08 octobre 2026
Cage the Elephant célèbre aujourd’hui les 13 ans de Melophobia, son troisième album studio. Pour éviter de sonner faux, le groupe s’est coupé de ses influences, a traversé une violente dispute entre les frères Shultz et laissé plusieurs chansons naître dans des circonstances imprévues.
Avant Melophobia, Cage the Elephant avait surtout manqué de temps. Plusieurs années de tournée avaient maintenu le groupe dans un mouvement presque continu. La préparation de ce troisième album lui offre au contraire une véritable pause : chacun peut développer ses propres idées avant de les apporter dans la cabane de répétition du groupe, à Portland, dans le Tennessee. Ce nouvel espace de liberté ne produit pourtant pas immédiatement une direction commune. Lorsque les musiciens confrontent leurs propositions, leurs visions se heurtent.
La tension finit par provoquer une dispute physique entre Matt et Brad Shultz. L’épisode aurait pu fragiliser le projet ; il force plutôt le groupe à préciser ce qu’il cherche. Brad Shultz expliquera que le conflit les a obligés à déterminer ce qu’ils voulaient réellement faire de l’album. Melophobia se construit ainsi moins autour d’un plan préétabli que d’une série de choix arrachés aux désaccords.
Échapper aux modèles pour retrouver une écriture spontanée
Pour avancer, Cage the Elephant prend une décision inhabituelle : ses membres cessent presque d’écouter des enregistrements pendant la préparation du disque. Il ne s’agit pas de rejeter la musique des autres, mais d’empêcher qu’une influence trop immédiate ne guide leur travail. Le groupe veut écrire spontanément, sans reproduire consciemment une formule ni laisser un modèle extérieur dicter la forme des morceaux.
Le titre Melophobia, littéralement associé à la peur de la musique, résume cette préoccupation. Matt Shultz ne l’emploie pas pour désigner une crainte de jouer ou d’écouter, mais une peur plus précise : celle de fabriquer des chansons dans le but de projeter une identité calculée. Il la définit comme « une peur de faire de la musique pour projeter des images préméditées de soi plutôt que d’être un communicateur honnête ».
Cette recherche ne conduit pas Cage the Elephant à travailler seul. À Nashville, le groupe retrouve Jay Joyce, déjà producteur de ses deux premiers albums. Matt Shultz le considère alors comme une sorte de sixième membre : une place qui traduit la continuité de leur collaboration au moment même où les musiciens tentent de renouveler leur méthode. L’enjeu n’est pas d’effacer leur parcours, mais d’éviter que celui-ci se transforme en automatisme.
Un aéroport, une colline et un single inattendu
L’histoire de Come a Little Closer illustre directement cette écriture ouverte aux circonstances. Matt Shultz commence le couplet dans un aéroport de Buenos Aires, après avoir entendu un guitariste flamenco. Le refrain trouve ensuite son point de départ au Brésil : depuis un hôtel de São Paulo, le chanteur observe les habitations précaires installées sur une colline. Deux scènes vécues dans deux villes différentes se rejoignent ainsi dans une même chanson.
Le morceau n’est pourtant pas le premier choix de Cage the Elephant pour devenir un single. Les réactions de l’entourage du groupe et de son équipe modifient cette préférence initiale et finissent par l’imposer. Ce déplacement est révélateur de la fabrication de Melophobia : même lorsqu’une chanson semble achevée, sa place dans l’album et dans sa trajectoire peut encore être redéfinie par ce qu’elle provoque autour d’elle.
Take It or Leave It connaît un autre type de déblocage. Le groupe a déjà enregistré le morceau, mais ne parvient pas à lui trouver un refrain. La solution surgit au réveil de Matt Shultz. Convaincu de tenir enfin la partie manquante, il fonce à Nashville pour la présenter aux autres musiciens. Le refrain est enregistré le jour même, donnant une issue soudaine à une chanson restée incomplète jusque-là.
Une invitée et un dernier morceau durable
It’s Just Forever fait entrer une voix extérieure dans cet album façonné par les échanges internes du groupe. Alison Mosshart, chanteuse des Kills, rejoint Cage the Elephant sur le titre. Sa présence constitue l’une des collaborations marquantes des dix morceaux de Melophobia, sans détourner le disque de la question qui guide sa conception : comment communiquer sans construire artificiellement son image ?
L’album se referme sur Cigarette Daydreams. Ce morceau, comme Cage the Elephant, est diffusé sur RADIO COLLECTION. Sa position finale lui donne aussi un rôle concret dans le parcours du disque : après les tensions de la préparation, les influences volontairement tenues à distance et les chansons complétées grâce à des intuitions soudaines, il vient clore l’ensemble élaboré avec Jay Joyce à Nashville.
À sa parution, la réception critique présente Melophobia comme le disque le plus assuré de Cage the Elephant à ce stade de sa carrière, soulignant une évolution au-delà de ses précédents réflexes garage-rock. Treize ans plus tard, son histoire reste surtout celle d’un groupe qui a accepté le conflit, le doute et l’imprévu pour répondre à une peur bien particulière : non pas celle de faire de la musique, mais celle de ne plus y parler avec sincérité.
Sources et pour aller plus loin
L’interview de Matt et Brad Shultz publiée par MusicRadar revient en détail sur la genèse de l’album, leur dispute et la naissance de plusieurs chansons. L’entretien de Matt Shultz avec American Songwriter éclaire le sens de Melophobia, le retrait volontaire des influences et l’origine de Come a Little Closer.
À lire aussi : retrouvez notre sélection consacrée aux anniversaires d’albums Pop Rock.