05 novembre 2026
The Stranglers célèbrent aujourd’hui les 42 ans d’Aural Sculpture, un album né après des premières démos qui n’avaient pas convaincu leur maison de disques. L’intervention du producteur Laurie Latham, l’arrivée des cuivres et une spectaculaire oreille en fibre de verre ont donné au projet sa nouvelle direction.
Avant l’oreille géante, les cuivres et le retour à Top of the Pops, il y eut une déception. Les premières démos présentées par The Stranglers à Epic ne produisirent pas l’effet espéré. La maison de disques proposa alors au groupe de travailler avec Laurie Latham afin de développer les morceaux. Cette intervention allait devenir bien plus qu’un simple ajustement de production : elle modifia la construction du disque et contribua à donner une identité précise à Aural Sculpture.
Laurie Latham fait entrer les cuivres
The Stranglers retrouvèrent l’ICP Studios de Bruxelles, où le groupe avait déjà travaillé pour Feline. Avec Laurie Latham, les musiciens reprirent les titres existants tout en écrivant de nouveaux morceaux. Le producteur ne se contenta donc pas d’encadrer l’enregistrement de chansons déjà achevées : il participa à une phase de transformation du projet.
La décision la plus visible fut l’ajout d’une section de cuivres. Hugh Cornwell a présenté ce choix comme une suggestion de Latham. Quelques années plus tard, le Los Angeles Times décrira cette évolution en opposant les cuivres superposés d’Aural Sculpture aux atmosphères de synthétiseurs associées à The Meninblack. Le changement ne relevait pas seulement de l’habillage : il signalait une nouvelle étape dans la manière dont The Stranglers construisaient leur son en studio.
L’album porte aussi fortement la marque de Cornwell dans sa répartition des compositions. Jean-Jacques Burnel le résumera sans détour : « Aural Sculpture was dominated by Hugh. » Cette domination perçue par le bassiste éclaire notamment le destin de The Beast, une de ses démos qui ne fut pas retenue pour le disque.
The Beast, la chanson écartée qui survivra au disque
La mise à l’écart de The Beast ne mit pas fin à son histoire. Burnel récupéra sa composition et la transforma pour Un Jour Parfait, son album solo publié cinq ans plus tard. Le morceau constitue ainsi l’une des traces les plus concrètes des choix opérés pendant la préparation d’Aural Sculpture : tout le matériel élaboré autour du projet n’entra pas sur l’album, mais certaines idées trouvèrent une autre destination.
Cette seconde vie donne aussi du relief à la remarque de Burnel sur la place de Hugh Cornwell. Elle montre ce que peut produire une sélection de chansons à l’échelle d’un groupe : un titre écarté peut quitter le cadre collectif, être retravaillé puis réapparaître plusieurs années après sous le nom de son auteur.
À l’inverse, Skin Deep fut placé au premier plan. Choisi pour ouvrir la campagne de l’album, le morceau atteignit le Top 20 britannique et permit à The Stranglers de revenir dans le studio de Top of the Pops. Son clip prolongea directement le concept visuel du disque : les membres du groupe y arrachaient une peau en latex de leur visage, autour du motif de l’oreille géante.
Une oreille géante lancée dans Londres
Pour donner une forme au titre Aural Sculpture, le sculpteur John King fabriqua une immense oreille en fibre de verre. L’objet ne fut pas cantonné à la pochette : il devint le centre d’un véritable dispositif promotionnel. Installée sur un camion démesuré, l’oreille fut transportée dans le centre de Londres afin de rendre la sortie impossible à ignorer.
La campagne poussa la provocation jusqu’à envisager une panne organisée du camion. L’idée était de provoquer un embouteillage et, avec lui, une agitation médiatique autour de cette sculpture mobile. Qu’elle soit regardée comme une œuvre, un accessoire de pochette ou un outil publicitaire, l’oreille donnait une réalité physique au nom de l’album. Elle reliait ainsi la musique, l’image et la promotion dans un même geste.
Skin Deep assurait la continuité entre ces différents éléments. Le morceau lançait la campagne, son clip réutilisait le principe de transformation visuelle et l’oreille devenait l’emblème immédiatement reconnaissable du projet. Ce récit cohérent autour du disque accompagna un résultat notable : Aural Sculpture atteignit la 14e place du classement britannique et y resta dix semaines.
Un virage devenu une image
Le point de départ d’Aural Sculpture aurait pu rester celui de démos à reprendre. The Stranglers et Laurie Latham en firent un projet doté d’une décision sonore forte, d’une sélection de chansons aux conséquences durables et d’un concept visuel spectaculaire. L’album, comme le groupe, figure aujourd’hui dans la programmation de RADIO COLLECTION.
Quarante-deux ans après sa sortie, son histoire tient dans l’enchaînement de décisions très concrètes : accepter un regard extérieur, retravailler les morceaux à Bruxelles, introduire les cuivres, laisser The Beast suivre une autre route et confier à John King la fabrication d’une sculpture assez grande pour traverser Londres sur un camion. L’oreille géante demeure l’image la plus immédiate de cette transformation.
Sources et pour aller plus loin
Le récit officiel The Stranglers — Behold Aural Sculpture! rassemble les témoignages consacrés aux démos, à l’arrivée de Laurie Latham, au sort de The Beast et à la création de l’oreille géante. L’article du Los Angeles Times apporte le témoignage de Hugh Cornwell sur l’ajout des cuivres et replace cette décision dans l’évolution sonore du groupe.
Les résultats britanniques de l’album sont détaillés par Official Charts, qui recense sa meilleure position et ses dix semaines de présence au classement.
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Fiche de l'album
Album : Aural Sculpture
Artiste : The Stranglers
Anniversaire : 42 ans
Date de sortie : 5 novembre 1984
À retenir : Une oreille géante traversa le centre de Londres




