18 octobre 2026
Avec Peace, Eurythmics revenait après presque dix ans sans nouvel album, à la suite d’un rapprochement provoqué par la disparition d’un ami commun. Vingt-sept ans plus tard, ce dernier disque studio du duo raconte aussi une fabrication en petit comité, du fragment de « 17 Again » à l’orchestre de « I Saved the World Today ».
Le retour d’Eurythmics ne commence pas par un plan de carrière ou par une réunion organisée autour d’un nouvel album. Le premier événement décisif est la mort, en 1997, de Peet Coombes, ancien membre des Tourists et ami commun d’Annie Lennox et Dave Stewart. Les deux artistes renouent alors le contact. Après des années consacrées à leurs parcours respectifs, ce rapprochement humain ouvre progressivement la voie à de nouvelles chansons.
La musique revient lors d’une répétition informelle organisée chez Annie Lennox, alors que le duo prépare une prestation acoustique. Dave Stewart joue un fragment mélodique. Lennox y reconnaît immédiatement la matière d’une nouvelle chanson d’Eurythmics. Ce passage devient la base de « 17 Again », puis le premier single de Peace. Une idée saisie dans un cadre domestique vient ainsi concrétiser une reformation qui n’avait pas encore pris la forme d’un projet discographique.
Un retour né sans programme établi
Cette reprise du dialogue ne signifie pas qu’Annie Lennox et Dave Stewart ont déjà décidé de reconstruire durablement Eurythmics. Au moment de la sortie de Peace, ils expliquent ne pas avoir arrêté l’avenir à long terme du duo. L’album naît donc d’un mouvement plus immédiat : se retrouver, jouer ensemble et constater que de nouvelles chansons peuvent encore apparaître.
Peace, publié le 18 octobre 1999, arrive presque dix ans après le précédent album studio du groupe. Il restera le huitième et dernier album studio d’Eurythmics. Annie Lennox défend alors le résultat sans détour : « In my opinion, “Peace” is the best album we’ve done. » Cette déclaration accompagne un disque qui ne cherche pas seulement à signaler le retour du duo, mais à donner une forme complète aux retrouvailles amorcées deux ans auparavant.
La fabrication s’effectue principalement aux Church Studios de Dave Stewart. Malgré l’importance du retour, l’équipe réunie au cœur des séances est particulièrement resserrée : Annie Lennox, Dave Stewart, Andy Wright et l’ingénieur Nick Addison. Selon Wright, le travail s’étale sur quatre à cinq mois et la plupart des morceaux sont écrits directement en studio. Les chansons ne sont donc pas simplement apportées sous une forme définitive avant l’enregistrement : leur construction accompagne les séances.
Quatre personnes au cœur des Church Studios
Andy Wright occupe une place centrale dans cette méthode. Chargé de la programmation et associé à la production de plusieurs éléments, il participe directement à la mise en forme des morceaux aux côtés de Lennox et Stewart. Cette organisation permet au duo de travailler avec peu d’intermédiaires, en faisant évoluer écriture, rythme, instrumentation et production dans le même espace.
« I Saved the World Today » offre l’exemple le plus précis de ce processus. Il s’agit du premier morceau travaillé pendant les sessions de Peace. Annie Lennox commence au piano. Andy Wright installe ensuite un rythme et développe des idées de production, tandis qu’une voix guide permet de poursuivre la construction de la chanson. Dave Stewart complète cette première architecture avec une partie jouée sur une Rickenbacker 12-cordes.
Ce point de départ encore concentré autour du piano, de la programmation, de la voix et de la guitare change ensuite d’échelle. Les arrangements de David Whitaker donnent au morceau une dimension orchestrale, enregistrée avec de véritables musiciens aux studios AIR. La chanson résume ainsi deux étapes complémentaires de la fabrication de Peace : le travail rapproché d’un petit groupe aux Church Studios, puis l’ouverture vers un ensemble orchestral.
« I Saved the World Today » figure aujourd’hui dans la programmation de RADIO COLLECTION, tout comme Eurythmics. Sa genèse permet surtout de suivre concrètement le passage d’une première séance autour du piano à une production achevée avec orchestre, sans effacer le rôle spécifique de chacun : Lennox à l’origine de la progression au clavier, Wright dans la construction rythmique et sonore, Stewart à la guitare, puis Whitaker aux arrangements.
De « 17 Again » à « I Saved the World Today »
Les deux chansons les mieux documentées de l’album racontent finalement deux moments distincts des retrouvailles. « 17 Again » saisit le déclic : une répétition, un fragment joué par Stewart et la réaction immédiate de Lennox, qui entend à nouveau Eurythmics dans cette idée. « I Saved the World Today » montre ce qui vient ensuite : un morceau développé collectivement, couche après couche, jusqu’à l’enregistrement orchestral.
Le retour trouve également un public important au Royaume-Uni. Peace atteint la quatrième place du classement britannique des albums et demeure vingt semaines dans le Top 75. Ce résultat accompagne le retour discographique sans en constituer le seul aboutissement : l’histoire du disque tient d’abord à cette chaîne d’événements qui relie la disparition de Peet Coombes, les retrouvailles de Lennox et Stewart, une mélodie apparue en répétition et plusieurs mois de travail dans une équipe réduite.
Vingt-sept ans après sa sortie, Peace reste le dernier album studio d’Eurythmics. Son histoire se referme sur un contraste très concret : un retour attendu après presque une décennie, mais construit à partir de gestes simples — reprendre contact, jouer chez Annie Lennox, écrire en studio à quatre, puis laisser une chanson commencée au piano prendre toute son ampleur avec un orchestre.
Sources et pour aller plus loin
L’article du Los Angeles Times, « Sweet Dreams, Revisited », restitue les circonstances de la reformation, le rôle de la disparition de Peet Coombes et la naissance de « 17 Again » à partir des propos du duo.
L’entretien de Sound on Sound avec Andy Wright détaille le travail aux Church Studios, l’équipe réduite et la construction de « I Saved the World Today ». Le témoignage d’Andy Wright consacré au morceau complète ce récit par le déroulement de la première séance et le passage aux arrangements de David Whitaker.
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