One Hot Minute à 31 ans : Dave Navarro plongeait les Red Hot Chili Peppers dans l’ombre


12 septembre 2026

Publié le 12 septembre 1995, One Hot Minute célèbre aujourd’hui ses 31 ans. Avec Dave Navarro à la guitare et Rick Rubin à la production, les Red Hot Chili Peppers donnent alors une suite plus sombre et plus lourde à l’immense succès de Blood Sugar Sex Magik, avant de trouver avec My Friends un puissant relais radiophonique.

Le contraste tient en une phrase de Dave Navarro : « Le funk, par nature, est un son plus joyeux, et aucun de nous ne ressentait vraiment cela. » Cette déclaration résume le déplacement opéré sur One Hot Minute. Les Red Hot Chili Peppers n’abandonnent pas entièrement les fondations de leur musique, mais leur sixième album studio les entraîne vers un territoire plus sombre, étrange et lourd. Trente et un ans après sa sortie, ce disque reste indissociable du bref passage de Navarro dans le groupe.

Le guitariste, venu de Jane’s Addiction, remplace John Frusciante après une période de turbulences et de changements de formation. La tâche est considérable : le nouvel album doit succéder à Blood Sugar Sex Magik, paru en 1991 et devenu un succès majeur. Plutôt que de reproduire cette formule, l’arrivée de Navarro modifie fortement la couleur et la structure des morceaux. One Hot Minute devient ainsi moins une simple continuation qu’un changement de perspective au sein d’un groupe déjà installé au premier plan.

Le même producteur, mais un autre équilibre

Un lien essentiel demeure pourtant avec le disque précédent : Rick Rubin retrouve les Red Hot Chili Peppers à la production. Cette continuité ne gomme pas la rupture provoquée par le nouveau guitariste. Navarro imprime ses textures à l’ensemble, tandis que Rubin accompagne une formation dont l’état d’esprit ne se prête plus au funk le plus lumineux. Le résultat sera régulièrement décrit comme l’album le plus sombre et le plus expérimental du groupe.

La fabrication s’étend sur 1994 et 1995 et conduit les musiciens dans plusieurs studios de la côte Ouest. Les séances passent notamment par Sound City à Van Nuys, Ocean Way Studios, The Sound Factory et Grandmaster Recorders à Los Angeles, ainsi que par The Site à Nicasio. Ce parcours entre différents lieux s’appuie sur une équipe technique fournie : Dave Sardy participe au mixage et à l’enregistrement, Dave Schiffman figure également parmi les ingénieurs, tandis que Don C. Tyler assure le montage numérique.

Cette organisation traduit l’ampleur d’un projet qui comptera finalement treize morceaux dans son édition standard, pour un peu plus d’une heure de musique. Parmi les titres travaillés durant ces séances figurent Deep Kick et My Friends. Deux morceaux capables d’illustrer les écarts internes du disque : l’un s’inscrit dans sa dimension la plus dense, l’autre offre une respiration mélodique et introspective.

My Friends, la ballade qui ouvre les portes des radios

Placée en quatrième position sur l’album, My Friends devient le deuxième single extrait de One Hot Minute. La chanson se distingue par son caractère plus accessible. Ballade mélodique au milieu d’un disque souvent abrasif, elle accompagne la sortie de l’album avant de bénéficier de sa propre campagne quelques semaines plus tard : les diffusions radiophoniques américaines commencent à la fin de septembre 1995, puis les formats physiques arrivent au début d’octobre au Royaume-Uni et en Australie.

Cette progression porte ses fruits. My Friends devient le troisième single des Red Hot Chili Peppers à atteindre la première place du classement Billboard Hot Modern Rock Tracks. Il y reste quatre semaines consécutives. Surtout, le morceau est le premier du groupe à occuper simultanément la tête des classements Modern Rock et Album Rock. À l’international, il entre également dans le top 20 australien et dans le top 15 de certains classements canadiens.

La stratégie de Warner Bros. Records souligne la capacité du groupe à présenter plusieurs visages. Au Japon, My Friends est notamment associé à Warped sur un single partagé. Le rapprochement met en regard deux pôles de l’album : l’approche abrasive de Warped et la veine plus mélodique de My Friends. L’une affirme la transformation sonore liée à Navarro, l’autre fournit à cette période son titre radiophonique le plus marquant.

Un intermède unique, mais solidement installé

Publié par Warner Bros. Records, One Hot Minute rencontre une réussite commerciale internationale malgré une réception moins fédératrice que celle de Blood Sugar Sex Magik. L’album obtient notamment une double certification platine aux États-Unis, plusieurs certifications multi-platine en Australie, ainsi que des disques d’or et de platine dans différents pays européens et en Nouvelle-Zélande. Sa réputation de disque à part ne doit donc pas masquer son poids dans la trajectoire commerciale du groupe pendant les années 1990.

Cette singularité est renforcée par la suite de l’histoire : les Red Hot Chili Peppers n’enregistreront pas de second album studio avec Dave Navarro. One Hot Minute demeure ainsi le seul témoignage complet de cette formation en studio, un épisode circonscrit plutôt qu’une nouvelle formule durable. Ce caractère isolé explique aussi pourquoi le disque continue d’être régulièrement revisité dans les rétrospectives consacrées au groupe.

L’album reste par ailleurs présent au catalogue de Warner Records. À côté de l’édition standard de treize titres existe une version dite « deluxe » comprenant seize pistes et environ une heure et dix-huit minutes de musique. Il ne s’agit pas d’une nouvelle réédition anniversaire, mais d’une déclinaison étendue qui maintient accessible cette parenthèse particulière. Trente et un ans après le 12 septembre 1995, la trace la plus nette de cette période reste peut-être ce contraste : la guitare lourde de l’intermède Navarro et les quatre semaines de My Friends au sommet des radios rock américaines.