Queens Of The Stone Age, 24 ans après Songs for the Deaf : la route, la radio et Dave Grohl


27 août 2026

Queens Of The Stone Age publiait Songs for the Deaf le 27 août 2002 sur Interscope Records. L’album fête aujourd’hui ses 24 ans. Conçu pendant une période de transition, ce troisième disque prend la forme d’un faux trajet nocturne entre Los Angeles et Joshua Tree, jalonné de stations de radio fictives, tandis que l’arrivée rapide de Dave Grohl à la batterie transforme les dernières sessions.

 

Avant que Songs for the Deaf ne devienne ce voyage radiophonique, Queens Of The Stone Age prépare méticuleusement son entrée en studio. Après avoir longuement tourné pour défendre Rated R, le groupe s’appuie sur un noyau déjà éprouvé : Josh Homme, Nick Oliveri et Mark Lanegan, chanteur invité régulier. Plusieurs thèmes et riffs, dont ceux de « No One Knows », remontent d’ailleurs à cette période.

Des morceaux préparés avant l’entrée en studio

Queens Of The Stone Age veut éviter de chercher ses idées une fois les séances commencées. Les chansons sont travaillées en amont afin de pouvoir enregistrer rapidement, malgré la complexité envisagée pour le disque et les changements qui vont toucher le poste de batteur. Cette préparation devient l’une des clés de la fabrication de l’album.

Les sessions se répartissent entre plusieurs lieux californiens, notamment Los Angeles, Palm Desert et la région de Joshua Tree. Le groupe travaille alors dans des studios plus importants que pour ses précédents albums, sans rompre avec la géographie désertique associée au parcours de Josh Homme. Ce déplacement entre la ville et le désert finira par fournir au disque son cadre narratif.

La production ouvre cependant une première zone de tension. Interscope impose Eric Valentine au début des séances. Officiellement crédité comme producteur, celui-ci aurait surtout assuré la captation initiale, selon Josh Homme : « Il est crédité comme producteur mais il n’était là que pour le début. » Une fois les obligations contractuelles remplies, le groupe revendique la production effective du projet.

Un appel, quelques heures et Dave Grohl derrière la batterie

Un autre changement intervient en pleine réalisation : un batteur quitte les sessions. Josh Homme se tourne alors vers Dave Grohl, occupé avec Foo Fighters près de Malibu. L’échange tient en une question, racontée plus tard par Homme : « J’ai appelé Dave et je lui ai dit : tu veux finir ce disque ? »

Grohl se trouve déjà à proximité du studio et accepte immédiatement. Il annonce son arrivée pour la soirée ; quelques heures plus tard, plusieurs chansons sont enregistrées avec lui. Sa participation s’étendra finalement à la quasi-totalité de Songs for the Deaf, même s’il conserve officiellement le statut de musicien invité.

Son intervention ne se limite pas à exécuter des parties déjà arrêtées. Sur « First It Giveth », il retravaille le refrain afin de le rendre plus exigeant rythmiquement, tout en conservant l’idée initiale du groupe. Cette contribution montre comment son arrivée s’insère dans un matériau préparé à l’avance tout en modifiant la structure de certains morceaux.

« No One Knows », du riff ancien au premier single

« No One Knows » offre l’exemple le plus visible de cette rencontre. Coécrite par Josh Homme et Mark Lanegan, la chanson repose sur un riff répétitif que Homme travaille depuis la période de Rated R. En studio, le jeu très accentué de Dave Grohl et ses breaks donnent au morceau une dynamique plus percutante que sa version initiale.

Le label en fait le premier single de Songs for the Deaf, publié avant l’album. Son clip prolonge curieusement l’imagerie routière du projet : les membres du groupe y percutent un cerf en voiture. La chanson devient ainsi la principale porte d’entrée du disque pour le grand public, tout en restant capable de fonctionner hors du dispositif radiophonique imaginé pour l’album.

Cette autonomie se vérifiera également sur scène. « No One Knows » s’installe rapidement dans les concerts de Queens Of The Stone Age, souvent en fin de set ou en rappel, et demeure au programme du groupe de nombreuses années après 2002.

De Los Angeles à Joshua Tree, une radio qui n’existe pas

C’est en cours de réalisation que Josh Homme donne à l’ensemble sa forme définitive. Songs for the Deaf devient un faux trajet nocturne en voiture entre Los Angeles et Joshua Tree. Les chansons semblent captées au fil du parcours sur différentes fréquences, comme si le conducteur tournait sans cesse le bouton de son autoradio.

Jingles, parasites, publicités et animateurs bavards sont montés entre les morceaux. Josh Homme et Nick Oliveri font même intervenir de faux DJ qui se moquent de ce qu’ils diffusent. Le procédé tourne en dérision la manière dont les radios grand public entourent la musique de commentaires jugés vides, mais il permet surtout de relier des titres enregistrés dans plusieurs lieux et au cours de sessions mouvementées.

La plage titulaire, « Song for the Deaf », pousse ce principe particulièrement loin. Un long passage de radio brouillée précède l’entrée du morceau, chanté par Mark Lanegan. La chanson met en scène la frustration d’un auditeur confronté à une programmation saturée et prévisible. Le concept n’est donc pas un simple habillage placé autour des titres : il intervient directement dans leur construction et leur enchaînement.

Un album continu capable de produire un single

Le paradoxe de Songs for the Deaf tient précisément dans cette coexistence. Le disque mime le zapping, raille les animateurs et enferme ses chansons dans un trajet continu, tandis que « No One Knows » est conçu pour circuler seul. Queens Of The Stone Age construit ainsi un album articulé autour de la radio au moment même où le groupe accède à une visibilité radiophonique beaucoup plus large.

Initialement évoquée pour le 13 août 2002, la sortie est repoussée de deux semaines afin d’achever la post-production et de coordonner la promotion internationale. Songs for the Deaf paraît finalement le 27 août sur Interscope Records. La présence de Dave Grohl devient l’un des principaux arguments mis en avant par la presse et la maison de disques.

L’accueil critique est très favorable et les classements donnent une mesure concrète de cette nouvelle exposition. L’album entre directement à la quatrième place des charts britanniques et atteint la 17e position du Billboard 200 aux États-Unis. Ces résultats prolongent l’élargissement du public amorcé avec Rated R.

Vingt-quatre ans après, un disque façonné par le mouvement

La fabrication de Songs for the Deaf apparaît ainsi traversée par plusieurs déplacements : entre Los Angeles et le désert, entre un producteur imposé et une production reprise en main, entre le départ d’un batteur et l’arrivée presque immédiate de Dave Grohl. Même les chansons circulent entre deux états, à l’image de « No One Knows », née d’idées plus anciennes avant de devenir le premier single.

À 24 ans, l’album conserve surtout le récit très concret de sa conception. Queens Of The Stone Age a transformé des sessions réparties dans plusieurs studios, un changement de musicien et une relation ambivalente avec les radios rock en un trajet continu. Le 27 août 2002, ce voyage fictif quittait le studio ; aujourd’hui, son anniversaire permet d’en retracer les véritables étapes.