15 septembre 2026
Publié le 15 septembre 1986 aux États-Unis, True Colors célèbre aujourd’hui ses 40 ans. Pour son deuxième album studio, Cyndi Lauper répond aux attentes laissées par She’s So Unusual en devenant coproductrice et en donnant davantage de place aux ballades, à l’introspection et aux textures organiques.
Au moment d’aborder True Colors, Cyndi Lauper n’a plus à convaincre le public de son originalité. Trois ans auparavant, She’s So Unusual l’a imposée comme une figure majeure de la pop des années 1980, portée notamment par « Girls Just Want to Have Fun » et « Time After Time ». Le disque lui a également valu le Grammy de la meilleure nouvelle artiste. Son successeur arrive donc avec une difficulté précise : prolonger un succès massif sans se contenter de reproduire l’excentricité colorée qui a façonné son image.
La réponse ne passe pas par une rupture complète. True Colors demeure inscrit dans la synth-pop, la new wave et la dance-pop. Mais le disque accorde davantage d’espace aux ballades et à des textures plus organiques. Ce déplacement accompagne une évolution de ton : l’interprète très médiatisée de She’s So Unusual laisse apparaître une expression plus intérieure, sans abandonner les couleurs de la pop qui ont fait sa renommée.
De vedette pop à coproductrice
Cette transition se joue aussi derrière la console. Enregistré entre la fin de 1985 et le printemps 1986, True Colors est produit par Cyndi Lauper et Lennie Petze, avec David Wolff comme producteur exécutif. Le crédit de coproductrice signale la place prise par la chanteuse dans la fabrication de ce deuxième album, alors que les attentes autour d’elle sont devenues considérables.
Le travail se répartit entre le Power Station et The Hit Factory, à New York, pour les séances d’enregistrement et de mixage. L’équipe technique comprend l’ingénieur et mixeur Brian McGee, assisté notamment de Jon Goldberger, Tim Kramer et Dave O’Donnell. Jason Corsaro intervient pour du mixage additionnel. Derrière l’image immédiatement reconnaissable de Lauper, le disque repose ainsi sur un dispositif de studio particulièrement structuré.
Son implication ne s’arrête pas au son. Cyndi Lauper participe également à la direction artistique avec Holland Macdonald, prenant part au traitement visuel et à la pochette. True Colors apparaît ainsi comme un projet où la chanteuse intervient à plusieurs niveaux : interprétation, production, arrangements et image. Cette présence donne une cohérence concrète au mouvement observé entre les deux premiers albums, de la révélation spectaculaire à une maîtrise plus étendue de sa présentation artistique.
Quelques collaborateurs relient par ailleurs l’album au vaste réseau de la pop et du rock des années 1980. Nile Rodgers joue notamment sur « Change of Heart ». Cette participation s’inscrit dans un disque publié par Portrait Records, label affilié à Epic et CBS, et conçu avec des musiciens comme avec des techniciens familiers des productions ambitieuses de l’époque.
Une ballade donne son centre au disque
Avant même la parution de l’album, « True Colors » en fixe le nouveau point d’équilibre. Sortie en single en août 1986, la chanson a été écrite par Billy Steinberg et Tom Kelly. Lauper et Lennie Petze en assurent la production, tandis que l’arrangement est signé par la chanteuse avec Peter Wood. Le morceau ne vient donc pas de sa plume, mais sa mise en forme porte directement son intervention.
La chanson devient numéro un du Billboard Hot 100 pendant deux semaines. Elle constitue le deuxième et dernier single de Cyndi Lauper à atteindre la tête du classement américain. Ce résultat prolonge sa présence dans les charts au-delà du phénomène She’s So Unusual, mais avec une ballade dont le registre plus introspectif contraste avec l’énergie immédiatement festive associée à une partie de ses premiers succès.
Le titre de l’album ne résume cependant pas seul son évolution. Cyndi Lauper reprend également « What’s Going On », le classique de Marvin Gaye. Adrian Belew, Lauper, Lennie Petze et Peter Wood en signent l’arrangement. La chanson et son message social sont ainsi replacés dans une esthétique pop et new wave propre à 1986, plutôt que reproduits à l’identique. Cette reprise fournit un autre exemple de la méthode du disque : conserver une lisibilité pop tout en élargissant ses nuances et ses sujets.
Un anniversaire au calendrier mouvementé
La date de naissance de True Colors comporte une petite énigme discographique. Le 15 septembre 1986 est retenu comme date principale de sortie aux États-Unis et sert de référence à ce quarantième anniversaire. Certaines plateformes indiquent toutefois le 16 septembre. Le site officiel de Cyndi Lauper mentionne pour sa part le 14 octobre 1986, soit exactement trois ans après la date qu’il associe à She’s So Unusual. Au Royaume-Uni, l’édition CD publiée par Portrait est datée du 20 octobre.
Ces écarts peuvent correspondre à des calendriers de commercialisation, de communication ou de référencement différents. Ils ne changent pas la place du disque dans la trajectoire de Lauper : True Colors est bien son deuxième album studio, celui qui arrive après une entrée fracassante dans la pop et expose une artiste davantage engagée dans les décisions de production. La chronologie précise varie selon les éditions, mais le tournant artistique se situe clairement entre les séances commencées à la fin de 1985 et les différentes parutions de l’automne 1986.
L’album a ensuite continué de circuler dans le catalogue de la chanteuse. Sa chanson-titre figure notamment dans The Essential Cyndi Lauper, tandis qu’une édition du 35e anniversaire, déjà publiée, a porté la sélection à douze titres pour une durée de 55 minutes. Quarante ans après la sortie principale du disque, cette nouvelle étape éditoriale prolonge le travail commencé au Power Station et au Hit Factory : celui d’une chanteuse devenue coproductrice, arrangeuse de sa chanson-titre et codirectrice de sa propre image.
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