21 octobre 2026
Lee Loughnane fête aujourd’hui ses 80 ans. Trompettiste et membre fondateur de Chicago, il relie depuis ses premiers apprentissages une histoire familiale, une section de cuivres singulière et une méthode de création longtemps façonnée sur la route.
Avant Chicago, il y a une trompette déjà chargée d’histoire. Lee Loughnane commence à en jouer à 11 ans sur l’instrument que son père avait utilisé dans l’Army Air Force. Ce passage de témoin familial ouvre un parcours qui le conduit des années de lycée à des études musicales à DePaul University, dans l’Illinois.
À DePaul, Loughnane étudie avec Walter Parazaider et James Pankow. Ces deux musiciens deviendront ses partenaires au sein de la section de cuivres de Chicago. Cette proximité forgée pendant leur formation prépare l’une des caractéristiques essentielles du futur groupe : les cuivres ne doivent pas seulement accompagner les chansons, mais participer pleinement à leur construction.
Une section de cuivres au centre du groupe
Lee Loughnane fait partie des fondateurs de Chicago avec, notamment, Robert Lamm, James Pankow et Walter Parazaider. Trompettiste, arrangeur, chanteur de soutien et parfois chanteur principal, il s’inscrit dans un collectif qui ne repose pas sur une seule voix ou une seule figure. Les instruments à vent y occupent une place structurante, au même titre que la section rythmique, les guitares et les claviers.
Aux côtés du trombone de Pankow et des parties de Parazaider, la trompette de Loughnane contribue à installer cette architecture instrumentale. Le premier album de Chicago paraît en 1969, mais le musicien reste ensuite associé au groupe pendant plusieurs décennies de disques et de tournées. Chicago et ses chansons figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION.
Cette continuité n’efface pas la dimension collective du travail. Même un morceau aussi étroitement lié au répertoire du groupe que 25 or 6 to 4 doit être correctement replacé dans cette organisation : sa base a été conçue par Robert Lamm pendant la période où Chicago était en résidence au Whisky a Go Go. Le rôle de Loughnane se lit moins dans une revendication individuelle que dans la permanence d’un son et d’une manière de jouer ensemble.
La route comme salle de répétition
Au début des années 1970, Chicago vit presque constamment en tournée. Loughnane résume cette période par une formule directe : le groupe ne connaissait pratiquement que la route, qui devenait aussi son principal espace de répétition. Les déplacements et les concerts n’interrompaient donc pas la création. Ils lui fournissaient au contraire son cadre quotidien.
Les programmes pouvaient changer d’un soir à l’autre, à une époque où les contraintes d’éclairage et de production étaient moins rigides. Une nouvelle idée était répétée, intégrée au concert, puis retravaillée. La scène servait de laboratoire grandeur nature, devant un public qui pouvait découvrir une chanson avant même que celle-ci ait trouvé sa forme définitive en studio.
Saturday in the Park illustre cette circulation entre travail en cours et répertoire public. Loughnane se souvient que James « Jimmy » Pankow avait annoncé depuis la scène que Chicago allait jouer le morceau pour la première fois. La chanson était encore une nouveauté pour le groupe comme pour la salle. Cet instant montre combien la frontière pouvait être poreuse entre une répétition, une première présentation en concert et l’enregistrement destiné à fixer le titre.
Le studio venait ensuite achever ce que la route avait permis d’éprouver. Loughnane explique que Chicago y terminait des chansons dont l’écriture s’était poursuivie pendant les tournées. Le groupe avançait également de manière méthodique sur les problèmes d’enregistrement : il réécoutait les bandes, relevait les points à vérifier, puis les corrigeait progressivement. Cette discipline donne une autre lecture de l’abondance créative de la période : derrière l’élan collectif se trouvait un patient travail de contrôle.
Des bandes d’archives au studio personnel
Le rapport de Lee Loughnane au son de Chicago ne s’est pas limité aux concerts. Avec l’ingénieur Tim Jessup, il a participé à l’écoute et à l’examen de bandes d’archives du groupe. Ce travail suppose de revenir aux enregistrements, d’en évaluer les détails et de repérer ce qui mérite d’être vérifié ou préservé. Il prolonge, plusieurs décennies plus tard, la méthode déjà employée lorsque les musiciens réécoutaient leurs prises pour résoudre les difficultés une à une.
Son implication apparaît aussi dans la fabrication de Chicago XXXVIII: Born for This Moment. Pour cet album, une chanson a été enregistrée dans le studio de Loughnane avant d’être envoyée à Joe Thomas pour sa production ou sa finalisation. Le dispositif diffère des longues séances collectives des premières années, mais le principe demeure : une pièce musicale passe d’un espace de travail à un autre jusqu’à atteindre sa forme retenue.
Loughnane a ensuite participé aux entretiens et aux contenus promotionnels consacrés à cet album ainsi qu’aux cinquante-cinq ans de Chicago. Il y apparaît à la fois comme témoin de la formation du groupe et comme musicien encore engagé dans ses projets discographiques. Son parcours peut ainsi se suivre à travers des gestes très concrets : prendre à 11 ans la trompette de son père, bâtir une section de cuivres avec ses partenaires de DePaul, tester des morceaux devant le public, puis revenir des années plus tard aux bandes conservées.
À 80 ans, c’est cette attention au travail collectif qui fournit le fil le plus précis de son histoire. Lorsque Loughnane décrit l’écoute des archives, il ne transforme pas le passé en récit figé : il parle encore de lancer une bande, de prendre des notes et de contrôler les éléments qui demandent un nouvel examen.
Sources et pour aller plus loin
L’entretien publié par Ultimate Classic Rock apporte le témoignage direct de Lee Loughnane sur les tournées des années 1970, la fabrication des chansons entre scène et studio et la première présentation publique de Saturday in the Park.
L’article de Syracuse.com complète ce récit par un éclairage sur son travail avec Tim Jessup autour des bandes d’archives de Chicago.
À lire aussi : retrouvez notre sélection consacrée aux anniversaires d’artistes Pop Rock.


