Les 46 ans de Making Movies : Dire Straits face au départ de David Knopfler en studio


17 octobre 2026

Dire Straits célèbre aujourd’hui les 46 ans de Making Movies, son troisième album studio. Enregistré à New York dans un groupe en pleine rupture, le disque transforme une séparation intime, un départ en cours de séances et une référence à la comédie musicale en chansons narratives.

Au Power Station de New York, pendant l’été 1980, Dire Straits ne se contente pas d’enregistrer un nouvel album : le groupe doit aussi absorber le départ de David Knopfler. Le guitariste quitte la formation pendant les séances de Making Movies, laissant son frère Mark Knopfler poursuivre le travail avec le bassiste John Illsley et le batteur Pick Withers. Cette rupture interne accompagne ainsi la naissance d’un disque largement construit autour d’histoires, de personnages et de séparations.

Pour réaliser ce troisième album, Mark Knopfler choisit de travailler avec Jimmy Iovine. Le producteur a déjà collaboré avec Patti Smith, John Lennon, Bruce Springsteen et Tom Petty, autant de travaux qui avaient retenu l’attention du chanteur et guitariste de Dire Straits. Iovine coproduit Making Movies avec lui, tandis que Shelly Yakus assure l’enregistrement.

Jimmy Iovine et un musicien de Springsteen aux commandes

Les séances, organisées en juillet et août, accueillent également Roy Bittan, le claviériste associé à Bruce Springsteen. Sa présence donne à Dire Straits un interlocuteur extérieur au noyau du groupe au moment même où celui-ci se fragilise. Entre la direction de Jimmy Iovine, le travail de Mark Knopfler et l’intervention de Bittan, Making Movies naît donc d’une configuration sensiblement différente de celle des deux premiers albums.

Le choix de New York et du Power Station place aussi le groupe dans l’environnement professionnel de son nouveau coproducteur. Iovine ne constitue pas un simple nom ajouté au générique : sa venue correspond à une véritable décision de fabrication, prise par Knopfler après avoir été marqué par ses précédentes collaborations. L’album résulte de cette rencontre entre l’écriture de Dire Straits et une équipe de studio réunissant Iovine, Yakus et Bittan.

Un détail révèle pourtant que le projet aurait pu prendre une autre forme. Des images tournées pendant les séances et diffusées dans l’émission Arena de la BBC montrent Dire Straits interprétant une chanson appelée Making Movies. Le morceau n’a finalement pas été retenu sur l’album qui porte son nom. Le titre du disque conserve ainsi la trace d’une chanson restée hors de sa sélection définitive.

Une rupture téléphonique devient Romeo and Juliet

La rupture ne traverse pas seulement la composition du groupe. Elle nourrit directement Romeo and Juliet, l’une des chansons centrales de l’album. Mark Knopfler a expliqué qu’elle s’appuyait sur une relation sentimentale terminée avec la chanteuse Holly Vincent, notamment après une séparation annoncée par téléphone. Il transpose ensuite cette expérience personnelle dans un cadre emprunté à Shakespeare.

Ce passage de l’intime à la fiction résume l’une des particularités de Making Movies. Knopfler ne livre pas simplement le compte rendu d’une séparation : il fait intervenir deux figures immédiatement reconnaissables, Roméo et Juliette, pour raconter une relation contemporaine. Le récit personnel acquiert ainsi une autre échelle sans perdre son point de départ concret.

À propos de sa technique de guitare et de cette chanson, Mark Knopfler déclarait : « Playing with your fingers has something to do with immediacy and soul. » Le jeu aux doigts est présenté par le musicien comme une question d’immédiateté et d’âme, une manière d’être directement en contact avec ce qui se joue. Sur Romeo and Juliet, cette approche accompagne une histoire dont il connaissait lui-même l’origine.

De la comédie musicale à Tunnel of Love

L’entrée dans l’album repose, elle aussi, sur une transformation. Tunnel of Love commence par un extrait de The Carousel Waltz, composé par Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II. Cet emprunt à la comédie musicale est officiellement crédité dans les notes du disque, avant que Dire Straits ne développe sa propre chanson.

Ce choix d’ouverture installe immédiatement la dimension cinématographique annoncée par le titre Making Movies. La première face enchaîne ensuite Tunnel of Love, Romeo and Juliet et Skateaway : trois morceaux placés au cœur de la construction narrative du disque. Plutôt que d’accumuler de courtes chansons, Dire Straits donne une large place aux récits et à leur développement.

L’album trouve rapidement son public britannique : il atteint la quatrième place du classement national. Ce résultat accompagne un disque conçu dans des circonstances tendues, mais dont les épisodes de fabrication ne se réduisent pas au départ de David Knopfler. L’arrivée de Jimmy Iovine, la participation de Roy Bittan, la transformation d’une rupture en Romeo and Juliet et l’ouverture empruntée à Carousel forment les différents mouvements d’un même projet.

Quarante-six ans après sa parution, Making Movies demeure aussi présent dans la programmation de RADIO COLLECTION. Son titre résume avec justesse le geste accompli pendant ces séances : construire des histoires à partir d’une période où la réalité du groupe, elle-même, était en train de changer. Et parmi les images conservées de cet été new-yorkais subsiste cette scène singulière : Dire Straits joue une chanson intitulée Making Movies, avant de réaliser l’album sans elle.

Sources et pour aller plus loin

Le récit de la naissance de Romeo and Juliet et les propos de Mark Knopfler sur son jeu de guitare sont développés dans l’article de MusicRadar consacré à la chanson. L’entretien publié par In the Studio with Redbeard revient sur le rôle de Jimmy Iovine et les séances au Power Station.

La discographie officielle de Dire Straits rassemble les crédits de l’album, la participation de Roy Bittan, l’emprunt à The Carousel Waltz et les images de la chanson Making Movies enregistrée pendant les séances.

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