À 35 ans, « Diamonds and Pearls » raconte le jour où Prince a jeté ses machines pour former un groupe


01 octobre 2026

Prince publiait Diamonds and Pearls il y a 35 ans, avec une décision majeure : placer la New Power Generation au centre de son travail. Entre la voix décisive de Rosie Gaines, le triomphe de Cream et un artiste déjà pressé de passer au projet suivant, l’album ouvre une nouvelle période.

Une phrase de Prince résume le changement avec une efficacité presque provocatrice : « Everybody else went out and got drum machines and computers, so I threw mine away. » Alors que les autres adoptaient boîtes à rythmes et ordinateurs, lui affirmait donc s’en débarrasser. La formule ne signifie pas que Diamonds and Pearls tourne le dos aux sons de son époque, mais elle éclaire sa décision essentielle : après des années durant lesquelles son travail avait été largement associé aux machines et aux superpositions réalisées en studio, Prince choisit de mettre un groupe au premier plan.

Sorti le 1er octobre 1991, son treizième album studio est le premier officiellement réalisé avec The New Power Generation. La formation prend le relais après la dissolution de The Revolution et offre à Prince un nouveau cadre collectif. Ce basculement constitue le véritable point de départ du disque : Diamonds and Pearls n’est pas seulement une nouvelle collection de chansons, mais la présentation officielle d’une autre manière de travailler et d’occuper l’espace.

La New Power Generation entre dans la lumière

Le noyau du groupe réunit notamment Michael Bland, Tommy Barbarella, Sonny T., Levi Seacer Jr. et Rosie Gaines, recrutés ou intégrés autour de la période du Nude Tour. Avec eux, la section rythmique repose davantage sur la batterie, la guitare et les percussions. Prince ne s’efface évidemment pas derrière ses musiciens : il organise plutôt une nouvelle circulation des rôles, dans laquelle la présence du groupe devient une composante visible de l’identité de l’album.

Cette orientation collective ne conduit pas Prince à ignorer les transformations musicales du début des années 1990. Il associe le jeu de la NPG à des éléments de hip-hop, de New Jack Swing, de funk, de pop et de soul. Le disque repose ainsi sur une double impulsion : remettre des instrumentistes au centre tout en actualisant son langage. Là où sa déclaration sur les machines pourrait faire croire à une rupture radicale, l’album montre surtout une recomposition de ses outils.

Cette nouvelle organisation distingue également Diamonds and Pearls d’un simple retour à une formule de groupe déjà éprouvée avec The Revolution. Prince ne cherche pas à restaurer son ancien dispositif. Il présente une formation différente, pensée pour une nouvelle décennie et suffisamment ouverte pour accueillir des voix, des rythmes et des façons d’intervenir qui déplacent l’équilibre habituel de ses disques.

Rosie Gaines transforme le morceau-titre en dialogue

Rosie Gaines incarne avec une force particulière cette ouverture. Sur Diamonds and Pearls, elle ne se contente pas d’une apparition décorative : le morceau-titre repose sur un véritable duo avec Prince. Sa voix lui répond, l’accompagne et contribue directement à l’identité vocale de la chanson. Nouvelle venue dans l’entourage de l’artiste, elle acquiert grâce à ce titre une visibilité majeure.

Le choix est révélateur de la place accordée à la New Power Generation. La chanson qui donne son nom à l’album devient aussi celle où Prince partage le plus clairement le devant de la scène. Le collectif annoncé par le nom du groupe se traduit ici de manière très concrète : une autre personnalité vocale peut porter une partie essentielle du morceau sans être réduite à l’arrière-plan.

Le titre devient ainsi une vitrine de la nouvelle formation, mais surtout de la relation artistique entre Prince et Gaines. Cette présence féminine accrue change immédiatement la perception du dispositif : la NPG n’est pas uniquement une section instrumentale chargée de renforcer les morceaux, elle comprend une chanteuse capable d’instaurer un dialogue identifiable avec Prince. Diamonds and Pearls, également diffusé sur RADIO COLLECTION, conserve dans ce duo l’une des manifestations les plus nettes de son tournant collectif.

Avec « Cream », Sonny T. avait vu juste

Une autre chanson va donner à l’album son résultat commercial le plus marquant. Selon le récit rétrospectif des collaborateurs du disque, Sonny T. identifie immédiatement le potentiel de Cream et encourage Prince à en faire un single. Son intuition se confirme : le titre atteint la première place du Billboard Hot 100.

Ce numéro un possède une portée particulière dans la trajectoire de Prince. Cream devient son cinquième et dernier single à se hisser au sommet du classement américain. Le succès accompagne celui de l’album, qui atteint la troisième place du Billboard 200 et la première du classement R&B aux États-Unis. Au Royaume-Uni, il se classe deuxième, tandis qu’il atteint également la première place en Australie.

L’histoire de Cream souligne aussi le rôle réel des musiciens autour de Prince. Sonny T. ne se contente pas de jouer sur le disque : il repère une chanson susceptible de rencontrer un large public et intervient dans la décision de la mettre en avant. Au sein d’un projet toujours produit et dirigé par Prince, cette initiative donne une autre illustration de la dynamique collective recherchée sur l’album.

Un succès déjà rattrapé par l’album suivant

Le paradoxe de Diamonds and Pearls apparaît au moment même où son exploitation commerciale peut encore se poursuivre. Tony M. a raconté qu’à la sortie de l’album, Prince voulait déjà passer au projet suivant, tandis que Warner Bros. souhaitait continuer à en tirer plusieurs singles. Cette tension de calendrier oppose deux rythmes : celui d’une maison de disques qui entend prolonger le succès et celui d’un créateur dont l’attention s’est déjà déplacée.

L’épisode révèle la vitesse avec laquelle Prince envisage alors son travail. Le disque installe officiellement une nouvelle formation, produit plusieurs succès et trouve un vaste public, mais son auteur ne souhaite pas nécessairement s’attarder sur cette réussite. À peine la New Power Generation présentée, il pense déjà à la prochaine étape.

Trente-cinq ans après sa parution, Diamonds and Pearls reste donc attaché à deux mouvements simultanés : Prince ouvre son univers à la puissance d’un groupe et refuse de ralentir une fois l’objectif atteint. Rosie Gaines s’impose sur le morceau-titre, Sonny T. décèle le potentiel de Cream, et la NPG devient officiellement la nouvelle force collective entourant un artiste déjà tourné vers la suite.

Sources et pour aller plus loin

La discographie officielle de Prince consacrée à Diamonds and Pearls retrace la formation de la New Power Generation, le rôle de Rosie Gaines et le choix de placer les musiciens au cœur de l’album. Elle rapporte également la déclaration de Prince sur son abandon des machines au profit de cette nouvelle dynamique de groupe.

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