse israélienne Ninet Tayeb. L’alternance des deux voix traduit un dialogue intérieur autour du sentiment de marginalisation dans un environnement saturé de jugements.
Ce choix de premier single précise d’emblée la direction du projet. Plutôt que de révéler immédiatement son versant le plus ouvertement pop, Wilson met en avant une chanson dont la construction vocale porte directement le sujet. La collaboration avec Ninet Tayeb n’est pas un simple ajout de couleur : elle devient le dispositif narratif du morceau.
Les couches électroniques de « Song of I »
Avec « Song of I », autre extrait publié avant l’album, la méthode change. La chanson repose sur des boucles électroniques et des percussions programmées. Steven Wilson la présente comme le portrait glacial d’une relation obsessionnelle, tandis que des voix additionnelles de Sophie Hunger apparaissent sur certaines versions.
En studio, le climat du morceau est obtenu par superpositions successives de textures. Le procédé vise à installer une sensation de paranoïa, en accord avec le personnage décrit. « Song of I » montre ainsi que l’orientation pop de To The Bone ne correspond pas à une formule sonore unique : elle peut aussi passer par la programmation et l’accumulation de couches électroniques.
« Permanating », la chanson qui divise le public prog
Le déplacement le plus visible arrive avec « Permanating ». Steven Wilson veut composer une chanson ouvertement joyeuse, portée par un piano très rythmé, un tempo rapide et des harmonies vocales proches de la pop classique. Il cherche alors l’optimisme direct de certains succès des années 1970 et 1980, loin des tonalités auxquelles une partie de son public l’associe.
Sa formule promotionnelle ne laisse aucune place à l’ambiguïté : « “Permanating” est joyeuse, sans aucune excuse. » L’enregistrement privilégie la dynamique de groupe et une interprétation vocale lumineuse. Le morceau devient l’expression la plus nette du choix défendu sur l’ensemble de l’album.
Cette franchise suscite des réactions partagées. Une partie du public prog accueille la chanson avec scepticisme et accuse Wilson de chercher un hit facile. D’autres auditeurs et journalistes saluent au contraire sa décision d’introduire une pop joyeuse dans un catalogue principalement associé à des morceaux plus sombres. La controverse révèle surtout combien le changement était perceptible.
Trois singles pour dévoiler les contrastes de To The Bone
Avant la publication du 18 août, « Pariah », « Song of I » et « Permanating » paraissent successivement, chacun accompagné d’un clip. Leur enchaînement dessine progressivement le périmètre du disque : dialogue introspectif, atmosphère électronique tendue, puis pop exubérante. La campagne ne réduit donc pas To The Bone à un seul visage ; elle expose précisément ses écarts.
À sa sortie, l’album reçoit des critiques majoritairement favorables dans la presse spécialisée. Il devient aussi le disque solo de Steven Wilson obtenant ses meilleurs classements jusqu’alors, avec notamment une troisième place au UK Albums Chart et une position élevée dans le classement américain Billboard Independent Albums.
La tournée commencée à la fin de 2017 et poursuivie en 2018 prolonge cette orientation. Une grande partie de l’album rejoint le répertoire, dans une scénographie fondée sur les projections vidéo et un travail développé sur la lumière. Wilson entend y restituer la dimension plus directe et émotionnelle des nouvelles chansons, tout en maintenant des passages progressifs étendus.
Le pari pop de Steven Wilson, neuf ans après
To The Bone apparaît ainsi moins comme une rupture improvisée que comme le résultat d’une décision longuement travaillée. Les dix-huit mois de studio, les références revendiquées aux années 1980, les collaborations vocales et la succession contrastée des premiers singles convergent vers le même objectif : rendre des préoccupations contemporaines audibles dans un cadre pop.
Neuf ans après sa sortie, l’album reste disponible dans son édition originale de 2017, sans réédition anniversaire majeure ni coffret spécifique annoncé. Cet anniversaire ramène donc l’attention vers le projet lui-même : le moment où Steven Wilson a placé côte à côte croyances extrêmes, solitude, boucles électroniques, dialogues vocaux et piano joyeux pour redéfinir le périmètre de ses chansons.