26 août 2026
Martika publiait Martika's Kitchen le 26 août 1991 chez Columbia Records. L’album fête aujourd’hui ses 35 ans, anniversaire d’un projet façonné par une collaboration singulière avec Prince. Des pages d’un journal intime aux maquettes enregistrées à Paisley Park, puis aux sessions menées à Los Angeles et New York, son histoire s’est écrite à distance autour de quatre chansons composées ou coécrites par Prince.
Au commencement de Martika's Kitchen, il y a quelques mots personnels confiés à un autre artiste. Martika traverse une période difficile lorsqu’elle rédige dans son journal un texte à la première personne, conçu comme une prière. Elle le transmet à Prince avec d’autres idées. Cet échange va donner naissance à « Love... Thy Will Be Done », mais aussi installer la méthode de travail particulière qui guidera une partie de son deuxième album.
Après « Toy Soldiers », un deuxième album très attendu
Martika, de son vrai nom Marta Marrero, aborde alors ce nouveau projet avec une notoriété déjà bien établie. Ancienne enfant star de l’émission musicale télévisée Kids Incorporated, elle a publié un premier album éponyme en 1988-1989, porté notamment par « Toy Soldiers ». Martika's Kitchen doit prolonger ce premier parcours discographique tout en ouvrant un autre espace de création.
La présence de Prince devient l’un des éléments structurants du disque. Il écrit ou coécrit quatre morceaux : « Love... Thy Will Be Done », « Martika's Kitchen », « Spirit » et « Don’t Say U Love Me ». Son intervention ne transforme pourtant pas l’ensemble en album intégralement réalisé à Paisley Park. Le projet prévu au départ va changer de forme en cours de route.
Une prière confiée à Prince
« Love... Thy Will Be Done » offre la scène fondatrice de cette collaboration. « Elle était basée sur une prière que j’avais écrite dans mon journal », expliquera Martika. Prince reprend le texte, le réorganise, ajoute des paroles et compose la musique. Il ne se contente pas d’envoyer une ébauche : à Paisley Park, il enregistre une démo complète avec sa propre voix, avant de la transmettre à la chanteuse.
Cette maquette devient la base de la version publiée en 1991. Pour ce morceau précis, Prince assure l’ossature instrumentale et la production à Paisley Park. Des compléments sont ensuite enregistrés à Los Angeles, dont les parties vocales supplémentaires de Martika et des claviers. La chanson porte ainsi, dans sa fabrication même, la distance géographique qui caractérise le projet : une prière écrite par Martika, mise en forme à Minneapolis, puis achevée avec des apports réalisés en Californie.
Le document de travail restera longtemps dans les archives. La démo chantée par Prince ne sera publiée officiellement qu’en 2019, sur la compilation posthume Originals, consacrée à ses versions d’origine de chansons destinées à d’autres interprètes. Sa parution permettra d’entendre rétrospectivement l’étape intermédiaire entre les pages du journal et l’enregistrement de Martika.
Le rendez-vous manqué avec Paisley Park
À l’origine, la collaboration devait être plus directement concentrée dans les studios de Prince. Un séjour prolongé à Paisley Park était envisagé afin d’y enregistrer Martika's Kitchen. Ce plan ne se concrétise pas. Martika poursuit donc les sessions avec des musiciens qu’elle connaît déjà, dans des studios de Los Angeles et de New York.
« Au final, nous avons fait les sessions avec d’autres musiciens avec qui j’avais travaillé à Los Angeles et New York », résumera-t-elle. Prince reste néanmoins impliqué par l’intermédiaire de conversations téléphoniques et d’échanges de maquettes. L’album se construit donc moins dans un studio unique qu’au fil d’un va-et-vient entre son travail, le réseau de Martika et plusieurs villes.
Cette organisation explique la place particulière occupée par Prince : décisif sur plusieurs titres, il n’est pas pour autant présenté comme le maître d’œuvre de toutes les sessions. Les informations techniques les plus précises concernent « Love... Thy Will Be Done » ; elles ne peuvent être étendues automatiquement au reste du disque.
Quatre chansons, plusieurs visages de la collaboration
Les morceaux cosignés par Prince ne reproduisent pas tous le même registre. Après la dimension spirituelle de « Love... Thy Will Be Done », « Spirit » prolonge les thèmes introspectifs de Martika dans une veine plus rythmée. La chanson-titre, « Martika's Kitchen », représente pour sa part le versant plus ludique et sensuel de leur travail commun, avec un positionnement pop-dance.
« Don’t Say U Love Me » complète cet ensemble de quatre compositions écrites ou coécrites par Prince. Leur présence donne une continuité à l’album sans effacer les choix de Martika ni les séances conduites avec ses collaborateurs habituels. Le disque apparaît ainsi comme le produit d’une rencontre à distance : des textes et des idées circulent, reviennent sous forme de chansons, puis sont intégrés à un projet enregistré entre plusieurs équipes.
« Love... Thy Will Be Done » ouvre la campagne
À l’été 1991, « Love... Thy Will Be Done » est choisi comme premier single. La chanson précède ou accompagne la sortie de Martika's Kitchen, publié le 26 août par Columbia Records. Son clip en noir et blanc, réalisé par Michael Haussman, met en avant une Martika plus mature et introspective que dans les vidéos colorées associées à la fin des années 1980.
Le titre obtient ensuite des résultats importants dans plusieurs territoires. Il entre dans le top 10 du Billboard Hot 100 aux États-Unis et dans celui du Royaume-Uni. En Australie, il atteint la première place de l’ARIA Singles Chart en octobre 1991. Une chanson issue d’un écrit intime devient ainsi la principale porte d’entrée internationale vers l’album.
D’autres singles suivent, parmi lesquels « Martika's Kitchen » et « Coloured Kisses ». L’album n’égale cependant pas les ventes du premier disque de la chanteuse. Il obtient néanmoins des certifications or en Australie et au Royaume-Uni, illustration du contraste entre l’écho rencontré sur certains marchés et un résultat global inférieur au précédent album.
Un deuxième album devenu le dernier
Martika's Kitchen ne sera pas le point de départ d’une longue nouvelle phase discographique. Martika ne publiera plus d’autre album studio après celui-ci. La pression liée au succès et les comparaisons avec de grandes figures de la pop sont évoquées parmi les facteurs de son retrait progressif de l’industrie musicale au début des années 1990.
Trente-cinq ans après sa sortie, le parcours du disque se lit donc à travers ce double mouvement : une artiste cherchant à prolonger un premier succès, et une collaboration avec Prince qui se réorganise lorsque l’enregistrement prévu à Paisley Park n’a pas lieu. Les distances entre Minneapolis, Los Angeles et New York ne mettent pas fin au projet ; elles en déterminent la méthode.
Au centre demeure « Love... Thy Will Be Done », passée d’une page privée à une démo chantée par Prince, puis à un single classé dans plusieurs pays. L’histoire de Martika's Kitchen tient largement dans cette circulation des mots et des bandes : un album né de rencontres qui, même sans sessions communes permanentes, ont laissé quatre chansons au cœur du dernier disque studio de Martika.