The Rolling Stones : Steel Wheels et les tensions entre Mick Jagger et Keith Richards


29 août 2026

Le 29 août 1989, The Rolling Stones publiaient Steel Wheels. Trente-sept ans plus tard, l’album fête aujourd’hui son anniversaire. Né après de profondes tensions entre Mick Jagger et Keith Richards, il replace leur duo d’écriture au centre du groupe, entre sessions intensives à Montserrat, retour de Chris Kimsey et préparation d’une tournée mondiale attendue depuis plus de huit ans.

 

Lorsque Mick Jagger et Keith Richards se remettent au travail sur Steel Wheels, l’enjeu dépasse la simple préparation d’un nouvel album des Rolling Stones. Au milieu des années 1980, leurs carrières solo concurrentes ont prolongé une période de profondes divergences internes. Le groupe doit désormais retrouver un projet commun, mais aussi une méthode capable de replacer son partenariat créatif au premier plan.

Jagger et Richards arrêtent la confrontation

Après Dirty Work, Mick Jagger a notamment publié Primitive Cool, tandis que Keith Richards a défendu Talk Is Cheap. À la fin de 1988 et au début de 1989, les deux musiciens décident de cesser cette confrontation entre projets personnels pour se consacrer à un nouvel album des Rolling Stones. Steel Wheels prend alors la forme d’un projet de réunification construit autour du retour du tandem Jagger/Richards à l’écriture.

Le disque doit être solide, moderne et susceptible de soutenir une grande tournée. Cette perspective scénique n’est donc pas une conséquence ajoutée après l’enregistrement : elle fait partie des ambitions formulées au moment où le projet se dessine. Après plusieurs années marquées par les tensions et les trajectoires individuelles, les Rolling Stones recommencent à penser simultanément en groupe de studio et en formation destinée aux grandes scènes.

La production reflète ce recentrage. Jagger et Richards reprennent leur rôle de Glimmer Twins, avec Chris Kimsey comme coproducteur et ingénieur du son. Son retour auprès du groupe accompagne la recherche d’un son contemporain et puissant, sans retirer aux deux auteurs la conduite du projet.

Montserrat, loin des tensions médiatiques

La partie principale de Steel Wheels est enregistrée aux Air Studios de Montserrat. Les séances se déroulent en deux périodes particulièrement resserrées, du 29 mars au 5 mai puis du 15 mai au 29 juin 1989. Dans cet environnement insulaire isolé, Mick Jagger, Keith Richards, Charlie Watts, Ronnie Wood et Bill Wyman peuvent travailler intensivement, à distance de l’agitation médiatique qui a accompagné les désaccords des années précédentes.

Le choix de Montserrat donne au disque un décor bien précis : celui d’un groupe venu reconstruire son fonctionnement dans un lieu séparé de son quotidien. Les séances réunissent encore la formation avec Bill Wyman à la basse. Steel Wheels sera l’un des derniers albums des Rolling Stones auxquels il participe avant son départ officiel au début des années 1990, donnant rétrospectivement à ces enregistrements une dimension de fin de cycle.

Le studio lui-même connaîtra ensuite un destin mouvementé. Quelques années après le passage des Stones, les Air Studios seront gravement endommagés par un ouragan, puis par l’éruption du volcan de l’île. Les sessions de 1989 appartiennent ainsi aux dernières années d’activité de ce lieu alors très recherché par les grands groupes.

Une fois le travail insulaire achevé, des overdubs et des opérations supplémentaires sont réalisés à Londres durant l’été. Cette seconde phase permet à Jagger, Richards et Kimsey de compléter la production et d’en affiner les détails avant la publication.

« Sad Sad Sad » ouvre directement le nouveau chapitre

Le premier morceau de l’album résume la position choisie. « Sad Sad Sad » est construit autour d’un riff de guitare serré signé Jagger/Richards et enregistré à Montserrat avec la section rythmique du groupe. Rapide, énergique et porté par des guitares agressives, il est placé en ouverture afin d’affirmer immédiatement un retour à un rock direct, à rebours de l’image d’une formation paralysée par ses conflits.

Ronnie Wood résumera plus tard cette orientation en quelques mots : « C’était un retour à ce que les Stones savent faire le mieux : ils jouaient du rock. » La formule éclaire surtout la manière dont le groupe voulait se présenter à nouveau : réuni autour de ses musiciens, de ses guitares et de chansons conçues pour retrouver la scène.

Le motif mécanique de la pochette prolonge cette idée de remise en mouvement. Des roues stylisées en relief se répètent sur un fond industriel, dans une direction graphique pensée pour suggérer à la fois le mouvement et la modernité. Le titre Steel Wheels trouve ainsi une traduction visuelle immédiate, celle d’une machine que l’on remet en marche.

« Mixed Emotions », une réconciliation exposée au public

La réunification de Jagger et Richards ne reste pas seulement perceptible dans les conditions de fabrication du disque. Elle affleure aussi dans « Mixed Emotions », chanson composée par les deux partenaires et adressant implicitement leurs relations conflictuelles passées. Son refrain accrocheur et ses arrangements de guitares multiples en font le titre choisi par le label pour lancer l’album.

Publié peu avant Steel Wheels, le single doit présenter publiquement une image de réconciliation et d’énergie retrouvée. Il atteint le top 10 aux États-Unis et devient le plus important succès radio du groupe depuis plusieurs années. Son titre lui-même donne une tonalité particulière à cette campagne : les émotions sont mêlées, mais Jagger et Richards apparaissent de nouveau ensemble sous le nom des Rolling Stones.

« Rock and a Hard Place » participe également à cette projection vers les grandes scènes. Enregistré avec une section de cuivres et un groove marqué rappelant certains morceaux funk-rock plus anciens du groupe, le titre est mis en avant sur les radios rock. Il trouve ensuite sa place dans la Steel Wheels Tour, confirmant que l’écriture de l’album et la préparation du retour scénique avancent dans une même direction.

De l’album retrouvé à la tournée mondiale

Steel Wheels paraît le 29 août 1989 sur Rolling Stones Records, avec une distribution assurée par CBS/Columbia. Cette date américaine et internationale sert aujourd’hui de référence à son 37e anniversaire. Au Royaume-Uni, l’album arrive quelques semaines plus tard, le 11 septembre.

Les résultats commerciaux donnent une traduction concrète à ce regroupement. Le disque se classe dans le top 3 américain et le top 2 britannique, avant d’obtenir des certifications multi-platine en Amérique du Nord. À l’époque, la presse le présente parfois comme une réponse aux doutes entourant la capacité du groupe à poursuivre son activité après les divergences entre ses deux principaux auteurs.

La Steel Wheels Tour apporte l’autre partie de cette réponse. Première grande tournée mondiale des Rolling Stones depuis plus de huit ans, elle se déroule en 1989 et 1990. Elle inaugure aussi un modèle de tournées de stade spectaculaires que le groupe continuera de développer au début des années 1990.

Trente-sept ans après sa sortie, Steel Wheels raconte donc moins une réconciliation abstraite qu’une reconstruction menée par étapes : Jagger et Richards reprennent l’écriture commune, le groupe s’isole à Montserrat, Chris Kimsey accompagne la production, puis les chansons sont pensées jusque dans leur capacité à porter une tournée mondiale.

De « Sad Sad Sad » à « Mixed Emotions », les morceaux rendent cette remise en marche audible et publique. L’album paraît après une période de tensions, mais débouche sur des résultats précis : un single dans le top 10 américain, des classements élevés des deux côtés de l’Atlantique et le retour des Rolling Stones sur les grandes scènes. L’image des roues d’acier prenait alors un sens très concret : celui d’un groupe qui avait recommencé à avancer.