04 août 2026
A 64 ans, Paul Reynolds reste d’abord associé à une texture sonore. Sur « I Ran (So Far Away) » ou « Space Age Love Song », sa guitare ne cherche pas à occuper tout l’espace : elle se fond dans les claviers, se prolonge en échos et brouille la frontière entre rock et électronique.
Cette manière de jouer a défini les premiers enregistrements de A Flock of Seagulls. Pourtant, Reynolds s’est retiré du groupe dès 1984, au terme d’une ascension rapide qui l’avait mené, encore très jeune, des scènes de Liverpool aux plateaux de télévision américains.
Son histoire tient ainsi dans un contraste : quelques années très exposées ont suffi à installer une signature musicale, suivies d’une longue période de discrétion. Plus de trois décennies après son départ, le projet Ascension a permis de mesurer à nouveau la place de sa guitare dans le son de la formation originale.
Une entrée dans A Flock of Seagulls à seulement 17 ans
Né à Liverpool le 4 août 1962, Paul Reynolds grandit dans l’Angleterre des années 1970, au moment où le punk, le post-punk et la new wave transforment la scène musicale. Sa vocation se construit dans cet environnement tourné vers de nouvelles formes de guitare électrique et vers des sonorités plus modernes.
Il n’a que 17 ans lorsqu’il rejoint A Flock of Seagulls comme guitariste lead. Le groupe s’articule alors autour de Mike Score, au chant et aux claviers, de son frère Ali Score à la batterie et de Frank Maudsley à la basse. L’arrivée de Reynolds fixe la formation qui enregistrera les premiers titres du groupe au début des années 1980.
Son jeune âge contraste avec la vitesse à laquelle les événements s’enchaînent. Les premiers enregistrements, l’album éponyme et les singles « Telecommunication », « I Ran (So Far Away) » et « Space Age Love Song » placent sa guitare au cœur d’une formule où les instruments traditionnels semblent parfois se confondre avec les machines.
Mike Howlett transforme la guitare en synthé distordu
Le producteur Mike Howlett joue un rôle déterminant dans cette construction sonore. Dans son studio, la guitare de Paul Reynolds est traitée avec de l’écho, du delay et de la reverb, jusqu’à s’intégrer aux claviers de Mike Score plutôt que de simplement leur répondre.
Cette approche est particulièrement nette sur « I Ran (So Far Away) ». Le morceau est façonné alors que A Flock of Seagulls nourrit ses chansons d’un imaginaire lié aux OVNI et à la parapsychologie. Très chargée en effets, la ligne de Reynolds apporte le caractère spatial recherché et prend, dans le mixage, les contours d’un instrument électronique.
Mike Score résumera plus tard cette particularité : « Le jeu de guitare de Paul était excellent, pour moi il sonnait comme un synthé distordu. » La formule éclaire le rôle précis du guitariste : créer un pont entre l’énergie électrique du groupe et son esthétique futuriste.
« Space Age Love Song », un dialogue en apesanteur
Sur « Space Age Love Song », le même procédé prend une forme plus aérienne. Conçue comme une ballade new wave associant romance et imagerie futuriste, la chanson repose sur le dialogue organisé par Mike Howlett entre les synthétiseurs de Mike Score et les riffs de Reynolds.
Les effets d’écho donnent à la partie de guitare une impression d’apesanteur. Reynolds ne construit pas seulement une ligne mélodique : il ajoute une couche mouvante qui contribue à la profondeur du morceau. Cette utilisation de la guitare comme texture devient l’un des fils communs des premiers succès du groupe.
En 1982, lors d’un passage à American Bandstand, l’esthétique de A Flock of Seagulls est explicitement reliée à la parapsychologie et aux OVNI. Après cet échange avec Mike Score, l’animateur Dick Clark présente Paul Reynolds comme le guitariste de la formation. Cette apparition donne au jeune musicien une visibilité rare dans une mise en scène médiatique principalement centrée sur le chanteur.
Un départ rapide après The Story of a Young Heart
Paul Reynolds reste avec A Flock of Seagulls jusqu’à The Story of a Young Heart, troisième album studio du groupe, publié en 1984. Son départ survient peu après la sortie du disque et met un terme à la première période de la formation originale, alors que son activité commerciale commence à ralentir.
Ce retrait est attribué aux pressions des tournées internationales et aux excès liés au mode de vie rock. Reynolds choisit de s’éloigner plutôt que de poursuivre à ce rythme. Après une entrée dans le groupe à 17 ans et quelques années de forte exposition, sa trajectoire publique change donc brusquement de direction.
Le guitariste mène par la suite une carrière très discrète et demeure principalement identifié à son travail avec A Flock of Seagulls. Cette absence prolongée renforce le contraste avec la diffusion internationale des chansons auxquelles il a participé.
« Wishing » conduit la formation originale jusqu’à Ascension
« Wishing (If I Had A Photograph of You) » appartient à la continuité sonore des premiers succès. Sa mélodie synthétique et son atmosphère mélancolique laissent à la guitare de Reynolds un rôle de texture en arrière-plan. Le traitement par effets maintient le lien avec le langage installé sur « I Ran (So Far Away) » et « Space Age Love Song ».
La chanson occupe aussi une place particulière dans la suite du récit. En 2018, elle fait partie des morceaux réenregistrés avec l’Orchestre philharmonique de Prague pour Ascension, aux côtés de « I Ran » et « Space Age Love Song ». Le projet réunit sur disque Paul Reynolds, Mike Score, Ali Score et Frank Maudsley pour la première fois depuis 1984.
L’écriture orchestrale modifie l’environnement des chansons, mais elle remet également en lumière les motifs de guitare saturés d’écho qui avaient contribué à leur identité. Cette réunion ne relance pas une actualité permanente du guitariste : Ascension est un projet publié et achevé en 2018. Elle constitue néanmoins un retour musical précis, construit autour du répertoire partagé par les quatre membres originaux.
À l’approche de ses 64 ans, le parcours de Paul Reynolds ne se résume donc ni à une longue succession d’albums ni à une présence continue sous les projecteurs. Il montre comment une période relativement brève peut suffire à fixer une couleur : celle d’une guitare électrique transformée par le studio jusqu’à se mêler aux synthétiseurs.
Réécouter « I Ran (So Far Away) », « Space Age Love Song » et « Wishing (If I Had A Photograph of You) » permet d’entendre ce fil conducteur, des premiers enregistrements produits par Mike Howlett jusqu’à leur relecture orchestrale sur Ascension. Derrière l’imagerie futuriste de A Flock of Seagulls se trouve aussi le jeu précis d’un guitariste entré dans le groupe à 17 ans, parti tôt et revenu ponctuellement retrouver ses anciens partenaires.