Year of the Cat | Al Stewart | 50 ans | 22 octobre 1976 | Le saxophone qu’Al Stewart voulait effacer


22 octobre 2026

Il y a cinquante ans, Al Stewart publiait Year of the Cat, un album dont le morceau-titre avait connu plusieurs vies avant de devenir son plus grand succès. D’un texte consacré à Tony Hancock au solo de saxophone imposé par Alan Parsons, la chanson s’est construite contre les premiers choix de son auteur.

Al Stewart ne destinait pas nécessairement Year of the Cat à devenir le centre de son septième album studio. Il avait même placé la chanson en dernière position, encore peu convaincu par le résultat. Pourtant, ce long morceau allait donner son titre au disque, atteindre la huitième place du Billboard Hot 100 et accompagner le premier album de Stewart certifié platine aux États-Unis.

Dix ans et plusieurs chansons en une

L’histoire commence bien avant les séances d’enregistrement. Les premières paroles remontent à 1966 et ne racontent pas encore la rencontre qui figurera dans la version définitive. La chanson s’appelle alors Foot of the Stage et prend pour sujet le comédien britannique Tony Hancock. Stewart retravaille ensuite son texte, mais cette première orientation est refusée par des responsables américains.

L’auteur tente une nouvelle piste avec Horse of the Year. Le titre définitif apparaît finalement grâce à un livre d’astrologie vietnamienne laissé ouvert par sa compagne à la page de l’« année du chat ». Le film Casablanca contribue ensuite à orienter les images du premier couplet. De Tony Hancock à l’astrologie vietnamienne, puis à l’imaginaire du cinéma, la chanson conserve ainsi les traces d’une longue recherche plutôt que celles d’une inspiration instantanée.

Sa musique possède également une histoire distincte. Le pianiste Peter Wood joue son riff instrumental pendant les balances d’une tournée avec Linda Ronstadt. Cette idée devient la fondation du morceau et vaut à Wood un crédit de coécriture. Les mots et le motif de piano, nés séparément, finissent donc par se rejoindre dans la version enregistrée.

D’Abbey Road aux studios de Los Angeles

Les premières sessions de l’album se déroulent à Abbey Road en septembre 1975. Autour d’Al Stewart et de Peter Wood, l’équipe réunit notamment Tim Renwick à la guitare, George Ford à la basse et Stuart Elliott à la batterie. Le projet marque un passage de l’univers folk de Stewart vers un folk-rock davantage façonné par le travail de studio d’Alan Parsons.

La fabrication se poursuit à Los Angeles en avril 1976. Les bandes 16 pistes enregistrées à Abbey Road sont alors transférées en 24 pistes, tandis que Stewart pose ses voix aux Whitney Recording Studios. Ce déplacement permet de prolonger la construction d’un morceau qui accorde une place inhabituelle aux développements instrumentaux.

Les guitares devaient initialement occuper une grande partie de cet espace. Alan Parsons souhaite cependant introduire une autre couleur et propose un saxophone. Stewart résiste : à ses yeux, l’instrument n’a pas sa place dans le folk-rock. Le producteur lui demande simplement d’essayer, en lui laissant la possibilité d’effacer la partie si elle ne fonctionne pas : « Just humor me — if you don’t like it, we’ll erase it. »

Phil Kenzie, un film et une seule prise

La séance aurait pourtant pu ne jamais avoir lieu. Le saxophoniste Phil Kenzie regarde un film lorsqu’il est sollicité et manque presque le rendez-vous. Il finit par rejoindre le studio, enregistre sa partie en une prise, puis repart terminer son film. Cette intervention rapide devient l’un des éléments déterminants de la version finale.

Al Stewart n’est pas immédiatement conquis. Le solo voulu par Parsons bouleverse l’équilibre qu’il imaginait et nourrit ses doutes sur la chanson. Il décide finalement de la placer à la fin de l’album, comme si cette position pouvait tenir le morceau à distance. Le public lui réserve un tout autre destin : le single atteint aussi la 31e place du classement britannique, tandis que l’album monte jusqu’à la cinquième place du Billboard 200.

Le paradoxe donne à Year of the Cat une trajectoire singulière. Son titre est arrivé après plusieurs versions abandonnées, son riff vient des balances d’une tournée et son passage instrumental le plus reconnaissable découle d’une proposition que Stewart voulait d’abord refuser. L’album, également diffusé sur RADIO COLLECTION, fête ses cinquante ans en 2026 avec cette décision de studio au cœur de son histoire.

Le dernier mot revient ainsi au musicien arrivé entre deux scènes de film. Phil Kenzie n’a eu besoin que d’une prise pour enregistrer le solo que Stewart envisageait encore d’effacer, avant que la chanson reléguée en fin de disque ne devienne son plus grand succès.

Sources et pour aller plus loin

L’interview d’Al Stewart publiée par Guitar Player raconte les transformations successives du texte, l’origine du titre et ses réticences face au saxophone. L’enquête de Mixonline consacrée aux sessions de Year of the Cat détaille le travail mené entre Abbey Road et Los Angeles, ainsi que le rôle de Peter Wood, Alan Parsons et Phil Kenzie.

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