Blue Moves | Elton John | 50 ans | 22 octobre 1976 | Le jam de groupe capté en direct à Toronto


22 octobre 2026

Elton John célèbre aujourd’hui les 50 ans de Blue Moves, un double album façonné autour de séances collectives à Toronto. Entre un jam enregistré en direct, des cuivres préparés dans une chambre d’hôtel et une prise vocale protégée par une coque autour du piano, le disque raconte surtout un groupe prêt à sortir des habitudes de son leader.

Avant de rejoindre les bandes de Blue Moves, les parties de cuivres des Brecker Brothers ont d’abord résonné dans une chambre d’hôtel de Toronto. Les musiciens y ont préparé leurs interventions, qui seront ensuite enregistrées à Los Angeles. L’anecdote résume bien la fabrication de ce onzième album studio d’Elton John : un projet ample, réparti entre plusieurs collaborateurs et nourri par des idées venues de tout le groupe.

Trois semaines pour transformer le groupe en atelier

En mars 1976, Elton John et ses musiciens s’installent principalement aux studios Eastern Sound, à Toronto. Ils y restent entre trois semaines et un mois. Bernie Taupin, le partenaire d’écriture historique du chanteur, se trouve alors à la Barbade. Sur place, la conception du disque s’élargit : James Newton Howard et Davey Johnstone apportent des idées, tandis que Caleb Quaye signe seul « Your Starter For… » et cosigne trois autres morceaux.

Cette ouverture distingue Blue Moves dans le parcours d’Elton John. Le disque est son deuxième double album vinyle, mais sa dimension ne tient pas seulement à son format. Sa réalisation repose sur une circulation plus large des contributions, sans effacer le tandem John-Taupin. Le bassiste Kenny Passarelli, témoin direct des séances, décrit une formation particulièrement soudée au moment d’entrer en studio.

Le cas d’« Out Of The Blue » en fournit l’exemple le plus concret. Le morceau ne naît pas d’une composition apportée entièrement achevée : il provient d’un véritable jam assemblé en studio puis capté en direct. Passarelli résume la scène en une phrase : « That was a jam we put together in the studio, and we cut it live. » Une manière de travailler qu’il présente comme inhabituelle dans la discographie d’Elton John.

Une voix en direct, un piano sous protection

« Sorry Seems To Be The Hardest Word » suit un chemin presque inverse. La chanson avait été écrite avant les séances de Blue Moves, une situation rare pour un projet d’Elton John à cette période. Sa prise de base se concentre sur deux musiciens : Elton John au piano et Kenny Passarelli à la basse. L’accordéon, les cordes et les interventions de Ray Cooper sont ajoutés dans un second temps.

Le détail décisif concerne la voix. Elton John chante en direct pendant la prise, au-dessus de son piano. Pour limiter la repisse de sa voix dans le microphone de l’instrument, l’équipe entoure le piano d’une coque. Ce dispositif permet de préserver la performance simultanée tout en gardant davantage de contrôle sur l’enregistrement. Derrière l’importante distribution du double album, l’une de ses chansons les plus connues repose ainsi sur un noyau volontairement dépouillé.

La chanson devient aussi le principal résultat individuel du disque dans les classements américains : elle atteint la sixième place du Billboard Hot 100 et la première du classement Adult Contemporary. Elle demeure par ailleurs liée à la programmation de RADIO COLLECTION, comme l’album et Elton John lui-même.

« Chameleon », le détour par les Beach Boys

Une autre chanson porte la trace d’un projet qui n’a pas abouti sous sa forme initiale. Elton John avait écrit « Chameleon » pour les Beach Boys, mais le groupe ne l’a jamais enregistrée. Le morceau trouve finalement sa place sur Blue Moves, avec un lien direct vers ses premiers destinataires : Bruce Johnston, ancien membre des Beach Boys, participe aux chœurs de la version publiée par Elton John.

Cette présence rejoint la logique générale de l’album. Plutôt que de limiter les rôles à Elton John, Bernie Taupin et quelques accompagnateurs, Blue Moves accueille des contributions d’auteurs, d’instrumentistes et d’arrangeurs autour d’un ensemble déjà installé en studio. Les apports de Caleb Quaye, James Newton Howard, Davey Johnstone, des Brecker Brothers ou de Bruce Johnston ne constituent pas une simple accumulation de noms : chacun intervient dans une étape identifiable de l’écriture, de l’arrangement ou de l’enregistrement.

Un accueil partagé, puis une place retrouvée

À sa parution, Blue Moves reçoit un accueil mitigé. Cette réception n’empêche pas le double album d’atteindre la troisième place aussi bien au Royaume-Uni qu’aux États-Unis. Il obtient ensuite une certification or au Royaume-Uni et platine aux États-Unis, tandis que sa considération progresse avec le temps.

Cinquante ans après sa sortie, les scènes de studio restent la meilleure porte d’entrée dans ce disque : un piano isolé pour permettre à Elton John de chanter pendant la prise, un morceau construit à partir d’un jam capté en direct, des cuivres travaillés à l’hôtel et une chanson destinée aux Beach Boys finalement enregistrée avec Bruce Johnston. Autant de décisions concrètes qui donnent à Blue Moves son identité de projet collectif.

Sources et pour aller plus loin

Le témoignage de Kenny Passarelli publié par le site officiel d’Elton John consacré aux séances de Blue Moves apporte les principaux récits de studio : le séjour à Toronto, le jam d’« Out Of The Blue », la préparation des cuivres et l’enregistrement de « Sorry Seems To Be The Hardest Word ». Un autre article officiel, consacré au retour de Blue Moves en vinyle, retrace notamment l’histoire de « Chameleon » et la participation de Bruce Johnston.

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