16 octobre 2026
Il y a 31 ans aujourd’hui, Tears for Fears publiait Raoul and the Kings of Spain, un disque dont la trajectoire avait été bouleversée quelques mois avant sa sortie. Toujours privé de Curt Smith, Roland Orzabal a dû accompagner un changement de maison de disques, remanier le projet et défendre cette nouvelle étape jusque dans un château espagnol.
Le décor choisi pour présenter l’album donne immédiatement la mesure de cette période singulière : le château de Manzanares, près de Madrid. Sony et Epic y réunissent leurs responsables internationaux autour de Tears for Fears, en Espagne, dans un lieu en accord avec le titre du disque et les racines espagnoles de Roland Orzabal. Cette mise en scène soigneusement pensée intervient pourtant après plusieurs mois d’incertitude. Raoul and the Kings of Spain devait initialement paraître au printemps chez Mercury, avant que le groupe ne rejoigne Epic/Sony et que le projet soit reconfiguré.
Un album arrêté, puis remis en mouvement
Le disque était suffisamment avancé pour qu’une sortie soit prévue en mai 1995. Le départ de Mercury change toutefois le calendrier et l’identité de la version destinée au public. La parution est reportée jusqu’au 16 octobre et deux chansons absentes du projet préparé pour Mercury intègrent finalement l’album publié par Epic. Raoul and the Kings of Spain n’est donc pas seulement un enregistrement retardé : sa configuration définitive porte directement la trace de ce passage d’une maison de disques à une autre.
Ce bouleversement industriel survient à un moment où Tears for Fears repose essentiellement sur Roland Orzabal. L’album est le cinquième disque studio publié sous le nom du groupe, mais le deuxième conçu sans Curt Smith. Orzabal continue ainsi l’histoire commencée avec Elemental, tout en retrouvant deux partenaires de cette précédente étape : Alan Griffiths pour l’écriture et Tim Palmer à la production. Tous trois sont également crédités à la production de ce nouvel album.
Une partie du travail se déroule à Neptune’s Kitchen, le studio installé chez Orzabal en Angleterre. Les séances passent aussi par le Record Plant de Los Angeles. Entre ce cadre domestique anglais et l’un des studios de la ville californienne, le projet conserve donc l’équipe formée autour d’Elemental, mais se construit dans une période de changement beaucoup plus visible autour du groupe.
Oleta Adams rétablit un pont avec l’ancien Tears for Fears
Alors que Curt Smith reste absent, une autre voix familière revient dans l’histoire du groupe. Sur Me and My Big Ideas, Oleta Adams chante en duo avec Roland Orzabal. Sa présence rattache directement l’album à l’époque de The Seeds of Love, à laquelle elle avait déjà été associée. Au milieu d’un disque porté par la continuité entre Orzabal, Griffiths et Palmer, ce retour constitue le lien le plus net avec une phase antérieure de Tears for Fears.
La participation d’Oleta Adams ne reconstitue pas l’ancienne formation : elle fait plutôt coexister deux moments du groupe. D’un côté, Orzabal poursuit Tears for Fears sans son partenaire fondateur ; de l’autre, il invite une collaboratrice déjà inscrite dans son parcours. Me and My Big Ideas devient ainsi un point de jonction concret entre la période précédant le départ de Smith et le nouveau fonctionnement mis en place depuis Elemental.
Du château espagnol à un accueil commercial plus discret
Le lancement au château de Manzanares offre à Epic et Sony une présentation internationale spectaculaire. Le choix de l’Espagne prolonge naturellement le titre Raoul and the Kings of Spain et l’histoire familiale de Roland Orzabal. Il donne surtout une scène forte à un album passé, en quelques mois, d’une sortie abandonnée chez Mercury à une campagne mondiale organisée par une nouvelle maison de disques.
Cette relance ne suffit cependant pas à ramener Tears for Fears aux résultats de ses grands succès précédents. L’album atteint la 41e place au Royaume-Uni et la 79e aux États-Unis. Ces positions installent Raoul and the Kings of Spain dans une phase commercialement plus discrète de la carrière du groupe, malgré le changement de partenaire et l’ampleur donnée à sa présentation internationale.
Trente et un ans après sa parution, le disque reste ainsi associé à une succession de décisions très concrètes : maintenir le nom Tears for Fears sans Curt Smith, prolonger l’équipe d’Elemental, quitter Mercury alors que l’album devait déjà sortir, puis ajouter deux chansons avant sa publication chez Epic. Diffusés sur RADIO COLLECTION, Tears for Fears apparaissent ici à un moment où la continuité du groupe passe moins par une formation stable que par la détermination de Roland Orzabal à poursuivre le projet.
La soirée de Manzanares résume finalement cette trajectoire : un titre tourné vers l’Espagne, un album recomposé après un changement majeur et une nouvelle équipe discographique réunie dans un château pour lancer ce qui était devenu une autre version du projet initial.
Sources et pour aller plus loin
L’article contemporain de Billboard consacré au départ de Mercury détaille le report de l’album, son transfert chez Epic et l’ajout de deux chansons à sa configuration définitive.
Un autre numéro de Billboard, publié en novembre 1995, raconte la présentation internationale organisée au château de Manzanares. La notice d’AllMusic consacrée à l’album complète ce récit par ses crédits et ses informations sur les collaborateurs du disque.
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