The Motels, de la colère punk aux briquets australiens : les 47 ans de Motels


15 septembre 2026

Publié le 15 septembre 1979, Motels, premier album studio de The Motels, fête aujourd’hui ses 47 ans. Conçu dans l’élan d’une signature chez Capitol Records, le disque connaît une trajectoire singulière : discret aux États-Unis, il trouve en Australie et en Nouvelle-Zélande un public considérable, notamment grâce à « Total Control ».

Lorsque The Motels entame « Total Control » devant un public australien, Martha Davis découvre une scène qu’elle n’avait pas anticipée. Des briquets se lèvent dans la salle et les spectateurs reprennent la chanson en chœur. Pour le groupe venu de Los Angeles, ce moment révèle l’ampleur prise par un morceau dont le succès local lui avait jusque-là échappé. Le contraste est saisissant : en Australie, la chanson est devenue un hymne ; aux États-Unis, elle n’a pas rencontré d’impact comparable dans les classements.

Cette réception à deux vitesses résume la trajectoire de Motels. Le premier album du groupe se fait une place durable dans l’hémisphère sud tandis qu’il demeure confidentiel sur son propre marché. Martha Davis racontera même avoir appris bien plus tard que « Total Control » n’avait jamais été un hit américain. À ses yeux, le premier disque et sa chanson phare avaient été énormes en Australie, alors que le véritable succès aux États-Unis n’arriverait que plusieurs albums plus tard.

Des clubs de Los Angeles au studio en quelques jours

Ce premier album est pourtant l’aboutissement d’un parcours déjà long. The Motels s’est formé dans une première incarnation au début des années 1970 autour de Martha Davis. Après plusieurs changements de musiciens, des auditions infructueuses et une réinstallation sur la scène de Los Angeles, une nouvelle formation se stabilise à la fin de la décennie. Davis est alors entourée de Jeff Jourard à la guitare, Marty Jourard aux claviers et au saxophone, Michael Goodroe à la basse et Brian Glascock à la batterie.

Avant d’entrer chez Capitol, ces cinq musiciens se sont aguerris dans les clubs de Los Angeles. Ils y tournent intensivement, avec un répertoire et un fonctionnement collectif déjà éprouvés. La signature avec le label, située au 12 ou au 13 mai 1979 selon les chronologies, constitue leur première véritable ouverture auprès d’une maison de disques nationale.

Tout s’accélère alors. Les séances du premier album commencent dès la mi-mai, quelques jours seulement après la conclusion du contrat. Ce passage presque direct des clubs au studio donne au projet un calendrier particulièrement resserré : enregistré au printemps, principalement en mai, Motels est publié à l’automne. La date américaine généralement retenue est celle du 15 septembre 1979, quatre mois environ après la signature.

Capitol confie la production à John Carter. Le disque conserve la configuration du groupe qui vient de se faire remarquer sur scène : Martha Davis assure le chant et joue de la guitare, Jeff Jourard tient la guitare, Marty Jourard partage son travail entre claviers et saxophone, tandis que Michael Goodroe et Brian Glascock forment la section rythmique. Dix chansons sont enregistrées pendant ces séances, jusqu’à « Counting », placé en clôture de toutes les éditions originales recensées sur vinyle, cassette et cartouche 8 pistes.

« Total Control », un chagrin recyclé en répétition

Au centre du disque se trouve une chanson plus ancienne que cette formation de The Motels. Martha Davis avait commencé à écrire « Total Control » à l’époque où elle partageait sa vie avec le guitariste Dean Chamberlain. Elle lui dédie le morceau après qu’il lui a brisé le cœur. La première version est pensée comme une chanson punk, directement nourrie par la colère de la rupture.

La forme connue de « Total Control » apparaît plus tard, au cours d’une répétition. Jeff Jourard commence à jouer une nouvelle ligne mélodique de guitare. Davis reprend alors les paroles écrites pour son ancien morceau punk et les pose sur cette idée. La colère initiale ne disparaît pas, mais son expression change : la chanteuse expliquera que la chanson venait d’un endroit très furieux tout en étant finalement sortie d’une manière calme et étrange.

Davis qualifiera cette transformation de « happy accident », un heureux accident. Cette formule éclaire autant la naissance du titre que sa force sur l’album : un texte conservé d’une incarnation antérieure du groupe rencontre, presque fortuitement, le jeu d’un nouveau guitariste. « Total Control » devient ainsi le point de jonction entre le passé personnel de la chanteuse, les années de tâtonnements des Motels et la formation enfin réunie par Capitol.

Le morceau n’est pas le seul à porter le disque. « Closets and Bullets » s’impose également parmi ses titres phares, tandis que « Counting » en fixe le dernier mouvement. Mais c’est bien « Total Control » qui concentre l’histoire de l’album : une chanson née comme une décharge punk, remodelée collectivement, puis adoptée avec une intensité inattendue à des milliers de kilomètres de Los Angeles.

Un succès qui change d’échelle au sud

Capitol accompagne rapidement l’album de pressages internationaux. Des éditions paraissent en 1979 aux États-Unis, en France, en Allemagne et en Australie, les sorties européennes étant rattachées au mois de septembre sans jour précisément établi. Le single « Total Control » suit à la fin de l’année, les chronologies du groupe situant sa publication en décembre 1979.

Les résultats commerciaux dessinent alors deux histoires très différentes. Les discographies spécialisées attribuent à Motels un disque d’or en Australie et en Nouvelle-Zélande. L’album aurait atteint la 13e place du classement australien et s’y serait maintenu pendant 28 semaines. Aux États-Unis, il ne monte qu’à la 179e place du Billboard, où il ne reste qu’une semaine.

Ce décalage ne se limite pas aux chiffres. Il se matérialise sur scène lorsque Martha Davis voit les briquets s’allumer dès les premières mesures de « Total Control ». The Motels comprend alors que son premier album possède déjà, ailleurs, une existence beaucoup plus grande que celle perçue depuis l’Amérique. Motels et son successeur, Careful, installent ainsi la notoriété du groupe dans l’hémisphère sud avant que « Only the Lonely » et « Suddenly Last Summer » ne lui apportent plus tard une reconnaissance américaine plus large.

Quarante-sept ans après sa sortie, Motels reste présent au catalogue Capitol. Sa trajectoire demeure attachée à cette image très concrète racontée par Martha Davis : un groupe jouant au milieu de son concert, puis découvrant soudain, à la lumière des briquets australiens, que son chagrin transformé en chanson avait déjà traversé le monde.