24 septembre 2026
Il y a 47 ans aujourd’hui, Eagles publiait The Long Run, attendu après le succès de Hotel California. Conçu dans un climat de forte tension, le disque a notamment offert une place nouvelle à Timothy B. Schmit et réuni Don Felder et Joe Walsh autour d’une expérience inédite pour le groupe.
Comment donner une suite à Hotel California lorsque chaque nouveau morceau doit supporter le poids de son prédécesseur ? Pour Eagles, la réponse a demandé du temps, beaucoup de travail et une accumulation de chansons bien supérieure à ce que le disque pouvait finalement contenir. Derrière les dix titres retenus pour The Long Run, publié le 24 septembre 1979, se cache un projet plus vaste, longtemps envisagé comme un double album.
Près d’une vingtaine de pistes ont ainsi été travaillées. La méthode suivie consistait souvent à construire d’abord la musique, avant de s’attaquer aux paroles. Cette façon de procéder a prolongé une gestation déjà compliquée par les tensions internes du groupe et par la pression entourant ce sixième album studio. Le disque n’est donc pas né d’un élan rapide : il est le résultat d’un chantier particulièrement long, mené alors que les relations entre les musiciens devenaient difficiles.
Un double album abandonné en cours de route
Bill Szymczyk, déjà aux commandes de la production, a également assuré le mixage de The Long Run. Environ 90 % des séances se sont déroulées aux Bayshore Recording Studios de Coconut Grove, à Miami. C’est là que le projet initial a progressivement été resserré jusqu’à prendre la forme d’un album simple, malgré le nombre important de morceaux mis en chantier.
Ce passage d’un double disque envisagé à une sélection plus courte résume la difficulté de l’entreprise. Eagles disposait de matière, mais devait transformer ce volume de travail en un successeur cohérent à son album le plus exposé. La longueur des séances et les fractures au sein du groupe ont accompagné tout le processus, sans empêcher les musiciens de chercher de nouvelles associations à l’intérieur même de leur formation.
L’une des évolutions les plus nettes concerne Timothy B. Schmit. Arrivé dans Eagles avec I Can’t Tell You Why, il ne se contente pas d’apparaître dans les crédits : il coécrit le morceau et en assure le chant principal. Bill Szymczyk considérait cette chanson comme le moment permettant au nouveau membre de se mettre véritablement en avant, même si sa réalisation s’est révélée difficile dans le contexte tendu des séances.
Timothy B. Schmit trouve sa place
I Can’t Tell You Why donne ainsi à Schmit un rôle immédiatement identifiable sur l’album. Au lieu de le maintenir en retrait dans une formation déjà solidement établie, le groupe lui confie une chanson dont il est à la fois l’un des auteurs et la voix principale. Sur un disque marqué par les tensions, ce choix apporte un déplacement important dans la répartition des rôles.
Cette mise en lumière ne relève pas seulement d’un changement de chanteur. Schmit était arrivé avec la chanson elle-même, ce qui lui permettait de contribuer directement au répertoire du nouvel album. I Can’t Tell You Why devient ainsi l’un des exemples les plus concrets de renouvellement au cours de ces séances prolongées : une nouvelle voix trouve son espace au moment même où le groupe peine à achever son projet.
The Long Run, comme Eagles, figure également dans la programmation de RADIO COLLECTION. La trajectoire de l’album ne se limite pourtant pas à ses morceaux les plus immédiatement exposés : une autre chanson raconte de manière très précise jusqu’où le groupe pouvait pousser le travail de studio.
Deux talk-boxes pour un son encore absent des disques d’Eagles
Pour Those Shoes, Don Felder écrit la musique en imaginant dès le départ une interaction avec Joe Walsh. L’idée prend une forme particulière en studio : les deux guitaristes utilisent des talk-boxes en harmonie. Felder prévoit même un solo joué avec cet appareil, qui permet de modeler le son de la guitare par la bouche au moyen d’un tube.
Le choix est marquant parce que Felder le décrivait comme un son qui n’avait encore jamais figuré sur un disque d’Eagles. Il ne s’agissait donc pas uniquement de juxtaposer les interventions de deux guitaristes, mais de les faire dialoguer avec le même procédé. Après des mois de travail et au milieu de relations dégradées, Those Shoes montre que les séances pouvaient encore produire une expérimentation directement liée à la rencontre de leurs idées.
Le contraste est saisissant entre les difficultés de fabrication et le résultat commercial. Malgré un accueil critique moins enthousiaste que celui réservé à Hotel California, The Long Run s’est vendu à environ sept millions d’exemplaires. Trois de ses singles ont atteint le Top 10 américain, confirmant que l’attente autour du groupe ne s’était pas dissipée pendant la longue préparation du disque.
Le dernier album studio avant une attente de près de vingt-cinq ans
Les tensions qui entouraient sa création donnent aussi à The Long Run une place particulière dans la discographie des Eagles. Après cet album, le groupe n’en publiera pas d’autre en studio pendant près de vingt-cinq ans. Son retour discographique n’interviendra qu’en 2007.
Quarante-sept ans après sa sortie, le disque reste donc attaché à une situation très concrète : celle d’un groupe sommé de prolonger Hotel California, parti sur l’idée d’un double album et finalement contraint de concentrer plusieurs années de travail. Dans ce cadre tendu, Timothy B. Schmit a obtenu son premier véritable espace avec I Can’t Tell You Why, tandis que Don Felder et Joe Walsh ont fait entrer leurs talk-boxes harmonisées dans le vocabulaire d’Eagles. Deux décisions de studio qui racontent mieux l’album que la seule pression des chiffres.
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