21 octobre 2026
Il y a 43 ans, The The publiait Soul Mining, premier album studio bâti autour de Matt Johnson. Son histoire se joue entre New York et Londres, au fil d’un projet abandonné puis reconstruit, avec Uncertain Smile comme principal témoin de cette métamorphose.
Avant de devenir le cœur de Soul Mining, Uncertain Smile connaît plusieurs vies. La chanson prolonge d’abord Cold Spell Ahead, puis Matt Johnson part travailler à New York avec Mike Thorne, producteur notamment associé à Soft Cell et Wire. Une première version y est enregistrée, au cours de sessions qui devaient donner forme au projet. Mais cette étape new-yorkaise ne débouche pas sur l’album attendu : les séances initiales sont abandonnées et Johnson retourne à Londres.
Ce retour n’est pas un simple changement de décor. Il marque une véritable reprise du travail, avec une nouvelle organisation et un autre partenaire de studio. Paul Hardiman rejoint Matt Johnson à la coproduction et accompagne la transformation des morceaux destinés à l’album. Des premières séances américaines à la version finalement publiée, Soul Mining devient ainsi un disque construit par réorientation plutôt que par progression linéaire.
Uncertain Smile change de visage à Londres
Uncertain Smile permet de mesurer concrètement cette évolution. La chanson ne disparaît pas avec l’abandon du premier projet : Johnson la reprend à Londres et la remanie pour l’intégrer à Soul Mining. La version retenue pour l’album se distingue notamment par la participation de Jools Holland, invité au piano.
Son intervention occupe une place importante dans le long passage instrumental du morceau. Elle différencie nettement cette version de celle enregistrée à New York avec Mike Thorne et donne à la chanson une nouvelle identité dans le cadre de l’album. Uncertain Smile devient ainsi le lien le plus clair entre les deux phases de fabrication : une composition conservée, mais profondément retravaillée au moment où le projet se redéfinit à Londres.
Cette méthode correspond à l’ouverture instrumentale recherchée pour le disque. Autour de la voix, de l’écriture et de la direction de Matt Johnson apparaissent marimbas, cordes, accordéon, synthétiseurs et percussions. Les invités viennent de différentes scènes post-punk, pop et expérimentales, sans que The The prenne alors la forme d’un groupe organisé autour d’un effectif fixe. Johnson demeure l’auteur, le chanteur et la figure centrale de l’ensemble.
Paul Hardiman, partenaire de la reconstruction
La collaboration avec Paul Hardiman devient déterminante dans cette seconde étape. Johnson ne le présente pas comme un simple technicien chargé d’achever les séances. Revenant sur la réalisation de l’album, il résume leur entente par une formule directe : “Co-producer Paul Hardiman was a brilliant collaborator.” Les deux hommes partagent finalement la production de Soul Mining.
Cette association permet de réunir dans un même album des morceaux ayant déjà connu une première existence et des chansons élaborées dans le nouveau contexte londonien. Plutôt que d’effacer complètement le travail précédent, Johnson conserve ce qui peut être transformé. Le parcours d’Uncertain Smile illustre cette continuité sélective : la chanson survit au projet new-yorkais, puis trouve sa forme d’album avec une nouvelle production et un nouvel invité.
Soul Mining repose donc moins sur une équipe permanente que sur Matt Johnson et les collaborations qu’il organise autour de ses chansons. Cette manière de travailler lui permet d’accueillir plusieurs instruments et personnalités sans déplacer le centre du projet. Le disque, comme The The, reste associé à sa voix et à son écriture, tout en portant la trace précise de Mike Thorne, Paul Hardiman ou Jools Holland à différentes étapes de sa naissance.
This Is the Day, une chanson née sous pression
Une autre pièce essentielle de l’album, This Is the Day, possède une histoire de création différente. Matt Johnson a expliqué l’avoir écrite sur un Omnichord japonais. La réalisation du titre intervient également dans un contexte de pression exercée par la maison de disques, qui demande un nouveau single après Uncertain Smile.
La chanson ne constitue donc pas seulement une nouvelle entrée dans la liste des morceaux : elle répond à une attente concrète au cours de la fabrication du disque. Là encore, Paul Hardiman accompagne Johnson dans le travail de production. Entre l’Omnichord utilisé pour l’écriture et l’instrumentation particulièrement ouverte de l’album, This Is the Day s’inscrit dans un projet où les outils électroniques cohabitent avec l’accordéon, les cordes, les marimbas et les percussions.
Ces deux chansons résument chacune une facette de la naissance de Soul Mining. Uncertain Smile porte le souvenir des séances new-yorkaises et de leur refonte à Londres ; This Is the Day naît dans la nouvelle phase du projet, sous la demande d’un titre supplémentaire susceptible de prendre le relais. Toutes deux figurent aujourd’hui, avec l’album et The The, dans la programmation de RADIO COLLECTION.
Du démarrage discret à la reconnaissance durable
À sa parution, Soul Mining reçoit un accueil critique favorable, mais ses ventes initiales restent modestes. Sa trajectoire se construit ensuite dans la durée : le disque acquiert progressivement une réputation de classique singulier dans le parcours de The The. Ce contraste entre réception immédiate et reconnaissance ultérieure prolonge, à sa manière, l’histoire mouvementée de sa fabrication.
Quarante-trois ans après sa sortie, le premier album studio de The The conserve surtout la trace d’une décision décisive : ne pas poursuivre à tout prix les séances initiales, mais revenir à Londres et reprendre le projet avec Paul Hardiman. Le piano de Jools Holland sur Uncertain Smile demeure l’un des signes les plus audibles de ce passage d’une version à l’autre, et d’une chanson capable de survivre à l’abandon du disque pour lequel elle avait d’abord été enregistrée.
Sources et pour aller plus loin
La chronologie officielle de The The retrace les premières séances new-yorkaises avec Mike Thorne, le retour à Londres et les débuts commerciaux modestes de l’album. L’entretien publié par The Guardian autour de This Is the Day apporte les propos de Matt Johnson sur l’Omnichord, la pression entourant la recherche d’un nouveau single et sa collaboration avec Paul Hardiman.
L’entretien approfondi de Matt Johnson publié par Electronic Sound complète ce récit en détaillant le passage des séances de New York à la reconstruction londonienne de Soul Mining.
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