30 août 2026
Le 30 août 2019, Sheryl Crow publiait Threads, son onzième album studio. Sept ans plus tard, le disque fête aujourd’hui son anniversaire avec une histoire singulière : présenté par la chanteuse comme son dernier album au format traditionnel, il fut conçu non comme un projet solitaire, mais comme un réseau de collaborations réunissant amis, influences et artistes de plusieurs générations.
Au moment d’imaginer Threads, Sheryl Crow ne cherche pas simplement à ajouter un nouveau chapitre à sa discographie. Après plusieurs décennies de carrière, neuf Grammy Awards et plus de 50 millions d’albums vendus, elle envisage ce projet comme un point final possible au format qui a accompagné tout son parcours. Sa formule, prononcée à l’approche de la sortie, ne laisse alors guère de place au doute sur son intention : « Threads est mon dernier album. »
Un point final qui refuse de se refermer
Cette déclaration donne au disque une dimension rétrospective, mais sa fabrication repose sur une idée d’ouverture. Dès l’origine, Sheryl Crow veut réunir les artistes qui l’ont influencée ainsi que des amis avec lesquels elle souhaite travailler, ou retravailler. Le projet prend ainsi la forme d’une succession de rencontres plutôt que celle d’un bilan mené seule.
Don Henley, Joe Walsh, Sting, Stevie Nicks, Willie Nelson et Keith Richards figurent parmi les invités. Ces participations issues du rock, de la pop et de la country ne constituent pas seulement une longue liste de noms : elles fournissent l’architecture même de l’album. Chaque morceau devient l’occasion d’établir un dialogue particulier et de revisiter différentes facettes de la musique américaine à travers les artistes conviés.
Le titre Threads, qui renvoie à l’idée de fils et de liens, résume cette méthode. Alors que Sheryl Crow présente le disque comme son ultime album classique, elle choisit de ne pas se replier sur son seul répertoire ou sur un regard isolé. Ce possible adieu discographique se construit au contraire dans l’échange, avec ceux qui ont compté dans sa vie musicale et ceux qu’elle désirait encore rencontrer en studio.
Un label choisi pour rendre les collaborations possibles
La conception de Threads entraîne également une décision professionnelle précise. Sheryl Crow signe avec Big Machine Label Group, une structure de Nashville, spécifiquement pour ce projet. La possibilité d’y réaliser un album largement collaboratif participe directement à ce choix, tout comme son souhait d’en faire ce qu’elle présente alors comme son dernier projet au format album.
Cette association entre une décision de carrière et une méthode de travail distingue Threads dès sa naissance. Il ne s’agit pas de réunir quelques invités une fois les chansons terminées, mais de placer les collaborations au cœur du projet. Le casting devient une composante de l’écriture et de la production, tandis que la chanteuse conserve le rôle de fil conducteur entre des personnalités musicales très différentes.
Austin comme point d’ancrage de Threads
Une partie significative de l’enregistrement se déroule à Arlyn Studios, à Austin, au Texas. Associé à des sessions rock et roots, le lieu inscrit le projet dans un environnement lié à la tradition musicale américaine. Le dossier ne permet pas de reconstituer un calendrier détaillé des séances, mais ce point d’ancrage texan donne un cadre concret à une entreprise qui, par le nombre de ses participants, aurait pu sembler dispersée.
Le choix de studios marqués par cette histoire accompagne la logique générale de l’album. Sheryl Crow ne rassemble pas uniquement plusieurs générations d’interprètes : elle installe aussi une partie des séances dans des lieux rattachés à une continuité rock américaine déjà présente dans son propre parcours. Entre Nashville pour l’accord avec le label et Austin pour une part importante du travail en studio, Threads prend forme autour de territoires directement liés à son projet collaboratif.
St. Vincent ouvre le dialogue avec une autre génération
« Wouldn’t Wanna Be Like You », publié pendant la préparation de l’album, montre que Sheryl Crow ne réserve pas le projet aux figures installées qui l’ont influencée. En invitant St. Vincent, elle étend le principe de Threads à une artiste d’une génération plus récente. Cette collaboration donne au réseau imaginé pour le disque une dimension supplémentaire : le regard vers le passé s’accompagne d’une rencontre avec le présent.
Cette ouverture permet de mieux comprendre la diversité des invités. Don Henley, Stevie Nicks, Willie Nelson ou Keith Richards incarnent des liens avec des figures majeures du rock et de la country, tandis que St. Vincent représente une autre temporalité. L’album ne suit donc pas une seule relation de transmission ; il juxtapose plusieurs dialogues, chacun conçu comme une rencontre spécifique.
Chris Stapleton reste en retrait pour mieux installer le dialogue
« Tell Me When It’s Over » offre l’un des exemples les plus précis de cette méthode. Coécrite par Sheryl Crow et Chris Stapleton, la chanson décrit un amour qui touche à sa fin. Son ton mêle une approche groovy à une mélancolie liée au sujet de la rupture, mais la particularité de la collaboration tient surtout à la place accordée à Stapleton.
Plutôt que de transformer le morceau en duo partagé à parts égales, celui-ci intervient principalement dans les harmonies et en réponse à Sheryl Crow autour du refrain. Cette structure de call-and-response maintient le point de vue de la chanteuse au premier plan tout en donnant à la chanson la forme d’un échange. La participation de Stapleton illustre ainsi la logique de Threads : un invité peut être déterminant sans occuper tout l’espace.
Dix-sept titres pour matérialiser le projet
Le 30 août 2019, Threads paraît simultanément sur les plateformes numériques, en CD et en vinyle. Ses 17 titres, répartis sur environ une heure et quatorze minutes, donnent une ampleur matérielle à cette succession de collaborations. L’album entre ensuite dans plusieurs classements internationaux, tandis que des ventes sont documentées aux États-Unis.
À sa sortie, plusieurs médias insistent sur son caractère récapitulatif et sur la diversité de ses invités. Les rétrospectives publiées par la suite continuent également de revenir sur la place particulière du disque dans le catalogue de Sheryl Crow et sur sa déclaration concernant l’abandon du format album. Cette intention doit toutefois rester attribuée à la chanteuse, sans en faire une décision irrévocable.
Sept ans après sa publication, Threads raconte donc moins un retrait qu’une manière particulière d’organiser un possible dernier tour de table. Sheryl Crow y rassemble des influences, des amis et de nouveaux interlocuteurs, tout en adaptant chaque chanson à la rencontre qu’elle accueille.
Le fil conducteur du disque se trouve précisément dans ce contraste : annoncer un point final, puis le fabriquer à plusieurs voix. De St. Vincent à Chris Stapleton, de Willie Nelson à Stevie Nicks ou Keith Richards, Threads transforme la perspective d’un dernier album traditionnel en une mosaïque de liens. C’est cette construction collective qui donne aujourd’hui tout son sens à son septième anniversaire.