Chris Rea (1951–2025) : la voix grave du blues-rock britannique s’est éteinte


23 décembre 2025

Le monde de la musique a perdu l’une de ses voix les plus reconnaissables. Chris Rea est décédé le lundi 22 décembre 2025, à l’âge de 74 ans, à l’hôpital, « paisiblement, entouré de sa famille », selon le communiqué transmis par ses proches. Sa disparition survient trois jours avant Noël, à un moment hautement symbolique pour l’artiste dont une chanson accompagne, chaque hiver, des millions de retours à la maison.

Cette mort met un terme à près de cinquante ans de carrière, marqués par des succès planétaires, une identité musicale immédiatement reconnaissable, mais aussi par un long combat contre des problèmes de santé lourds et répétés.

La famille de Chris Rea a évoqué une courte maladie, sans en préciser davantage la nature. Depuis de nombreuses années, l’artiste vivait déjà avec une santé très fragilisée : cancer du pancréas, diabète sévère, puis un AVC en 2016 qui avait durablement affecté sa parole et sa motricité. 


Malgré cela, il était resté fidèle à une certaine pudeur, refusant toute dramatisation publique et se tenant à distance du star-system. Son décès a immédiatement suscité une vague d’émotion au Royaume-Uni et en Europe, où ses chansons ont accompagné le quotidien de plusieurs générations.

Né Christopher Anton Rea le 4 mars 1951 à Middlesbrough, dans le nord-est industriel de l’Angleterre, Chris Rea grandit dans une famille modeste : son père, d’origine italienne, tient un café-glacier, tandis que sa mère est irlandaise.
Fait rare dans l’histoire du rock, il commence la guitare relativement tard, autour de 20 ans, après avoir travaillé dans le commerce familial et occupé divers petits emplois.

Dans les années 1970, il fait ses premières armes au sein de groupes locaux avant de se lancer en solo. Son premier album, Whatever Happened to Benny Santini? (1978), lui offre un premier succès international grâce au titre Fool (If You Think It’s Over), nommé aux Grammy Awards. Le personnage de « Benny Santini », imposé par sa maison de disques, sera vite abandonné : Rea veut être lui-même, sans masque.

Une carrière jalonnée de tubes et d’albums majeurs

Chris Rea enregistre 25 albums studio, dont deux atteignent la première place des charts britanniques : The Road to Hell (1989) et Auberge (1991). Ces disques installent définitivement son style : un rock mélodique teinté de blues, porté par une voix grave, chaleureuse, et un jeu de slide guitar devenu sa signature.

Parmi ses titres les plus emblématiques figurent :

  • Driving Home for Christmas, devenu un classique absolu des fêtes

  • The Road to Hell, chronique sombre et sociale de l’Angleterre moderne

  • On the Beach, Josephine, Let’s Dance, I Can Hear Your Heartbeat

Des chansons simples en apparence, mais profondément évocatrices, qui parlent de routes, de solitude, d’amour et de temps qui passe.

« Driving Home for Christmas » : un héritage intemporel

Écrite dans les années 1970 mais réellement popularisée plus tard, Driving Home for Christmas est devenue, au fil des décennies, un rituel collectif. Chaque mois de décembre, le titre réintégrait les classements britanniques et irlandais, parfois à des positions supérieures à celles de sa sortie initiale.

Ironie poignante : en décembre 2025, la chanson connaissait à nouveau un fort regain d’écoute au moment même de la disparition de son auteur, renforçant encore sa dimension émotionnelle.

La renaissance blues après la maladie

Au tournant des années 2000, après une opération lourde liée à son cancer du pancréas, Chris Rea change radicalement de trajectoire. Affaibli, diabétique à vie, il décide de se recentrer sur ce qu’il considère comme sa vraie maison : le blues.

Il fonde son propre label, Jazzee Blue, et publie des projets ambitieux et personnels, dont Dancing Down the Stony Road (2002) et le monumental coffret Blue Guitars (2005), composé de 11 albums retraçant l’histoire du blues à travers ses influences.

Il aimait dire, avec un sourire en coin, avoir vécu « trois carrières en une » : le jeune artiste formaté des débuts, la star grand public des années 1980-90, puis le musicien libre, fidèle au blues, loin des contraintes commerciales.

La fin des tournées et le silence progressif

En 2016, un AVC fragilise encore davantage l’artiste. En 2017, il s’effondre sur scène lors d’un concert à Oxford. Cet épisode marque la fin définitive de ses tournées. Chris Rea se retire alors progressivement de la scène publique, préférant le calme, la peinture – une autre de ses passions – et la composition à huis clos.

Un héritage immense et discret

Chris Rea n’a jamais cherché le scandale ni la surexposition médiatique. Pourtant, il laisse derrière lui un héritage musical considérable : des millions d’albums vendus, des chansons intemporelles, et une influence durable sur le blues-rock européen.

Les hommages qui affluent saluent unanimement un songwriter sincère, un guitariste immédiatement identifiable, et un artiste dont la musique a accompagné les moments ordinaires et précieux de la vie : un trajet nocturne, une plage au crépuscule, ou une route enneigée menant à la maison.

Chris Rea sur Radio Collection

Sur Radio Collection, la musique de Chris Rea continuera de résonner. Parce que certaines voix ne disparaissent jamais vraiment. Elles restent là, quelque part entre deux accords de slide guitar, sur la route du cœur.

Chris Rea (1951–2025). Merci pour la musique, et bon retour à la maison.