Moral Panic | Nothing But Thieves | 6 ans | 23 octobre 2020 | La chanson Impossible sauvée par un nouveau refrain


23 octobre 2026

Nothing But Thieves célèbre aujourd’hui les 6 ans de Moral Panic, un album conçu avant la pandémie mais rattrapé par les inquiétudes de 2020. Derrière cette étrange coïncidence se cachent aussi une chanson presque abandonnée, des synthétiseurs décisifs et une réflexion collective sur les pressions du monde contemporain.

Impossible aurait pu ne jamais figurer sur Moral Panic. Nothing But Thieves avait longtemps cherché la bonne direction pour le morceau, au point d’envisager de l’abandonner. Dominic Craik, guitariste du groupe et coproducteur de l’album, l’a alors repris seul. En remplaçant entièrement les accords du refrain, il a débloqué la chanson et révélé sa forme définitive. Joe Langridge-Brown résumera cette intervention en quatre mots : « Dom saved this song. »

Cette histoire donne une bonne mesure de la fabrication du troisième album studio du groupe anglais : les chansons n’y sont pas considérées comme acquises tant que leur construction ne convainc pas les musiciens. Aux côtés du producteur Mike Crossey, déjà associé à Broken Machine, Dominic Craik occupe ainsi une place déterminante dans les choix qui façonnent les onze titres du disque.

Un disque de 2020 écrit avant le basculement

Moral Panic a été enregistré environ un an avant sa parution. Nothing But Thieves travaillait donc sur ces chansons avant que la pandémie ne bouleverse la vie quotidienne et ne transforme le contexte dans lequel elles seraient entendues. Le groupe décrivait pourtant déjà la période comme tendue et confuse, traversée par des inquiétudes politiques, sociales et informationnelles.

Une période inhabituellement longue passée à la maison avait permis aux musiciens de préciser le sujet du disque. Ils consultaient notamment Twitter et différents sites d’information afin de confronter des points de vue. Cette observation a nourri une réflexion sur l’effet des pressions contemporaines et de l’âge de l’information sur les individus, mais aussi sur la manière dont les peurs peuvent être exploitées à des fins publicitaires.

Lorsque l’album paraît en octobre 2020, ce cadre imaginé auparavant semble soudain correspondre à une réalité devenue plus immédiate. Is Everybody Going Crazy? se retrouve notamment associé au confinement et bénéficie d’une diffusion régulière sur BBC Radio 1. Le morceau n’avait pas été écrit à propos de la pandémie : c’est sa réception, dans un monde entre-temps transformé, qui lui donne cette résonance particulière.

Des synthétiseurs changent la trajectoire d’un morceau

Is Everybody Going Crazy? existait déjà lorsque le choix du titre Moral Panic a permis d’en préciser les paroles. En studio, une autre étape modifie sensiblement le morceau : le groupe essaie des synthétiseurs, et cette expérimentation réoriente la chanson. Le titre concentre ainsi deux mouvements importants de la création de l’album, avec une idée générale qui affine l’écriture, puis un choix de studio qui transforme le résultat.

Le nom Moral Panic est lui-même lié à une chanson inspirée par le changement climatique et Extinction Rebellion. Le groupe la présente comme pessimiste et dansante, une combinaison qui rejoint les tensions parcourant le projet : la rage et la résignation, l’exposition permanente aux nouvelles et la sensation que l’inquiétude collective peut être entretenue ou instrumentalisée.

Nothing But Thieves n’a donc pas cherché à commenter rétrospectivement la crise sanitaire. L’album observe un climat antérieur, puis rencontre à sa sortie une situation qui amplifie certains de ses thèmes. Ce décalage entre le temps de l’écriture et celui de l’écoute constitue l’une des singularités les plus fortes de Moral Panic, également diffusé sur RADIO COLLECTION.

Une chanson d’amour née d’une remarque en Malaisie

Une autre histoire commence loin du studio. En Malaisie, un interlocuteur fait remarquer aux membres de Nothing But Thieves qu’ils écrivent peu de chansons d’amour. Cette observation fournit le point de départ de Real Love Song. Dominic Craik choisit toutefois de prendre le contrepied de la romance hollywoodienne plutôt que d’en reproduire les conventions.

La chanson se construit autour de l’écart entre l’amour tel qu’il est raconté et l’amour tel qu’il peut être vécu. Elle porte aussi un regard ironique sur les morceaux qui prétendent parler d’un sentiment réel tout en en proposant une représentation éloignée de la réalité. À l’échelle de l’album, cette démarche prolonge la même volonté de confronter les récits dominants à l’expérience individuelle.

Entre Real Love Song, née d’une conversation, Is Everybody Going Crazy?, transformée par les synthétiseurs, et Impossible, sauvée par un nouveau refrain, Moral Panic repose sur des bifurcations très concrètes. Elles accompagnent un résultat commercial significatif : l’album atteint la troisième place de l’Official Albums Chart britannique.

Six ans après sa sortie, l’histoire du disque tient ainsi moins à une prophétie qu’à une collision de calendriers. Nothing But Thieves avait enregistré un album sur la peur, la confusion et la pression informationnelle avant que l’année 2020 ne donne à ces préoccupations un relief inattendu. Quant à Impossible, son existence rappelle qu’un album peut aussi se jouer sur quelques accords entièrement repensés au bon moment.

Sources et pour aller plus loin

L’entretien track-by-track de Nothing But Thieves publié par Apple Music raconte notamment comment Dominic Craik a sauvé Impossible et retrace la naissance de Real Love Song. L’interview accordée à The Line of Best Fit éclaire le décalage entre l’enregistrement de l’album et la réception de Is Everybody Going Crazy? pendant le confinement.

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