07 octobre 2026
Premier album solo de Roger Hodgson après son départ de Supertramp, In the Eye of the Storm a 42 ans. Derrière ce disque largement façonné en solitaire se cache un premier projet abandonné, Sleeping with the Enemy, dont deux chansons ont survécu à la refonte.
Avant de devenir In the Eye of the Storm, le premier album solo de Roger Hodgson a traversé une période de tension suffisamment forte pour faire dérailler une première tentative. Le musicien avait d’abord envisagé un disque intitulé Sleeping with the Enemy. Il a ensuite abandonné cette version, réalisée dans des conditions qu’il décrivait comme très stressantes, avant de reprendre son projet sous une autre forme.
Ce changement ne concernait pas seulement le titre. Hodgson sortait de Supertramp, qu’il avait quitté en 1983, et devait désormais signer un album sous son seul nom. Dans une biographie promotionnelle contemporaine, il résumait directement le contexte du disque : « In The Eye Of The Storm is the end result of a particularly intense and stormy period in my life. » Le titre définitif devenait ainsi le reflet explicite d’une période personnelle et professionnelle mouvementée.
Un premier album solo presque entièrement autogéré
Pour construire cette nouvelle étape, Roger Hodgson a choisi de concentrer entre ses mains l’essentiel des responsabilités. Il a écrit, arrangé et produit In the Eye of the Storm, tout en interprétant presque toutes ses parties instrumentales. Cette méthode prolongeait son expérience de principal architecte de production au sein de Supertramp, mais elle prenait une autre dimension sur un disque publié sous son nom.
L’album a demandé environ sept mois de travail au Unicorn Studio, le studio privé de Hodgson à Nevada City, en Californie. Le mixage a ensuite été effectué au Power Station de New York. Quelques musiciens sont venus compléter cette organisation largement solitaire : Michael Shrieve, Jimmy Johnson, Scott Page et Ken Allardyce interviennent ponctuellement sur le disque.
Cette autonomie donne à l’album une place particulière dans la trajectoire de Hodgson. Il ne s’agissait plus de partager la fabrication et l’identité d’un disque avec un groupe, mais de porter personnellement l’écriture, les arrangements, l’interprétation et la production d’un projet né au lendemain de son départ. In the Eye of the Storm, également diffusé sur RADIO COLLECTION, constitue donc autant un premier album solo qu’une démonstration de son indépendance artistique.
Ce qui a survécu de Sleeping with the Enemy
L’abandon du premier projet n’a pas entraîné la disparition de toutes les chansons qui lui étaient destinées. Dans une interview accordée en 1984, Hodgson indiquait que Had a Dream (Sleeping With the Enemy) et Hooked on a Problem appartenaient à cette phase initiale. Les deux morceaux ont été conservés lorsque le projet a été repensé pour devenir In the Eye of the Storm.
Had a Dream (Sleeping With the Enemy) garde même la trace la plus visible de l’album abandonné. L’expression Sleeping with the Enemy, autrefois envisagée comme titre de l’ensemble, subsiste entre parenthèses dans celui de la chanson. Le morceau relie ainsi les deux vies du projet : la tentative interrompue, puis l’album finalement achevé après sa refonte.
Ce titre est aussi devenu le principal point de rencontre entre l’histoire de la fabrication du disque et sa trajectoire commerciale. Publié en single, Had a Dream (Sleeping With the Enemy) a atteint la 48e place du Billboard Hot 100 aux États-Unis. Son succès mesuré dans les classements n’efface pas sa fonction narrative : il demeure le vestige nommé d’une première version que Hodgson avait décidé de laisser derrière lui.
Une nouvelle signature après Supertramp
À sa parution européenne en octobre 1984, In the Eye of the Storm a atteint la 70e place du classement britannique. Aux États-Unis, il s’est hissé à la 46e place du Billboard 200. Ces résultats installent le disque dans les classements sans reproduire automatiquement l’ampleur associée au groupe que Hodgson venait de quitter.
L’intérêt de cet album ne se résume toutefois pas à une comparaison avec Supertramp. Sa fabrication raconte une décision concrète : après l’échec d’une première tentative, Hodgson a repris le contrôle du projet, changé son titre et mené lui-même l’essentiel des opérations pendant sept mois. Les contributions extérieures sont restées ciblées, au service d’un disque dont il assumait presque chaque fonction.
Quarante-deux ans plus tard, le passage de Sleeping with the Enemy à In the Eye of the Storm reste le fil le plus révélateur de cette naissance mouvementée. Deux chansons ont franchi la rupture entre les versions, tandis que le nouveau titre a fixé dans le nom même de l’album l’intensité de la période décrite par Hodgson. Son premier geste après Supertramp fut donc moins un simple changement de signature qu’une reconstruction complète de son projet solo.
Sources et pour aller plus loin
La biographie promotionnelle de Roger Hodgson publiée en 1984 apporte son témoignage sur la période traversée, ainsi que les principaux éléments concernant l’enregistrement, la production et les musiciens invités.
L’interview accordée par Roger Hodgson à K-Lite FM en septembre 1984 éclaire l’abandon de Sleeping with the Enemy et le maintien de Had a Dream et Hooked on a Problem dans la version définitive.
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