24 décembre 2025
En cette fin d’année 2025, la rédaction de Radio Collection a choisi de distinguer No Rain, No Flowers comme 3ᵉ album le plus diffusé sur nos ondes.
Un classement qui est révélateur d’un disque qui s’est installé durablement dans notre programmation, titre après titre.
Treizième album studio du duo d’Akron, sorti le 8 août 2025, No Rain, No Flowers s’écoute comme un disque de reconstruction : celui d’un groupe qui, après une crise ouverte avec son management et un cycle de tournée avorté en 2024, choisit de transformer l’épreuve en matière musicale.
Un duo fondamental du rock moderne
Formés en 2001 à Akron (Ohio), Dan Auerbach (chant, guitare) et Patrick Carney (batterie) ont bâti leur légende sur un blues abrasif, minimaliste, inspiré par Junior Kimbrough, John Lee Hooker ou encore le Hill Country blues.
De Thickfreakness à Brothers puis El Camino, The Black Keys ont réussi un tour de force : faire entrer un son rugueux et analogique dans le grand public, sans jamais renier leurs racines.
Les années 2020 les voient alterner projets très roots (Delta Kream), retours plus directs (Let’s Rock, Dropout Boogie), puis tentatives d’ouverture plus larges (Ohio Players, 2024). No Rain, No Flowers s’inscrit dans cette continuité, mais avec une conscience nouvelle : celle d’un groupe vétéran qui sait qu’il joue une forme de nouveau départ.
Une année 2024 sous tension
Difficile de comprendre No Rain, No Flowers sans revenir sur l’annus horribilis 2024.
Après la sortie d’Ohio Players, le groupe annule une large tournée nord-américaine : salles surdimensionnées, ventes décevantes, pertes financières estimées à plusieurs millions de dollars. Le duo accuse alors son management historique de mauvaise planification et de conflits d’intérêts. Patrick Carney va jusqu’à écrire sur les réseaux sociaux qu’ils se sont fait « avoir », avant de supprimer son message.
Cette rupture brutale agit comme un électrochoc. Plutôt que de s’effacer, Auerbach et Carney retournent immédiatement en studio avec une idée simple : reprendre le contrôle.
« No Rain, No Flowers » : un titre-manifeste
Le titre de l’album résume parfaitement son esprit : pas de pluie, pas de fleurs.
La tempête est passée, les dégâts sont réels, mais la création redevient un espace de reconstruction. Là où Ohio Players semblait parfois hésitant, No Rain, No Flowers assume une tonalité plus lumineuse, presque résiliente.
Enregistré à Nashville, dans le studio Easy Eye Sound d’Auerbach, l’album est pensé comme un cocon créatif. Tout est sous contrôle : le lieu, le son, les collaborateurs.
Le virage assumé des songwriters
C’est l’un des grands tournants de ce disque : pour la première fois, The Black Keys s’entourent ouvertement de songwriters “all-stars”.
Parmi eux : Rick Nowels (Lana Del Rey), Daniel Tashian, Scott Storch, Desmond Child. Un choix revendiqué par Patrick Carney : aller « directement à la source de l’écriture ».
Résultat :
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des chansons plus courtes,
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des refrains plus immédiats,
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une production plus brillante, sans jamais effacer le duo guitare-batterie.
Le blues-rock demeure, mais poli, encadré, habillé de claviers vintage, de chœurs féminins, de cuivres et parfois même de cordes.
Un son Nashville, entre classicisme et modernité
Si certains parlent d’« easy listening rock », le terme n’est pas péjoratif ici. No Rain, No Flowers privilégie le groove, la fluidité, l’efficacité.
Les guitares restent crasseuses quand il le faut, la batterie de Carney conserve son swing naturel, mais l’ensemble sonne plus large, plus radio-friendly, sans tomber dans la caricature pop.
L’identité Black Keys n’est pas diluée : elle est mise en valeur, comme un vieux réflexe de garage rock installé dans un décor plus luxueux.
Chansons clés et titres plébiscités
Avec 11 titres pour environ 36 minutes, l’album va à l’essentiel. Plusieurs morceaux se sont imposés naturellement sur les playlists rock et sur les ondes de Radio Collection :
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“The Night Before”
Véritable porte d’entrée de l’album : pop-rock nocturne, léger, ultra accrocheur, accompagné d’un clip déjanté tourné dans un hôtel de Nashville. -
“No Rain, No Flowers”
Le cœur du disque : groove apaisé, message de résilience, arrangements soignés. Un hymne discret à la reconstruction. -
“Babygirl”
Plus soul, plus R&B dans la texture, porté par la patte de Scott Storch, montrant un visage plus contemporain du duo. -
“On Repeat”
Refrain immédiat, claviers lumineux : un morceau taillé pour la rotation radio, au sens littéral du terme. -
“Man On A Mission”
Mid-tempo rock fédérateur, pensé pour la scène, soutenu par un visualizer et un passage remarqué en live télé.
Accueil critique : solide mais discuté
À sa sortie, No Rain, No Flowers reçoit un accueil globalement positif mais mesuré :
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Metacritic : ~71/100
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Pitchfork : critique plus réservée
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Clash, Mojo ou NME saluent un disque cohérent, élégant, sans le qualifier de révolutionnaire.
La presse s’accorde sur un point : ce n’est pas l’album le plus audacieux du groupe, mais l’un des plus maîtrisés. Là où certains regrettent une perte de rugosité, d’autres voient au contraire un duo qui accepte d’évoluer sans se trahir.
Pourquoi Radio Collection l’a tant diffusé
Si No Rain, No Flowers figure dans le Top 3 des albums 2025 de Radio Collection, ce n’est pas un hasard. C’est un disque qui s’écoute aussi bien en intégralité qu’à travers ses singles, et qui s’insère naturellement dans une programmation pop-rock exigeante mais accessible.