22 octobre 2026
Dave Gahan célèbre aujourd’hui les 19 ans de Hourglass, son deuxième album studio solo. Porté par une nouvelle assurance d’auteur, le chanteur y transforme son sentiment d’urgence en une méthode de création collective, jusqu’à faire naître Kingdom d’un jam qu’il ne considérait pas encore comme une chanson.
Au départ, il y a une course contre le temps. Interrogé au moment de la parution de Hourglass, Dave Gahan résume son état d’esprit en une phrase : « I'm racing against a clock. » Cette urgence donne son titre au disque, mais elle éclaire surtout la position du chanteur en 2007. Quatre ans après Paper Monsters, son premier album solo, il ne veut plus seulement interpréter des morceaux : il entend poursuivre le travail d’écriture qui a commencé à modifier sa place au sein de Depeche Mode.
Trois chansons qui changent sa confiance d’auteur
Entre ses deux albums solo, Gahan a franchi une étape déterminante en écrivant trois chansons pour Playing the Angel de Depeche Mode. Il explique alors que cette expérience lui a donné davantage confiance et l’a aidé à trouver sa propre voix d’auteur. Hourglass découle directement de cette affirmation nouvelle : le projet n’est plus seulement une échappée parallèle menée autour de son statut de chanteur, mais un disque auquel il participe entièrement comme auteur et producteur.
Pour le réaliser, Gahan s’entoure de Christian Eigner et Andrew Phillpott, deux musiciens déjà associés aux tournées de Depeche Mode. Le trio signe l’ensemble des morceaux et partage la production. Cette organisation resserrée place l’écriture et la fabrication dans un même mouvement : les idées peuvent être développées directement par ceux qui les ont fait naître, sans séparation rigide entre composition, arrangement et production.
Le disque est enregistré au printemps 2007 dans le 11th Floor Studio de Gahan, à New York. Le mixage est ensuite confié à Tony Hoffer aux Chung King Studios, avant le mastering réalisé par Stephen Marcussen. Plusieurs étapes de cette conception sont filmées : des sessions consacrées à Saw Something, Miracles, Kingdom et A Little Lie accompagnent notamment l’édition limitée CD/DVD.
Un retour vers l’électronique
Hourglass marque aussi un déplacement esthétique par rapport à Paper Monsters. Là où le premier album solo de Gahan adoptait une approche davantage tournée vers les guitares, son successeur revient vers l’électronique et se rapproche ainsi plus nettement de l’univers attendu de Depeche Mode. Cette proximité sera relevée dans la réception critique, parfois favorablement, parfois avec davantage de réserves.
Le choix ne gomme pourtant pas la dimension personnelle du projet. Gahan ne travaille pas avec la formation complète de son groupe principal, mais avec deux partenaires issus de son entourage de tournée, dans son propre studio new-yorkais. Cette configuration intermédiaire nourrit l’identité du disque : familière par ses collaborateurs et son orientation électronique, mais construite autour de l’autonomie d’auteur que le chanteur vient d’acquérir.
Hourglass et Dave Gahan figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION. Le disque permet d’entendre ce moment précis de son parcours où les frontières entre son travail solo et son expérience au sein de Depeche Mode deviennent particulièrement poreuses, sans que l’un se confonde entièrement avec l’autre.
Kingdom, du chaos du jam à la chanson
L’histoire de Kingdom offre l’exemple le plus concret de cette méthode collective. Christian Eigner et Andrew Phillpott commencent par improviser. Basse, batterie, bruits atmosphériques et vocodeurs s’accumulent sans qu’une structure de chanson ait été décidée à l’avance. Lorsqu’il découvre ce matériau, Gahan peine d’abord à y reconnaître un véritable morceau.
Plutôt que d’écarter le jam, il en isole certains éléments. Ce travail de sélection lui permet de dégager progressivement une mélodie, puis de développer le texte. Kingdom ne naît donc pas d’une composition déjà formée qu’il suffirait d’enregistrer, mais d’une matière sonore spontanée que le trio organise après coup. L’anecdote résume le fonctionnement de l’album : Eigner et Phillpott lancent le mouvement, tandis que Gahan cherche dans l’improvisation l’espace où installer sa voix d’auteur.
Le morceau devient le premier single de Hourglass. Ce choix place au premier plan une chanson qui concentre à la fois l’orientation électronique du disque et le rôle actif de Gahan dans sa transformation. L’artiste qui, quelques années auparavant, cherchait encore sa légitimité dans l’écriture se retrouve ici face à un assemblage sans forme prédéfinie, puis lui donne une mélodie et un texte.
Dix-neuf ans après sa sortie, Hourglass reste ainsi associé à une étape très précise : celle où la confiance gagnée avec Depeche Mode devient le moteur d’un deuxième album solo. La course contre la montre évoquée par Gahan ne conduit pas à une création solitaire, mais à un travail à trois dans lequel un jam désordonné peut finir par ouvrir le disque au public.
Sources et pour aller plus loin
L’entretien de Dave Gahan publié par SPIN éclaire son sentiment d’urgence, l’origine du titre Hourglass et la confiance acquise après sa participation à l’écriture de Playing the Angel. La page consacrée à Kingdom sur DM Live restitue précisément la naissance du morceau à partir du jam de Christian Eigner et Andrew Phillpott.
Le site officiel de Hourglass présente les sorties liées au projet ainsi que les séquences filmées consacrées à plusieurs chansons de l’album.
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